La France consomme bien plus d’eau qu’elle n’en prélève sur son territoire


Publié le 03 février 2021

C’est une anomalie spécifique aux pays riches et la France n’y échappe pas. Selon le bilan annuel sur l’eau et les milieux aquatiques, l’Hexagone, à cause des produits importés, consomme bien plus d’eau qu’il n’en prélève sur son territoire. C’est essentiellement l’importation de coton liée aux produits textiles qui plombe son empreinte eau. Ce phénomène n’est pas forcément préjudiciable pour la planète, cela dépend si la région de production est une zone asséchée. 

Ce sont des chiffres précieux que vient de publier le ministère de la Transition écologique et l’Office français de la biodiversité dans leur bilan annuel sur l’eau et les milieux aquatiques. On y apprend ainsi que chaque Français consomme en moyenne 146 litres d’eau potable par jour et, qu’en période estivale, sur les trois quarts du territoire métropolitain, l’agriculture utilise 50 % des volumes d’eau consommée. Mais c’est une autre donnée qui retient le plus l’attention : la France consomme plus d’eau qu’elle n’en prélève sur son territoire. Comment ce phénomène peut-il être possible ? 

Cette situation est due à la quantité d’eau nécessaire à la production des biens et services que la France importe sur son territoire. Ainsi l’empreinte eau de la France, qui prend en compte le volume d’eau consommée pour satisfaire l’ensemble des besoins du pays, est largement supérieure à la moyenne mondiale. Elle dépasse les 200 mètres cubes d’eau par habitant. C’est au-dessus de la moyenne mondiale (169 m3), mais en dessous de la moyenne européenne (233 m3).

La France dans la lignée des pays riches 

« Cela signifie qu’il est consommé plus d’eau à l’étranger pour les biens et les services importés en France (fruits et légumes consommés ou transformés en France, produits textiles, etc) qu’il n’en est consommé en France pour produire les biens et services exportés de France (maïs irrigué, produits de l’industrie alimentaire ou chimique, etc) », décryptent les auteurs du rapport. Sans surprise, la France n’est pas cas isolé. Cette situation se vérifie dans la majorité des pays riches, essentiellement européens.

« La notion d’empreinte eau peut renvoyer à celle de l’empreinte carbone. En ce sens, on sait que plus l’empreinte carbone est élevée, plus c’est « mauvais » pour la planète », décrypte Jean-Louis Pasquier, chargé d’études statistiques au ministère de l’Ecologie et coauteur de l’étude. « Dans le cas de l’empreinte eau, la problématique est circonscrite de manière géographique et saisonnière. Si les biens et services consommés (y compris les importés) sont produits dans une région et à une saison où l’eau est très abondante, cela n’est pas forcément un problème. Tout dépend donc de l’origine des biens », avance-t-il.

Notre consommation impacte les ressources en eau ailleurs dans le monde

En 2012, l’UNESCO-IHE, un grand institut d’éducation scientifique relative à l’eau, s’est attaqué à ce problème. Dans son rapport « Empreinte eau de la France », les auteurs estiment que près de la moitié de l’empreinte eau de la France est liée à des importations principalement associées à « des produits agricoles importés ». Trois principales cultures figurent dans le TOP3 des produits les plus consommateurs d’eau :  le coton, la canne à sucre et le riz. 

Pour le coton par exemple, dans un rapport sorti la même année, le WWF identifiait l’Ouzbékistan, la Turquie, l’Inde, le Tajikistan, le Turkmenistan et la Chine comme principaux contributeurs. Or, si les lieux de productions peuvent avoir évolué aujourd’hui, on sait que les cultures de coton ont contribué de façon significative à la rareté en eau dans plusieurs bassins proches de ces lieux de production comme celui de la Mer d’Aral. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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