La France et l’Europe alimentent une agriculture dépendante des pesticides, selon la fondation Nicolas Hulot



Publié le 12 février 2021

Sur les 23,2 milliards d’euros d’aides publiques à destination de l’agriculture allouées par l’Europe et l’Hexagone, notamment à travers la Politique agricole commune, seulement 11 % visent réellement à réduire l’utilisation des pesticides, sans pour autant y parvenir. Telle est la principale conclusion d’un rapport de la Fondation Nicolas Hulot qui appelle à un changement en profondeur. 

C’était en 2008. La France, puissance agricole, se fixait comme objectif une réduction de 50 % d’usage des herbicides, insecticides et fongicides en une décennie. Trois plans Ecophyto et 13 ans plus tard, le constat est amer. La Fondation Nicolas Hulot évalue dans une nouvelle étude que l’agriculture française a connu « une augmentation de 25 % de l’usage des pesticides de 2008 à 2018 », bien loin de l’ambitieuse aspiration de la France.

Depuis la réduction de moitié des produits phytopharmaceutiques a été reportée à 2025. La faute à qui ? C’est la question cruciale que s’est posée la FNH. Si les agriculteurs sont souvent pointés du doigt, c’est du côté des financements publics que le bât blesse. Les auteurs du rapport estiment que ces derniers sont « trop faibles et inefficaces pour accompagner la réduction de l’usage des pesticides ».

Ces financements, dont 40 % proviennent des budgets européens via la politique agricole commune (PAC) et 60 % des budgets nationaux dont des allégements de cotisations sociales et fiscales, représentent 23,2 milliards d’euros. Or seulement 11 %, « ont une intention définie dans les textes de manière directe ou indirecte qui vise la réduction des pesticides ». Et parmi ces 2,7 milliards d’euros, 1 % ont des « effets avérés » sur la baisse des produits phyto. 

Une minorité d’agriculteurs booste l’augmentation des pesticides

« Notre étude lève le voile sur une tuyauterie financière qui ne permet pas à l’agriculture française de remporter la bataille du vivant », estime l’ancien ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. D’autant que du côté des financements privés, le constat est similaire. Les 19,5 milliards d’euros par an débloqués par les banques et coopératives agricoles profitent aux exploitations les plus consommatrices de pesticides. Selon la FNH, ces dernières mobilisent 60 % d’emprunts de plus que les exploitations les moins intensives en pesticides. 

Le rapport montre également que « l’augmentation des pesticides est surtout liée à l’utilisation croissante des produits par une frange minoritaire d’agriculteurs qui en utilise toujours plus ». Ainsi en seulement 10 ans, le groupe des agriculteurs les plus accros aux pesticides (représentant 9 % des exploitations agricoles) a augmenté sa consommation de 55 %. Si cette situation est inquiétante, elle n’est pas fatidique. La FNH a livré sa feuille de route pour inverser la courbe. Et la solution passe inévitablement par une réforme de la PAC, qui est justement en négociation à Bruxelles pour une entrée en vigueur en 2023.

Une réforme de la PAC 

L’enjeu est d’atteindre 100 % d’installations en agroécologie en 10 ans en consacrant 40 % du premier pilier de la PAC, soit 14,4 milliards d’euros, à des paiements pour des services environnementaux. De même, il s’agit de multiplier par cinq les moyens pour rémunérer les systèmes de production en agriculture biologique et accompagner leur conversion. Côté financements nationaux, qui représentent le plus gros budget, la FNH appelle à la mise en place d’un bonus-malus basée sur le principe du pollueur-payeur. 

Mais l’affaire semble mal engagée. Depuis le début des négociations, les associations environnementales et certaines agricoles comme la Confédération paysanne jugent que leurs revendications ne sont pas entendues. Le collectif Pour une autre PAC, réunissant plus d’une quarantaine d’associations, affirme que l’actuel ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, refuse de les recevoir en pleine négociation de la PAC. Le fossé se creuse avec l’Exécutif alors que le ministre a dénoncé sur Twitter une instrumentalisation des chiffres du rapport de la FNH. « Arrêtons de faire croire que la transition n’est pas en cours ou que l’agriculture s’y opposerait. C’est dégradant et c’est faux », a-t-il tweeté.

Marina Fabre, @fabre_marina 





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