Comment un député LREM a fait ressurgir le débat sur l’écriture inclusive


L’écriture inclusive de nouveau au cœur du débat. Une soixantaine de députés, principalement issus de la majorité et de l’opposition LR appellent à « interdire l’écriture inclusive dans les documents administratifs » dans une proposition de loi transmise à l’Assemblée nationale mercredi 17 février. A l’origine de ce texte, le député LREM François Jolivet, qui décrit l’écriture inclusive comme un choix « personnel et militant » qui « brouille les messages et complexifie l’apprentissage de la langue française ».

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Le texte, avant tout symbolique à ce stade, cherche à « alimenter le débat, sensibiliser et inciter les ministères à prendre des circulaires à l’instar d’Edouard Philippe en 2017 », indique le député à l’AFP. Dans une circulaire du 21 novembre 2017 sur les règles de féminisation, l’ancien premier ministre Edouard Philippe avait invité ses ministres, « en particulier pour les textes destinés à être publiés au “Journal officiel” de la République française, à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive ».

François Jolivet s’inquiète également de l’usage de « mots nouveaux » dans les publications officielles, comme « iels » pour « ils/elles », « toustes » pour « tous/toutes » ou encore « celleux » pour remplacer « celles/ceux ».

Une proposition de loi soutenue par LR et LREM…

« Le 16 octobre 2017, le ministre de l’Éducation nationale s’est déclaré contre son utilisation dans les manuels scolaires. Le 26 octobre 2017, l’Académie française a alerté sur le risque d’aboutir à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité », écrivent les députés.

Wikipédia a-t-il achevé l’écriture inclusive ?

Cette proposition de loi a notamment été cosignée par la présidente déléguée du groupe LREM Aurore Bergé, ou la vice-présidente LR de l’Assemblée nationale Annie Genevard. Invitée au micro des « Grandes Gueules » sur RMC, cette dernière a estimé que le principal problème était qu’aucun texte « ne protège la langue » française. « Il y a là un militantisme qui ne veut pas réaliser à quel point il porte atteinte à ce qui devrait être le patrimoine de tous les Français. » Avant d’avancer, à tort, qu’à Sciences-Po, « une copie qui n’est pas rendue en langue inclusive est pénalisée ».

Sur Twitter, François Bonneau, sénateur de la Charente, a également indiqué soutenir ce texte « pour la survie de notre langue française ».

… Malgré des remous au sein de la majorité

Selon les informations de « LCI », le texte a cependant provoqué des remous au sein de la majorité, et ce avant même son dépôt officiel. Une députée de la majorité y verrait « les agissements d’un homme attaché à ses privilèges ». Une autre parlementaire se dit « bluffée par le nombre de femmes qui cosignent la proposition de loi ».

« Qu’on n’utilise pas le point médian partout, je comprends évidemment, mais qu’on l’interdise à ceux qui veulent l’utiliser, c’est n’importe quoi. »

Invité sur le plateau de « France 2 » ce vendredi 19 février matin, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal temporise : « Je ne suis pas fan de l’écriture inclusive, mais je crois que je n’ai jamais vu, ou très rarement, de l’écriture inclusive dans les documents officiels. »

« Déplacer le débat »

Les promoteurs de l’écriture inclusive y voient un moyen de lutter pour l’égalité femmes-hommes. Outre l’utilisation de mots « neutres », elle préconise d’user à la fois du féminin et du masculin quand on s’adresse aux hommes et aux femmes, et remet en cause la règle d’accord de la langue française selon laquelle, au pluriel, « le masculin l’emporte sur le féminin ».

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Interrogée par « l’Obs », Marie Loison-Leruste, maîtresse de conférences en sociologie à l’université Paris 13, estime d’ailleurs que cette proposition de loi « déplace le débat ». « Le problème ne porte pas sur l’écriture inclusive, mais plutôt sur l’égalité femmes-hommes. » Selon elle, les arguments avancés par le député, « qui ne semble pas avoir conscience de ce qu’il écrit », sont démentis par ses enquêtes de terrain. « Le principal point débattu est le point médian. Mais ce n’est qu’une abréviation. Dans la réalité, “les électeur·rice·s” se liront bien “les électeurs et les électrices”. »

Elle pointe du doigt une « méconnaissance » de l’histoire et de la fonction de l’Académie française, « qui ne crée absolument pas la langue française ». Alors que chaque année de nouveaux mots sont ajoutés au dictionnaire, sans susciter de polémique, le débat sur l’écriture inclusive est pour elle « un non-sens ». Et de conclure :

« La langue française s’est masculinisée très récemment. L’écriture inclusive cherche seulement à réhabiliter les femmes dans la langue, comme dans le reste de la société. »





nouvelobs

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