comment le couvre-feu à 18 heures a modifié les déplacements des Français



Sur les routes d’Ile-de-France, dimanche 31 janvier, 18 heures : le couvre-feu est censé commencer, mais les principaux axes de la région comptent pas moins de 400 km de bouchons, soit quatre fois plus que la normale. Deux jours plus tôt, on comptait également près de 425 km de bouchons à 18 heures, bien au-dessus des 325 km en moyenne. 

Cette mesure de limitation des déplacements à partir de 18 heures, décidée par le gouvernement pour lutter contre la pandémie de Covid-19, est progressivement entrée en vigueur dans plusieurs départements depuis le début de l’année 2021, mais concerne tout l’Hexagone depuis le 16 janvier. Deux semaines plus tard, plusieurs indicateurs permettent de constater que cette mesure a bien affecté les déplacements. Mais dans des proportions mesurées. Franceinfo dresse le bilan de la mobilité des Français depuis l’instauration du couvre-feu sur l’ensemble du territoire.

Parfois davantage de bouchons en fin de journée

Les embouteillages observés le dernier week-end de janvier en Ile-de-France ne sont pas une exception. C’est du moins ce que tendent à montrer les temps de parcours en voiture, fournis à franceinfo par l’entreprise TomTom. Le fabricant de systèmes de navigation GPS calcule un indice de congestion des routes, en comparant le temps de trajet effectif de ses utilisateurs avec le temps de trajet le plus court effectué sur un parcours donné. Plus un automobiliste met du temps pour effectuer son trajet, plus l’indice de congestion augmente.

A Paris, par exemple, où le couvre-feu commençait à 20 heures début janvier, une réduction du trafic était observée en fin de soirée par rapport à 2019 aux mêmes heures. On notait relativement peu de bouchons, et ceux-ci s’étalaient jusqu’à 20 heures. Mais depuis l’instauration du couvre-feu à 18 heures, à compter du 16 janvier, les pics de bouchons montent souvent plus haut, sans pour autant survenir plus tôt dans l’après-midi et avec une durée dans la soirée réduite d’une heure. En d’autres termes, les Français sont plus nombreux pare-chocs contre pare-chocs en fin de journée, mais ce passage obligé du trajet travail-domicile dure moins longtemps puisqu’à partir de 20 heures, le trafic est plus fluide qu’à l’accoutumée.

Il en va de même pour d’autres métropoles françaises. On observe par exemple un pic flagrant à Lyon, le soir du 22 janvier, avec un indice de congestion à +91% : les automobilistes mettaient alors presque deux fois plus de temps que le trajet optimal pour réaliser leur déplacement. A Toulouse également, les deux premiers jours après l’instauration du couvre-feu à 18 heures ont vu d’importants pics de congestion, dépassant les chiffres de 2019. A Marseille néanmoins, où le couvre-feu à 18 heures a été mis en place dès le 10 janvier, les pics de congestion constatés les soirs de semaine étaient déjà observés la semaine précédant le couvre-feu avancé. De quoi nuancer le constat réalisé dans les autres métropoles.

Les pistes cyclables prises d’assaut plus tôt

Si, sur la route, les bouchons ne surviennent pas plus tôt dans la journée, il n’en va pas de même sur les pistes cyclables. En analysant le comptage des vélos sur les routes parisiennes, publié régulièrement par la Mairie de Paris, on note que l’heure de pointe de fin de journée survient plus tôt.

Le graphique ci-dessous dessine le comptage des vélos heure par heure, hors week-end, pour les deux semaines précédant le couvre-feu (en jaune), et les semaines où le couvre-feu à 18 heures est en place (en bleu). Chaque journée comporte deux pics : celui du matin, qui ne varie que très peu avec ou sans restrictions de déplacements à 18 heures, et celui du soir. Et ce dernier survient quasi systématiquement une heure plus tôt depuis que le couvre-feu est en vigueur.

Dans les transports en commun, l’heure de pointe avancée d’une heure

Les transports en commun connaissent un phénomène semblable. Des données collectées par Ile-de-France Mobilités sur les premiers jours après la mise en place du couvre-feu à 18 heures permettent de suivre le nombre de validations de titres de transports dans le métro et le RER en fin de journée. Alors que la période de pointe survenait à 18 heures en temps normal, elle a été avancée à 17 heures depuis le 16 janvier. Résultat, davantage de fréquentation entre 16h30 et 17h30 que début janvier, mais beaucoup moins de 18h30 jusqu’à 20h30. 

« L’impact n’est pas très important, nuance Marc Pélissier, président de l’Association des usagers des transports Ile-de-France. Avant le couvre-feu à 18 heures, on était déjà sur une fréquentation à moins de 50% par rapport à la normale. Donc le pic observé vers 17 h reste en dessous de ce qu’il y avait en temps normal. »

Les déplacements vers les commerces en baisse

Le couvre-feu influence néanmoins les habitudes des Français dans leurs déplacements, notamment vers les commerces. Alors que les boutiques ferment dès 18 heures, leur fréquentation en semaine a fortement baissé depuis l’entrée en vigueur du couvre-feu. C’est du moins ce que confirment les données de mobilité élaborées par Google. Début janvier, la baisse des déplacements vers les commerces ou pharmacies variait entre 0 et 10% par rapport à la normale, calculée par Google sur les cinq premières semaines de 2020. Mais la tendance semble plus forte depuis le 16 janvier, avec une réduction de ces déplacements entre 11 et 16% les jours de semaine. Les déplacements vers le lieu de travail, eux, n’ont pas connu de telles baisses depuis la mise en place des restrictions le 16 janvier.





francetvinfo

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