le retour d’une réforme dont plus grand monde ne veut


C’est une des – nombreuses – réformes « prioritaires » de la fin du quinquennat. La ministre du Travail rouvre le dossier de l’assurance chômage. Elisabeth Borne reçoit lundi 25 janvier les dirigeants syndicaux et patronaux, dans l’espoir de trouver « un chemin » pour cette réforme qui suscite une forte opposition, les syndicats réclamant plus que jamais son abandon.

La réforme durcit en effet les règles d’indemnisation des chômeurs. Décidée par l’exécutif en juillet 2019, elle visait à réaliser 1 à 1,3 milliard d’économies par an.

Mais la brutalité de la crise a contraint le gouvernement à reporter à plusieurs reprises son application, la dernière fois de janvier à avril.

Selon Jean-François Foucard, qui représente le syndicat CFE-CGC (cadres), la flambée du chômage rend la réforme obsolète. Son maintien relève « du dogmatisme », déclare-t-il à « l’Obs » :

« La réforme a été conçue pour naviguer par grand beau temps, alors que nous traversons une tempête, voire un ouragan, qui va durer encore plusieurs années », résume Jean-François Foucard.

Cette réforme « pas pertinente et porteuse d’injustice sociale ne doit pas entrer en vigueur », plaide Marylise Léon, la négociatrice CFDT.

« Comme Emmanuel Macron ne pourra pas achever la réforme des retraites avant la présidentielle, il veut terminer celle de l’assurance-chômage qui fera moins de remous », analyse Michel Beaugas (FO).Les non-dits de la réforme de l’assurance-chômage

Un mécanisme pour temporiser

Pour tenir compte du nouveau contexte, Elisabeth Borne a ouvert une concertation à l’automne, se disant prête à discuter des « paramètres » de la réforme sans en abandonner l’esprit. L’application pourrait être conditionnée à l’amélioration d’indicateurs économiques, comme par exemple les créations d’emploi.

« C’est une hypothèse qu’on va tester, on n’est fermé sur rien, ça sera une journée d’écoutes », assure-t-on au ministère avant une nouvelle réunion multilatérale courant février où le gouvernement devrait présenter ses arbitrages.

Une façon, estime Jean-François Foucard, de temporiser jusqu’à la présidentielle sans perdre la face :

« Politiquement, ça permettra de dire “je fais la réforme” même si elle ne s’applique pas. On est dans le marketing. »

Côté patronal, cette idée est plutôt bien accueillie. Pour François Asselin (CPME), « la réforme devrait être actionnée en fonction de l’évolution et de la dynamique des offres d’emploi ».

Les « permittents » sont pénalisés

Mais une telle proposition ne suffira pas à embarquer les partenaires sociaux qui ont jugé insuffisants les amendements proposés jusqu’ici.

L’exécutif a ainsi proposé de revenir sur le passage de 4 à 6 mois de travail pour ouvrir des droits, mais uniquement pour les jeunes de moins de 26 ans.

« C’est monstrueux, ce que le gouvernement demande aux chômeurs ! »

Le point le plus contesté reste les nouvelles modalités de calcul de l’allocation, le cœur de la réforme de l’ex-ministre Muriel Pénicaud, qui risque de pénaliser fortement, selon l’Unédic, les « permittents », ceux souvent précaires qui alternent chômage et contrats courts.

L’exécutif défend un enjeu « d’équité » car le système actuel est plus favorable, pour le même nombre d’heures de travail, à celui qui a des contrats fractionnés qu’à celui qui travaille en continu. Il juge aussi que cela n’est pas incitatif à la reprise d’un emploi durable.

A la grande satisfaction des syndicats, ce point a été annulé fin novembre par le Conseil d’Etat car il créait « une différence de traitement manifestement disproportionnée » entre allocataires. Pour y remédier, le gouvernement travaille sur un plancher garantissant une rémunération minimale aux demandeurs d’emploi.

Le patronat refuse le bonus-malus

La réforme prévoit aussi de taxer le recours abusif aux contrats courts. Mais le patronat continue de contester vivement l’instauration d’un bonus-malus sur la cotisation d’assurance-chômage dans sept secteurs grands consommateurs de CDD courts (hébergement-restauration, agroalimentaire, transports, plasturgie…).

Elisabeth Borne assure qu’il fait « vraiment partie de l’équilibre de la réforme, qui doit toujours dissuader les employeurs de recourir de façon excessive aux contrats courts ». En 2019, sept embauches sur dix étaient des CDD de moins d’un mois, dont un tiers ne dépassaient pas une journée.

Mais Hubert Mongon (Medef) dénonce un « dogme » d’autant plus « absurde » que certains de ces secteurs « sont les plus touchés par la crise ».

Parmi les pistes de travail figurent le resserrement de la « maille du filet » (pour mieux cibler les secteurs concernés), le report de l’entrée en vigueur (à la cotisation 2022 ou 2023)… « Le bonus-malus ne verra jamais le jour », pronostique Michel Beaugas (FO).

B.L. avec AFP





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire