Après une série de contradictions, l’incohérente stratégie du gouvernement sur le reconfinement


Confinera, confinera pas ? Difficile de s’y retrouver face à toutes ces déclarations contradictoires. « Des décisions importantes seront prises cette semaine », annonçait Matignon lundi 25 janvier. Dans la journée, l’Elysée rétorquait que rien n’était « encore acté ». L’exécutif se donne encore quelques jours pour observer les effets du couvre-feu sur la propagation du variant britannique.

En clair, pas question pour le gouvernement d’agir sous la pression des scientifiques… ou de la presse. Ce week-end, la une du « JDD » a mis le président « hors de lui ». « Le président était fou de rage », raconte un conseiller à l’AFP. Une fuite venue de Matignon qui se retrouve en une, la presse qui s’emballe, la population qui s’imagine déjà confinée : c’est une erreur qui ne se reproduira plus martèle le gouvernement.

Ces Français qui n’en peuvent plus du confinement

Retour sur une semaine de couacs et sur l’incompréhensible stratégie du gouvernement quant à un troisième confinement.

Une question de jours

Vendredi 22 janvier, le ministre de la Santé Olivier Véran dit attendre « d’être fixé sur les effets du couvre-feu » généralisé. « On le sera la semaine prochaine », précise-t-il au « Parisien ». « Si ça ne baisse pas et si les variants [du Covid-19] commencent à se diffuser partout », le gouvernement « prendra des mesures supplémentaires », prévient-il. « Et cela s’appelle le confinement. »

Aucune annonce définitive donc. Pourtant dimanche, plusieurs sources haut placées au sein de l’exécutif annoncent dans les colonnes du « Journal du Dimanche » que « la décision est sur le point d’être prise ». Le reconfinement devrait durer « au moins trois semaines », mais les écoles devraient rester ouvertes.

« Il y a urgence »

Une annonce qui va dans le sens des recommandations scientifiques. Alarmiste, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy déclarait dimanche 24 janvier qu’« il y a urgence » face au Covid-19.

« Plus on prend une décision rapide, plus elle est efficace et peut être de durée limitée. On est dans une semaine un peu critique. Si nous continuons sans rien faire de plus, nous allons nous retrouver dans une situation extrêmement difficile. »Est-on condamné à être éternellement reconfinés ?

« Il faudra probablement aller vers un confinement » dont les conditions relèvent d’une « décision politique », pour faire face aux variants du coronavirus qui « changent complètement la donne » sanitaire en France, a-t-il déclaré.

Nombreux sont les scientifiques qui rejoignent l’opinion de Jean-François Delfraissy. Pour l’épidémiologiste Catherine Hill, « il faut reconfiner ». Interrogée par « l’Obs », elle plaide pour « une dépistage massif ». « Les effets du couvre-feu sont quasiment nuls. Ce n’est qu’en testant massivement, autant que possible qu’on pourra s’en sortir. Et si quelqu’un est positif, il doit être strictement isolé. »

Rétropédalage

« On n’est pas à une semaine près. » Deux jours plus tard, « Libération » titre sur une interview de Jean-François Delfraissy. Un virage à 180°. Le président du conseil scientifique temporise, estimant que la France n’était pas encore « dans l’extrême urgence ».

Il envisage ainsi deux scénarios différents. Il s’agit en premier lieu d’attendre « la fin de la semaine pour disposer des résultats de la deuxième enquête flash de Santé publique France » sur les effets du couvre-feu avancé sur la circulation du variant britannique. Le professeur affirme qu’il faut deux semaines de recul pour mesurer son impact. La seconde solution consisterait à prendre les devants pour éviter un scénario à l’anglaise. Mais pour lui, à long terme, le couvre-feu ne sera pas suffisant pour faire barrage au virus.

De l’urgence à la temporisation, la déroutante valse-hésitation de Delfraissy sur le reconfinement

Jean-François Delfraissy n’est pas le seul à retourner sa veste. Le maire de Cabourg (Calvados), Tristan Duval, avait annoncé lundi 25 janvier lors du conseil municipal qu’un reconfinement serait annoncé cette semaine et appliqué dès jeudi. La préfecture du Calvados a démenti dans la soirée.

« Pas de raisons de décider d’un confinement »

« À (sa) connaissance », Emmanuel Macron ne devrait pas s’exprimer dans les prochains jours. Invitée de BFMTV ce mardi matin, la ministre chargée de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a affirmé qu’« à ce stade, il n’y a pas de raison de décider d’un confinement ». « Pas de précipitation », a pour sa part intimé Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie.

Aucune prise de parole du président cette semaine n’a ainsi été confirmée. Selon une source proche de l’exécutif le chef de l’Etat réfléchit à un dispositif encore différent des deux premiers confinements, plus souple surtout pour la jeunesse.

Le confinement est-il un remède pire que le mal ?

Selon la même source, Emmanuel Macron, désireux d’éviter au maximum un nouveau confinement, pourrait se donner plusieurs jours supplémentaires avant de trancher, le temps de mesurer pleinement l’effet du couvre-feu.

Santé publique France note une relative stabilité de la circulation du virus avec 128 551 cas positifs la semaine du 11 janvier, mais la tendance semble être repartie à la hausse, avec 30 576 personnes testées positives le 18 janvier.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire