Présidence Biden: les Noirs au cœur du pouvoir



Ils l’ont fait gagner deux fois, et même trois: la première, lors des primaires de Caroline du Sud, ils ont amorcé le come-back de Biden; la deuxième, lors de la présidentielle, ils ont largement contribué à sa victoire; et l’on peut compter comme troisième fois la double élection du 5 janvier en Géorgie, qui a fait remporter aux démocrates deux sièges de sénateurs et, par la-même, la majorité au Sénat: pas de doute, les Noirs américains n’occupent plus un strapontin dans le monde politique. Ils sont aujourd’hui à l’orchestre, ou plutôt sur scène, dans l’un des rôles-titres.

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Cela se voit partout, à commencer bien sûr par le sommet: Kamala Harris est la première personne noire jamais élue à la vice-présidence. Au Congrès, il n’y a jamais eu autant d’élus afro-américains: 57 (mais seulement 2 républicains) à la Chambre des Représentants, 2 (dont un républicain) au Sénat. Et l’arithmétique ne dit pas tout: à la Chambre, par exemple, le congressman new-yorkais Gregory Meeks est le premier noir à présider l’importante commission des Affaires étrangères, jusque-là plutôt chasse gardée des élus blancs. Le vétéran de Caroline du Sud et « faiseur de rois » Jim Clyburn, quant à lui, reste le

« whip » (n°3) de la majorité démocrate à la Chambre, plus influent que jamais.

Records historiques

Le cabinet de Joe Biden aligne lui aussi les records historiques. Si tous ses membres sont confirmés par le Sénat, ce qui est probable, il comptera 6 Afro-Américains. Les leaders noirs avaient insisté auprès de Biden pour qu’un Noir soit nommé à la tête de l’un des quatre ministères-clés, ils ont été entendus avec la nomination à la Défense de Lloyd Austin, un général à la retraite. C’est une première à ce poste.

Autre succès important, pour la communauté noire démocrate: l’un des siens, Jaime Harrison, a été choisi par Joe Biden pour diriger le Conseil national démocrate, organe exécutif du parti. Candidat en Caroline du Sud pour le Sénat, Harrison n’avait pas réussi à déloger l’allié de Trump, Lindsey Graham, mais il avait reçu un montant record de dons et montré d’impressionnantes qualités sur le terrain. Il sera secondé au National Democratic Council par Keisha Lance Bottoms, la maire noire d’Atlanta, entre autres chargée de la défense du droit de vote des noirs.

Mobilisation des électeurs noirs en Géorgie

Un nom n’apparaît pas dans cette liste, il est pourtant crucial si l’on veut comprendre cette influence du pouvoir politique noir chez les Démocrates: Stacey Abrams. C’est cette candidate malheureuse au poste de gouverneur de Géorgie, il y a deux ans, qui a été l’architecte de la victoire aux sénatoriales. Fondatrice du New Georgia Project, elle a lancé un mouvement de mobilisation des électeurs noirs de l’Etat sans précédent, impressionnant lors de la présidentielle et carrément spectaculaire pour l’élection du 5 janvier au Sénat.

Les équipes de campagne ont frappé à la porte de 3 millions d’électeurs, envoyé 2 millions de SMS… Dans une élection partielle qui mobilise généralement peu les foules, la participation des Noirs a frôlé celle de novembre (92%). Si elle avait été plus faible de seulement quelques points, les deux sénateurs républicains de Géorgie auraient été réélus et Joe Biden devrait gouverner avec un Sénat contrôlé par la droite. Autant dire qu’il serait paralysé.

Une réalité politique

Le poids plus important des Noirs et des autres minorités, au sein du parti démocrate, est une tendance de fond liée à la polarisation raciale du pays: les électeurs blancs sont de plus en plus républicains, les non-blancs, de plus en plus démocrates. Il y a donc un côté presque mécanique dans le pouvoir accru de ces minorités au sein de la gauche. Mais il y aussi un effort remarquable, né d’une réaction viscérale aux entraves de plus en plus systématiques, de la part des gouverneurs  et législatures aux mains du parti républicain, pour limiter la participation électorale des Noirs.

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Le rôle accru des Noirs et le fait que la justice raciale soit au coeur du programme de Joe Biden ne sont pas seulement une affaire de principe, une réaction au traumatisme causé par l’assassinat de George Floyd par la police de Minneapolis. C’est aussi une réalité politique: si la communauté noire se montre capable de se mobiliser avec la même intensité que les Blancs, comme elle l’a montré avec cette élection, elle constituera une force irrépressible.



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