Repas sans viande dans les cantines de Lyon : une polémique sans fondement



Publié le 22 février 2021

Le maire écologiste de Lyon a imposé un seul plat, sans viande, aux enfants de la cantine créant une vive polémique. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est ainsi ému d’une mesure « excluant les classes populaires » dont les enfants mangeraient moins de viande. De nombreuses études montrent au contraire que ce sont les enfants d’ouvriers et des classes modestes qui consomment le plus de viande en France. 

C’est une « insulte inacceptable », une « politique moraliste et élitiste ». Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a peu apprécié la décision de la mairie écologiste de Lyon d’imposer un menu sans viande dans les cantines scolaires. « Cette manière d’asséner un choix, sans aucune alternative possible, est proprement inadmissible », s’est indignée Étienne Blanc, candidat malheureux à la mairie l’an dernier. « Dans la ville de la gastronomie, la majorité écologiste profite de la crise sanitaire pour faire passer des mesures idéologiques sans aucune concertation », abondait Béatrice de Montille, élue LR dans le 3e arrondissement. 

Le ministre de l’Agriculture en personne, Julien Denormandie, est monté au créneau appelant à « arrêter de mettre de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants ». La polémique est montée d’un cran lorsque les agriculteurs du Syndicat Exploitants agricoles du Rhône (FDSEA) et les Jeunes agriculteurs Rhône (JA) ont annoncé organiser une manifestation le 22 février devant l’Hôtel de ville de Lyon pour s’opposer à la mise en place d’un menu unique sans viande. 

Une question d’organisation

Du côté du maire écologiste Grégory Doucet, c’est la douche froide. La mairie explique qu’à la demande de l’Éducation nationale, une distanciation de deux mètres doit être respectée entre les enfants à la cantine, ce qui revient à faire manger moins d’élèves en même temps à partir du 22 février, jour de rentrée dans la région. Le recours temporaire au menu unique vise à fluidifier le service afin que tous les repas – 29 000 par jour – puissent être servis durant le temps du déjeuner, étalé de 11h30 à 13h45.  

Sans viande mais avec œufs et poisson, ce menu « reste équilibré » et permet « de n’exclure aucun enfant », affirme l’adjointe à l’Éducation, Stéphanie Léger, encartée dans aucun parti. « C’est tout simplement du bon sens pratique », justifie le maire EELV, Grégory Doucet. En rappelant, au passage, que le même choix avait été fait à la sortie du premier confinement, au printemps dernier, par la précédente équipe de Gérard Collomb. À défaut de viande, personne n’avait alors décelé la moindre idéologie dans les assiettes, défend Grégory Doucet.

Les ouvriers mangent plus de viande 

Surtout, cette polémique se base sur une fausse affirmation. Gérald Darmanin et le ministre de la Santé Olivier Véran défendent l’idée que les « classes populaires » mangent moins de viande car celle-ci coute trop cher. L’école et la cantine seraient l’occasion « d’avoir des protéines animales qui sont importantes dans un régime nutritionnel », défend Olivier Véran. Or une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), publiait en 2018, évalue au contraire que les ménages représentés par des ouvriers mangent plus de viande que ceux des CSP+ ou professions libérales.

« Les catégories modestes, qui représentent 20 à 25 % de la population mangent peu de fruits et légumes et peu de poissons. Ils consomment en revanche beaucoup de produits bon marché comme les pâtes, le riz, les aliments gras mais aussi de la viande dont le prix est de plus en plus accessible », explique ainsi à Novethic Faustine Régnier sociologue à l’Inra, Institut national de la recherche agronomique. 

A contre-courant des autres membres du gouvernement, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a regretté ce « débat préhistorique », tout en prônant la « concertation ». Elle dit regretter des « clichés éculés » selon lesquels « l’alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée, alors qu’on sait que la viande peut être remplacée par du poisson, des oeufs, des légumineuses qui apportent toutes les protéines nécessaires« , a-t-elle pointé. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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