Critique : Tomber pour Ali


Lituanie : 2020
Titre original : Advokatas
Réalisation : Romas Zabarauskas
Scénario : Romas Zabarauskas
Interprètes : Eimutis Kvosciauskas, Doğaç Yıldız, Darya Ekamasova
Distribution : Optimale Distribution
Durée : 1h41
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 17 mars 2021

3/5

Jeune réalisateur de 30 ans, Romas Zabarauskas est également un activiste de la cause LGBT dans son pays, la Lituanie, un pays qui a dû faire un certain nombre d’efforts concernant les droits des homosexuels pour pouvoir intégrer l’Union Européenne, sans pour l’instant aller jusqu’au mariage ni même jusqu’au partenariat. Tomber pour Ali est son 3ème long métrage et il aurait dû faire la clôture du 26ème Festival Chéries-Chéris, le Festival du Film LGBTQI&+++ de Paris.

Synopsis : Un avocat désabusé de Vilnius partage son temps entre ses amitiés superficielles et des conquêtes sans lendemain. A la mort de son père qu’il ne fréquentait plus, il se rend à Belgrade où il noue une relation privilégiée inattendue avec un beau réfugié syrien qui réveille en lui des sentiments amoureux qu’il ne pensait plus éprouver.

Le hasard peut être une aide précieuse

Alors qu’il se rapproche de la quarantaine, l’avocat d’affaire Marius continue de fréquenter la communauté homosexuelle de Vilnius, des hommes qui, en général, ont plusieurs années de moins que lui, mais, manifestement, il n’a plus le dynamisme qui devait l’habiter quelques années auparavant. Quelque peu las des conversations qui reviennent sempiternellement sur les mêmes sujets, cette « vieille tarlouze dans une Lituanie homophobe », comme il se définit lui même, prend conscience, lui qui a comme réputation de « baiser tout ce qui bouge », qu’il aspire à une relation « longue, importante et sérieuse ». La simple volonté, toutefois, n’est pas toujours suffisante pour sortir de la routine. Par contre, un coup de pouce du hasard peut être une aide précieuse. Pour Marius, ce pourrait être la quasi simultanéité de deux évènements sans rapport l’un avec l’autre : le décès de son père et la « rencontre » sur Internet d’un syrien, réfugié à Belgrade. Deux évènements qui vont inciter Marius à faire une pause dans son existence, une pause d’une semaine, loin de Vilnius et de ses amis, une pause qui, bien sûr, va le conduire à Belgrade afin de rencontrer Ali. Un voyage qui va l’éloigner de ses amis si drôles, mais aussi si superficiels, de ce milieu branché dans lequel la parole ne se transforme jamais en action.

Un argument qui peut paraître mince, un intérêt qui ne faiblit pas

Sur un argument très mince (La découverte d’un amour véritable par un homme habitué au papillonnage), Romas Zabarauskas arrive à maintenir à flot l’intérêt du spectateur pendant les 100 minutes que dure son film. Le fait qu’il s’agisse d’un amour envers un autre homme n’y est pour rien : cela aurait été le cas si cette particularité avait été la cause directe de difficultés importantes à surmonter, ce n’est pas le cas. Sinon, pourquoi y aurait-il une différence entre la découverte d’un amour véritable pour un homme, par un homme habitué au papillonnage, et la découverte d’un amour véritable pour une femme, par un homme habitué au papillonnage ? Par contre, ce qui aide beaucoup le réalisateur pour cette conquête réussie de l’intérêt des spectateurs, c’est le fait qu’Ali soit un réfugié, qu’il vive dans un camp, que cet homme qui aspire à rejoindre de la famille en Allemagne court le risque d’être renvoyé d’où il vient. Pour l’avocat d’affaires qu’est Marius, c’est le moment de prendre vraiment conscience que défendre des entreprises n’a peut-être pas la même valeur morale que la défense d’un homme face à l’injustice. Le problème, c’est qu’il n’a aucune connaissance des législations concernant les réfugiés. Il n’est toutefois jamais trop tard pour apprendre, plus ou moins sur le tas, et il n’est jamais interdit d’être malin pour aider l’objet de son amour.

Un film sobre

Film lituanien, Tomber pour Ali présente la particularité de se dérouler principalement en Serbie et d’avoir la plus grande partie des dialogues en anglais. Le réalisateur, Romas Zabarauskas, n’est pas un adepte des grands effets, une sobriété en phase avec le personnage de Marius et qui se retrouve dans l’utilisation de plans fixes ou de mouvements de caméra très lents ainsi que dans une utilisation parcimonieuse d’un accompagnement musical. En fait, l’effet le plus important du film réside dans le travail fait sur la couleur, le rouge correspondant à la passion amoureuse et une séquence de réveil dans un hôtel, tournée en noir et blanc, scène qui ne dure que quelques secondes, représentant probablement un clin d’œil du réalisateur à une période, par lui privilégiée, de l’histoire du cinéma. Le cinéma tchèque des années 60 ? la Nouvelle Vague française ? Le film doit beaucoup aux deux acteurs principaux : l’acteur lituanien Eimutis Kvosciauskas, dans le rôle de Marius, toujours très calme tout en se montrant capable de passion amoureuse, et l’acteur turc Doğaç Yıldız, dans le rôle d’Ali, qui présente suffisamment d’ambigüité dans son jeu pour qu’on s’interroge longtemps sur la sincérité de ses sentiments pour Marius.

Conclusion

Tomber pour Ali nous entraine à la découverte d’un amour véritable par un homme habitué au papillonnage, complétée avec bonheur par un volet documenté sur ce que vivent des réfugiés arrivés en Europe avec, parfois, un avantage à faire état de son appartenance à la communauté LGBT. 



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