comment l’élevage industriel favorise les pandémies



Publié le 23 février 2021

Pour la première fois, la souche H5N8 de la grippe aviaire a franchi la barrière interespèce en contaminant plusieurs hommes en Russie. Si la France, qui a abattu trois millions de volailles pour limiter la propagation du virus, affirme qu’il n’y a « pas de risque de transmission à l’Homme » sur le territoire, cette annonce remet sur la table la responsabilité de l’élevage intensif dans l’apparition de pandémies. C’est la concentration des volailles en un seul endroit qui permet de franchir la barrière interespèce. 

C’est inédit. Le 20 février, la Russie a annoncé que la souche H5N8 de la grippe aviaire avait franchi la barrière interespèce. Pour la première fois, le virus a été détecté chez l’humain. Plus de sept personnes travaillant dans une usine de volailles au sud de la Russie, où une épidémie de grippe aviaire a touché les animaux en décembre 2020, ont ainsi été contaminées. Si la souche H5N8 a « franchi la barrière interespèce » en se transmettant de l’oiseau à l’homme, « ce variant du virus ne se transmet pas d’une personne à l’autre à l’heure actuelle », a précisé Anna Popova, à la tête de l’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor.

Une donnée rassurante d’autant que d’autres déclinaisons de la grippe aviaire comme la plus connue, H5N1, ont déjà franchi cette barrière interespèce sans se transformer en pandémie. L’organisation mondiale de la santé, qui a réagi, recommande toutefois de « surveiller » le virus car il a un potentiel de mutation. La circulation de certains variants de la grippe aviaire chez les volailles dans le monde est « préoccupante pour la santé publique » car ils sont en mesure de « provoquer des maladies graves chez les humains” qui ont “peu ou pas d’immunité contre le virus », ajoute l’OMS.

Concentration des volailles en cause

Pour Gwenaël Vourc’h, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique : « Il y a peut-être eu d’autres cas que l’on n’a pas vu, surtout s’il fait peu de symptômes ». Elle a soumis l’éventualité que les sept cas russes ne soient que « la pointe de l’iceberg ». En France, où plus de trois millions de volailles ont été abattues pour limiter la progression du virus, le ministère de l’Agriculture assure que la souche H5N8 ne présente « pas de risque de transmission à l’Homme ».

Reste que l’élevage intensif est en cause. Le virus H5N1 par exemple est un virus qui tue très rapidement les volatiles et change donc peu d’hôtes. Mais l’élevage intensif a changé la donne et provoqué une transmission à l’humain. Le même mécanisme est à l’œuvre pour le H5N8. « Le passage à l’homme, malgré la barrière interespèce, est dû à la concentration de volailles en un seul endroit et dans des conditions sanitaires dégradées (…) En théorie, le virus aviaire n’est pas transmissible à l’homme, mais à force d’essayer, il finit par passer. Le même scénario ou presque s’est reproduit en 2009 avec le virus H1N1, apparu dans les élevages de porcs au Mexique », analyse dans le journal du CNRS le biologiste François Renaud pour évoquer le virus H5N1. 

L’industrie de la viande peut provoquer la prochaine pandémie

D’après un rapport de Fairr, groupe réunissant des investisseurs responsables, près de trois quarts des plus grandes entreprises de viande, de poisson et de produits laitiers représentent un risque de nouvelles zoonoses, ces maladies qui se transmettent de l’animal à l’humain. L’industrie est ancrée « dans un cycle d’autodestruction qui met des vies en danger« , a jugé Jeremy Coller, fondateur de Fairr et directeur de Coller Capital. « Pour éviter de provoquer la prochaine pandémie, l’industrie de la viande doit s’attaquer au laxisme des normes de sécurité tant pour les aliments que pour les travailleurs, aux animaux confinés et à la surutilisation des antibiotiques. Cela perturbera une chaîne d’approvisionnement qui se fissurait déjà à cause de contraintes fondamentales concernant la terre, l’eau et les émissions », ajoutait le spécialiste. 

Une analyse qui pourrait s’étendre à l’industrie de la fourrure. Fin 2020, plusieurs pays ont dû abattre des millions de visons. Au Danemark ces animaux d’élevage prisés pour leur fourrure ont transmis un variant du Covid-19 à l’Homme. Or selon des études préliminaires, cette mutation du virus pouvait menacer le futur vaccin pour les humains. Le pays, premier exportateur mondial de peaux de visons a dû abattre 15 millions de visons. Pour rappel, 65 % des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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