Au forum de Davos, les dirigeants mondiaux cherchent les pistes pour parvenir à nourrir 10 milliards d’humains



Publié le 28 janvier 2021

Alors que deux milliards de personnes ne mangent pas suffisamment ou mal aujourd’hui, le Forum économique mondial, réuni pour la semaine virtuellement, appelle à transformer nos systèmes alimentaires aujourd’hui défaillants. Si le Covid-19 a aggravé la situation, le changement climatique sera pire, préviennent les experts. Plusieurs pistes d’amélioration ont été évoquées comme l’agriculture de précision ou la mise en place d’un prix carbone pour rémunérer les services rendus par l’agriculture. 

Les effets du Covid-19 sont tentaculaires. La pandémie a poussé 130 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë à la fin 2020 en raison, notamment, du ralentissement des chaînes logistiques d’approvisionnement. Mais le virus n’est que l’arbre qui cache la forêt. Si le Covid-19 a fait grimper en flèche l’insécurité alimentaire, le changement climatique, lui, sera bien pire, prévient le Forum économique mondial.

Toute la semaine, les chefs d’État, dirigeants d’entreprises ou ONG sont en effet réunis, virtuellement, pour « améliorer l’état du monde ». Et cette fois, ils appellent à « réparer » nos systèmes alimentaires alors que d’ici 2050, la planète comptera 9,7 milliards de bouches humaines à nourrir. Aujourd’hui, ce sont près de deux milliards de personnes qui ne mangent pas suffisamment, ou mal. Or, la production alimentaire est déjà jugée responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre, d’une bonne partie de la déforestation et de la perte de biodiversité. Avec au final, 30 % de l’alimentation produite perdue ou gaspillée.

Mobiliser le secteur privé en incluant les petits paysans

« La pauvreté, la pandémie de Coronavirus, le changement climatique, les conflits et d’autres problèmes signifient que 840 millions de personnes dans le monde ne sont pas assurées d’avoir accès à suffisamment de nourriture. C’est pourquoi les systèmes alimentaires existants doivent être transformés », a expliqué le Premier ministre néerlandais Mark Rutter lors d’une table ronde sur le sujet. Une des solutions viendrait de l’agriculture de précision, utilisant des satellites et banques de données. Selon lui, un sommet de l’Onu prévu en septembre sur le sujet va constituer « un tournant ». « Les Pays-Bas vont tenir le secrétariat et enregistrer toutes les innovations locales qui faciliteront les partenariats avec le secteur privé, a-t-il dit.

Donner un prix carbone 

Si les géants de l’agroalimentaire sont mis au défi d’apporter leur aide, attention cependant à bien intégrer les petits paysans, sans les déplacer de leurs terres ni les rejeter dans les flux migratoires, alerte David Beasley. L’enjeu est crucial alors que 1 % des fermes exploitent plus de 70 % des terres agricoles disponibles et que 600 millions d’exploitations agricoles dans le monde sont dirigées par des familles. « Nous avons deux grands systèmes, l’agriculture geek et l’agriculture paysanne, est-ce que les deux vont se rencontrer ou s’annuler ? », s’est interrogé Olivier de Schutter, ex-rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. 

Une autre solution a été évoquée par  Wiebe Draijer. Le PDG de la Rabobank, a souligné la nécessité « urgente » de « donner un prix » au carbone pour pouvoir rémunérer les services rendus par l’agriculture au climat ou des États comme le Costa Rica qui s’engagent dans la conservation de la biodiversité.  « Le monde a besoin d’un système qui fasse le pont », a-t-il estimé en demandant la création « urgente » d’une « banque du carbone ». 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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