des médecins continuent de critiquer la décision de ne pas reconfiner


« La situation ne justifie pas à ce jour » un nouveau confinement, a assuré le Premier ministre Jean Castex jeudi soir lors de sa conférence de presse hebdomadaire sur la situation sanitaire. Mais face aux indicateurs qui ne baissent toujours pas, certains scientifiques restent dubitatifs, et estime que des mesures plus importantes pourraient être prises pour lutter contre le Covid-19.

Pourquoi le gouvernement procrastine face au reconfinement

« C’est un pari qui a été fait : on est au bord du précipice, a affirmé sur France-Inter l’infectiologue et épidémiologiste Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, ce vendredi 5 février. Pour l’instant, on est en équilibre. Personne n’espère qu’on va tomber. On aurait pu profiter des vacances pour confiner très fort et couper la dynamique de l’épidémie. »

Selon elle, « plus on limite les déplacements, plus on va vers un confinement qui n’en porte pas le nom ». Pour « casser la dynamique » de l’épidémie, « il faut des mesures de coercition plus importantes », estime-t-elle.

Des mesures d’autant plus importantes que le variant anglais serait plus contagieux, et qu’il continue de se répandre en France. « On est dans le modèle de ce qui s’est passé en Angleterre entre septembre et décembre… », prévient Karine Lacombe, alors que l’Angleterre a connu une flambée de cas de Covid-19 à la fin de l’année dernière et a été contrainte de se reconfiner.

« Ce qu’on tolère aujourd’hui, on ne l’acceptait pas il y a six mois »

La docteur Hélène Rossinot, médecin et spécialiste de santé publique, s’est dite « gênée » par les arguments de Jean Castex, ce qui sous-entendrait que « 350 ou 400 morts par jour depuis des mois, ça a l’air acceptable ».

« Il n’y a pas de troisième vague actuellement, on a déjà complètement coulé, on est sous l’eau, s’est-elle inquiétée sur BFMTV. Le nombre de cas reste vers 20 000, 25 000, c’est déjà énorme. Sur les confinements précédents, on s’alertait beaucoup plus tôt. C’est pareil pour les hospitalisations et les réanimations. Ce qu’on tolère aujourd’hui, on ne l’acceptait pas il y a six mois. Je trouve qu’on est de plus en plus tolérants en disant qu’on ne reconfine pas. »

Une stabilité en trompe-l’œil ? Pourquoi l’épidémie pourrait repartir avec les vacances scolaires

Le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière a de son côté déploré sur BFMTV que « le sanitaire ne prime pas » dans les décisions du gouvernement : « S’il primait, avec 500 morts par jour et 25 000 nouveaux cas quotidiens, ce qu’on a fait en mars, on le referait », a-t-il expliqué.

« Si ce n’est pas un choix sanitaire, c’est donc un autre choix. L’autre choix serait de dire que c’est mieux pour l’économie, sur le plan psychologique ou sur le plan sociétal », a-t-il ajouté.

Face à la stratégie du « vivre avec le virus » adoptée par la France, il reste dubitatif : « Qu’est-ce qui est le mieux : fermer le pays pendant quatre, six, huit semaines comme en mars, ou faire un plateau pendant six ou neuf mois comme on est en train de le faire avec les mesures actuelles ? », s’est-il interrogé, assurant plutôt que « la seule façon de casser l’épidémie, c’est de confiner totalement ».

Plus de 23 000 cas de contaminations au Covid-19 ont été enregistrés en vingt-quatre heures en France, selon les données de Santé publique France publiées jeudi, alors que la pression hospitalière reste élevée sur fond de progression de variants plus contagieux. En vingt-quatre heures, 360 personnes ont été emportées par la maladie à l’hôpital.





nouvelobs

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