Test Blu-ray : La vengeance de Siegfried


Allemagne : 1966
Titre original : Die Nibelungen
Réalisation : Harald Reinl
Scénario : Harald Reinl, Harald G. Petersson, Ladislas Fodor
Acteurs : Uwe Beyer, Rolf Henniger, Siegfried Wischnewski
Éditeur : Artus Films
Durée : 2h49
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 9 octobre 1968
Date de sortie DVD/BR : 5 janvier 2021

Terminant son initiation chez le nain Mime, Siegfried se forge une épée, et va tuer le dragon Fafnir, se baignant alors dans son sang pour acquérir l’invincibilité. Mais une feuille de frêne se colle sur son dos, lui laissant une partie vulnérable. Il se rend ensuite à la cour des Nibelungen, chez le roi Gunther, où il va tomber amoureux de la belle Krimhilde, la sœur du roi. Ce dernier devant repousser une attaque des Saxons, Siegfried va lui prêter main forte. Ses exploits l’amèneront au statut immortel de héros. Nouveaux associés de s’attaquer à un train. Les frères Reno tomberont-ils dans le guet-apens ?

Le film

[5/5]

Si son nom est beaucoup moins connu et réputé que ceux des maestros du cinéma populaire italien, l’allemand Harald Reinl a consacré de nombreuses années à la gloire du cinéma « bis » européen. En un peu plus de trente ans de carrière, Reinl a en effet tourné une soixantaine de films, mais s’avère surtout connu pour ses films adaptés des romans d’Edgar Wallace et de Karl May, dont la série des Winnetou. Il a également réalisé deux films tournant autour du personnage du Docteur Mabuse. Horreur, policier, comédie, western, aventures, espionnage, guerre… A bien y regarder, son œuvre tout entière semble tournée en direction du divertissement populaire. Malheureusement, la quasi-totalité des films qu’il a réalisés durant les décennies 60 et 70 semblent aujourd’hui quasiment invisibles en France, et on le regrette amèrement.

Grand film d’aventures, exploité en deux parties lors de sa sortie dans les salles obscures, La vengeance de Siegfried fait donc partie de ces grands films d’aventures fantastico-myhtologiques flirtant volontiers avec le « bis » ayant fait la joie des cinémas de quartier dans toute l’Europe des années 60. Ne lésinant ni sur les moyens, ni sur les effets spéciaux, le film d’Harald Reinl est une nouvelle adaptation du mythe des Niebelungen, déjà adapté au cinéma par Fritz Lang en 1924. S’il en reprend à peu de chose près le même découpage, le film de Reinl bénéficie vraiment du faste et du souffle épique développé par le péplum italien des années 60, ayant servi de mètre-étalon à l’esthétique du cinéma populaire allemand – et plus largement européen – de la même époque.

On notera par ailleurs que le titre original du film, Die Niebelungen, est identique à celui du film de Fritz Lang dont il s’inspire. Curieusement, le titre français – La vengeance de Siegfried – choisit en revanche de mettre en avant le personnage de Siegfried, qui n’apparait que durant la première partie du film – la « vengeance » dont on parle est en réalité celle d’un autre personnage, nommé Kriemhild, qui n’est autre que l’épouse de Siegfried.

Mais La vengeance de Siegfried n’est certes pas le premier film de l’histoire – et ne sera probablement pas le dernier – à afficher un titre français aussi absurde que mensonger. Ces considérations n’empêcheront cependant clairement pas au spectateur de s’émerveiller devant le grand spectacle que nous offre cette magnifique fresque en deux parties. Plastiquement, le spectateur ne pourra que s’esbaudir devant la qualité des décors, des accessoires ainsi que, plus largement, de la classe époustouflante de la mise en scène d’Harald Reinl. La photographie d’Ernst W. Kalinke alterne les passages « naturalistes » et ceux tirant sur le fantastique voire même le gothique, avec une aisance remarquable. La reconstitution est vraiment d’une beauté saisissante, et le tout est vraiment magnifié par des couleurs éclatantes et un format Scope 2.35 parfaitement utilisé.

Certaines séquences, certaines compositions de plans absolument grandioses – telle que ce sublime plan durant lequel Kriemhild descend les marches afin de retrouver la dépouille de Siegfried à la fin de la première partie – évoqueront vraiment par leur immense beauté l’Art d’immenses formalistes tels que Mario Bava ou Riccardo Freda. L’influence du péplum sur La vengeance de Siegfried se fera d’ailleurs encore d’avantage ressentir dans la deuxième partie du film, mettant en scène Attila le Hun et ses farouches guerriers – le film s’inscrira dès lors presque de lui-même dans la veine de certains films du genre évoquant les invasions barbares – on pense à des films tels que, entre autres, Attila, fléau de Dieu (1954), La terreur des barbares (1959), La reine des barbares (1960), Toryok, la furie des barbares (1960), La terreur des Kirghiz (1964) ou encore L’enfer de Gengis Khan (1964).

Du côté du casting, on notera la présence du musclé Uwe Beyer, lanceur de marteau et acteur occasionnel, de Karin Dior (épouse et actrice fétiche d’Harald Reinl, vue par la suite dans On ne vit que deux fois et L’étau), du formidable Herbert Lom dans la peau d’Attila, mais également de Mario Girotti alias Terence Hill dans un tout petit rôle.

Le Combo Blu-ray + DVD + Livre

[5/5]

A l’occasion de la sortie en combo Blu-ray + DVD de La vengeance de Siegfried, Artus Films se fend à nouveau d’un objet superbe rendant ses lettres de noblesse à l’appellation « Édition Collector ». Il s’agit d’une édition limitée, proposée dans un imposant coffret Mediabook, contenant en son sein un beau livret de 80 pages riche en illustrations. On a donc entre les mains un véritable et bel objet de collection, mais Artus ne mise pas tout sur la présentation physique de l’objet, puisque le Blu-ray du film a fait l’objet d’un soin tout particulier.

Côté galette, le Blu-ray de La vengeance de Siegfried nous propose en effet une image littéralement impeccable, et le résultat comble toutes nos attentes : le master est propre, stable, préserve la granulation d’origine et est de plus encodé en 1080p ; l’image est assez superbe, d’une belle précision, et les couleurs sont éclatantes – du très beau travail. Côté son, VO et VF d’époque nous sont offertes dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), pas forcément très impressionnants d’un point de vue technique, mais aux voix claires et intelligibles et respectant parfaitement la patine sonore d’origine.

Dans la section suppléments, on ne trouvera sur le Blu-ray à proprement parler qu’une galerie de photos et d’affiches du film. On se régalera en revanche de la présence du livret de 80 pages, intitulé « Le trésor des Niebelungen » et dont les textes sont signés Laurent Schang et Alain Petit. Laurent Schang s’est chargé de la partie du livre consacrée aux Niebelungen, revenant sur la légende du point de vue historique et mythologique tout en proposant un retour sur les diverses représentations du mythe dans l’Art (peinture, littérature, musique, cinéma…). Alain Petit quant à lui s’est chargé de revenir sur la carrière d’Harald Reinl, avec une bio/filmographie intéressante, donnant vraiment envie de découvrir beaucoup de ses films. On y apprendra par ailleurs que le cinéaste a été assassiné par sa troisième femme, l’actrice tchèque Daniela Maria Delis.



Critique film

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