Des universitaires et chercheurs réclament la démission de Vidal, « indigne » de les représenter


Frédérique Vidal est toujours dans la tourmente. Dans une tribune publiée sur le site du « Monde » et sur le site UniversiteOuverte.org, plus de 600 universitaires et chercheurs réclament la démission de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui a réclamé cette semaine une enquête au CNRS sur la présence d’un « islamo-gauchisme » dans les universités.

« Nous ne pouvons que déplorer l’indigence de Frédérique Vidal ânonnant le répertoire de l’extrême droite sur un “islamo-gauchisme” imaginaire », écrivent les signataires, parmi lesquels l’économiste Thomas Picketty et la sociologue Dominique Méda, rappelant que cette rhétorique avait déjà été utilisée par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer en octobre dernier.

L’islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie

Ils estiment que la ministre « fait planer la menace d’une répression intellectuelle », et citent « la Hongie d’Orban, le Brésil de Bolsonaro ou la Pologne de Duda », où « les études postcoloniales et décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l’intersectionnalité sont ­précisément ciblés ».

Une « chasse aux sorcières »

Les signataires disent s’insurger « contre l’indignité de ce qu’il faut bien ­qualifier de chasse aux sorcières ». « La ­violence du projet redouble la lâcheté d’une ministre restée silencieuse sur la ­détresse des étudiants et étudiantes pendant la pandémie », estime-t-il.

Alors que la ministre disait avoir « été interrogée sur ce que l’on voit apparaître dans les universités, à savoir des universitaires qui se disent eux-mêmes empêchés par d’autres de mener leurs recherches », les universitaires démentent fortement, et rétorquent :

« […] Les universitaires, les chercheurs et chercheuses, les personnels d’appui et de soutien à la recherche n’empêchent pas leurs pairs de faire leurs recherches. Ce qui entrave notre travail, c’est l’insincérité de la LPR, c’est le sous-financement chronique des universités, le manque de recrutements pérennes, la pauvreté endémique des laboratoires, le mépris des gouvernements successifs pour les activités d’enseignement, de recherche et d’appui et de soutien à la recherche, leur déconsidération pour les étudiants et étudiantes ; c’est l’irresponsabilité de la ministre. »« Islamo-gauchisme » : un mot pour bastonner

Les signataires demandent « avec force » la démission de Frédérique Vidal, jugée « indigne » de les représenter.

Des appels à la démission qui se multiplient

Dans le milieu universitaire, les déclarations de la ministre ont suscité un tollé. Après une semaine de polémique, les signataires de cette tribune ne sont pas les seuls à réclamer son départ.

La section de la Ligue des Droits de l’Homme de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS), qui évoque une « diffamation à l’encontre d’une profession tout entière », a également estimé dans un communiqué mardi que sa « démission s’impose, tout comme l’abandon de cette prétendue « enquête » non seulement nauséabonde mais déshonorante ».

« Une accusation typique de l’extrême droite est ainsi reprise une nouvelle fois par une ministre de la République, rassemblant dans une formule ignominieuse un groupe fantasmatique et fantasmé de pseudo-adversaires qui ne sont, en réalité, jamais nommés. »Etudiant, Nicolas a plongé avec le Covid et « tout lâché » : « Mentalement, je ne pouvais plus »

Le Centre national de la Recherche scientifique, à qui Frédérique Vidal entendait initialement confier son enquête, a également vivement réagi par un communiqué de presse cinglant. « L’islamo-gauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique », s’indigne le CNRS.

Quand à la Conférence des Présidents d’Université (CPU), elle a fait part mardi dans un communiqué de sa « stupeur », réclamant « des clarifications urgentes » : « Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales, les universités se tiennent à sa disposition. »





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire