En 2022, tous souverainistes ?


Ce n’est plus une inflexion, c’est un virage sur les chapeaux de roues. Pas besoin d’une loupe pour remarquer l’incroyable retournement de posture du gouvernement sur le rôle de l’Etat comme régulateur de l’économie nationale. Une reconversion express, bien sûr liée à la crise historique que nous traversons. Et la découverte par les Français de notre insigne fragilité et dépendance de nos secteurs vitaux que sont l’industrie de la santé et celui de l’alimentation.

Les deux plus notables métamorphoses viennent du chef de l’Etat lui-même, mais aussi de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. L’ancien candidat à la primaire de la droite, en 2017, est désormais en pointe sur le thème du dirigisme. On peut même dire qu’il fait feu de tout bois pour redorer le blason d’un Etat déficient en ce domaine. Le mal n’est pas nouveau, certes. Il infuse dans l’Hexagone depuis trois décennies. Notre grand argentier est devenu l’homme qui dit non aux excès d’un capitalisme livré aux seuls intérêts financiers. Non au rachat du français Carrefour par le Canadien Couche-tard. Non à l’OPA hostile de Veolia sur Suez, deux mammouths du CAC 40 qui se chamaillent comme des collégiens. Non à la toute puissance des Gafa. Non aux délocalisations sauvages de nos productions vers la Chine.

Bruno Le Maire est donc entré dans le grand bal des souverainistes, rejoignant les Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, Xavier Bertrand et quelques autres. On attend les déclarations, ou au moins les signaux de fumée, d’autres candidats, encore virtuels, comme Anne Hidalgo, Valérie Pécresse ou Yannick Jadot. Cette bousculade dans la cour du souverainisme nous annonce une belle bataille sur ce thème dans les mois à venir, comme un avant-goût de l’élection présidentielle.

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Le risque de la confusion

La pandémie que nous traversons, tragique et lancinante, a réveillé chez les Français un besoin de protection évident, plus seulement sur les questions de sécurité ou d’immigration, mais aussi sur les terrains sociaux, sanitaires et alimentaires. Dans ce nouveau cadre, les politiques s’adaptent, cherchent à coller à l’opinion, sans perdre pour autant leur âme, et leur identité. Pas simple. Nous allons découvrir dans les jours à venir cinquante nuances de « patriotisme économique ».

A gauche, il y a le concept porté par Martine Aubry, le fameux « care », que pourrait incarner Anne Hidalgo, si elle parvient à sortir de son aire de confort parisien. A l’extrême centre, Emmanuel Macron occupe le terrain européen, sur le thème « qui mieux que l’Europe pour nous protéger ? », tout en défendant une reprise en main de nos industries vitales, comme la pharmacie ou l’agriculture. Pour le président, il est donc impératif que la campagne de vaccination orchestrée par Bruxelles réussisse en France. Un échec lui serait sans doute fatal.

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Dans ce contexte si incertain, Bruno Le Maire joue la carte du gaullisme pur et dur, du chevalier blanc partant à l’assaut des citadelles ultralibérales, portant le fer contre un capitalisme dévoyé par ce qu’on appelle l’économie de casino. De loin, on pourrait presque entendre un Jean-Luc Mélenchon, la gouaille et les bons mots en moins. On n’est pas loin de « la France d’abord » de Marine Le Pen. C’est cette confusion dans laquelle nous risquons de nous égarer. Il est donc impératif qu’un grand débat soit envisagé sur cette question cruciale de la souveraineté nationale. Le lieu idéal n’est-il pas à l’Assemblée nationale ou au Sénat ? De nombreux Français se plaignent du manque de visibilité, voire de pouvoir, de nos députés et sénateurs. Le Parlement aurait bien besoin, lui aussi, de… souveraineté. Pourquoi ne pas commencer ce grand débat, au plus vite, au cœur même de l’instance centrale de notre démocratie ?





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