Millions russes, financement libyen, Bygmalion… Toutes ces affaires qui visent Nicolas Sarkozy


L’horizon judiciaire de Nicolas Sarkozy s’assombrit encore un peu plus. Déjà mis en cause dans plusieurs affaires, l’ancien président de la République est une nouvelle fois dans le viseur du parquet national financier, apprend-on ce vendredi 15 janvier, en raison de ses activités de conseil en Russie. Alors qu’une enquête préliminaire a été ouverte, « l’Obs » fait le point sur les différents dossiers dans lesquels l’ancien homme fort de la droite est cité.

Les (bonnes) affaires de Nicolas Sarkozy

  • Les « millions russes »

L’affaire vient d’être dévoilée par Mediapart. Selon le site d’informations, la justice anticorruption enquête depuis l’été 2020, suite à un signalement du service de renseignement financier Tracfin, sur les raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy est rémunéré par une société d’assurances russe, Reso Garantia, contrôlée par deux milliardaires russes d’origine arménienne, Sergueï et Nikolaï Sarkisov.

Ce sont ainsi les activités de conseil en Russie de l’ancien président de la République qui sont dans le viseur du parquet national financier (PNF), qui a ouvert une enquête préliminaire pour « trafic d’influence » et « blanchiment ». « La justice cherche à vérifier si l’ancien chef de l’Etat a seulement agi comme consultant, ce qui serait parfaitement légal, ou s’il se serait adonné à des activités de lobbying potentiellement délictuelles pour le compte des oligarques russes », écrit Mediapart.

Le contrat conclu en 2019 porterait sur plusieurs années et un montant de 3 millions d’euros. Nicolas Sarkozy aurait déjà touché un paiement de 500 000 euros au titre de ce contrat, début 2020, toujours d’après Mediapart.

Activités de conseil de Sarkozy en Russie : enquête ouverte sur un possible « trafic d’influence »

  • La rémunération de Cécilia Attias

Un peu plus tôt dans la semaine, une autre affaire impliquant Nicolas Sarkozy, cette fois-ci révélée par « le Canard enchaîné », a fait irruption dans l’actualité. Dans son édition du 13 janvier, l’hebdomadaire explique que Cécilia Attias, ex-épouse de l’ancien président, a été rémunérée entre 2002 et 2003 en tant que collaboratrice de député pendant neuf mois. Un travail dont le palmipède affirme ne pas avoir trouvé de trace.

Selon « le Canard enchaîné », Cécilia Attias, alors Cécilia Sarkozy, a été engagée entre 2002 et mars 2003 comme assistante parlementaire de la députée des Hauts-de-Seine Joëlle Ceccaldi-Raynaud. Celle-ci remplaçait Nicolas Sarkozy, devenu ministre de l’Intérieur. « Le Canard » révèle que pour 75,84 heures de travail par mois, Cécilia Sarkozy touchait 3 088 euros net. En quoi consistait cet emploi ? L’hebdomadaire affirme dans son enquête que « pas un article, pas le moindre reportage, pas un seul des multiples ouvrages consacrés à l’ex-première dame ne mentionne son boulot d’attachée parlementaire auprès de la députée de Puteaux ».

Comme le fait remarquer « le Canard », les faits évoqués, s’ils sont avérés, sont prescrits, contrairement à ceux de l’affaire Penelope Fillon, qui avait éclaboussé François Fillon en 2017. Une enquête ne devrait donc pas être ouverte.

Cécilia Attias, ex-épouse de Nicolas Sarkozy, était rémunérée par l’Assemblée quand il était ministre

  • Le financement libyen de la campagne 2007

L’ancien président de la République a été mis en examen en octobre dernier dans le cadre de l’affaire du financement libyen supposé de sa campagne présidentielle de 2007. Le chef d’inculpation ? « Association de malfaiteurs » en vue de la préparation de délits punis de dix années d’emprisonnement (corruption et détournements de fonds publics libyens).

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Cette nouvelle poursuite est la quatrième dans ce dossier pour l’ancien chef de l’Etat, qui s’était dit victime d’un « complot » après les mises en examen prononcées en mars 2018 pour « corruption passive », « recel de détournement de fonds publics » et « financement illégal de campagne ». La justice soupçonne l’ancien président d’avoir accepté de l’argent du colonel Kadhafi pour financer sa campagne de 2007 tout en favorisant, en contrepartie, les intérêts économiques et diplomatiques du régime libyen.

Nicolas Sarkozy a toujours démenti la moindre malversation, à l’instar de deux de ses anciens ministres, Claude Guéant et Eric Woerth, également mis en examen dans cette affaire. Après avoir répété à plusieurs reprises mis en cause Nicolas Sarkozy, Ziad Takieddine a soudainement fait volte-face en novembre dernier. Le parquet national financier (PNF) a rétorqué que les charges contre l’ancien président « ne se limitent pas aux déclarations » de l’intermédiaire.

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Quatre ans de prison, dont deux avec sursis, ont été requis en décembre dernier par le parquet national financier à l’encontre de Nicolas Sarkozy, jugé pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite des « écoutes ». Dans cette affaire, l’ancien locataire de l’Elysée est soupçonné d’avoir conclu un « pacte de corruption » en 2014, en obtenant des informations protégées par le secret, via son avocat Thierry Herzog, auprès du haut magistrat Gilbert Azibert, sur un pourvoi à la Cour de Cassation. Ce dernier est aussi soupçonné d’avoir tenté d’influer sur la procédure, en échange de la promesse d’un « coup de pouce » pour un poste à Monaco qu’il n’a finalement jamais eu.

Juste avant les réquisitions de l’accusation, le chef du parquet financier avait affirmé que le procès dit des « écoutes » n’était « pas une vengeance ». Interrogé par le tribunal lundi 7 décembre, l’ancien président de la République avait, lui, fermement réfuté tout acte de corruption et rejeté les accusations de trafic d’influence le visant. Ce procès a été qualifié de procès dit « Bismuth », en référence au nom attribué à la ligne d’un téléphone occulte utilisé par Nicolas Sarkozy pour déjouer des écoutes. Le jugement sera rendu le 1er mars 2021.

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Après celui des « écoutes », un autre procès attend ses prochains mois Nicolas Sarkozy : celui de l’affaire « Bygmalion », qui doit se tenir du 17 mars au 15 avril 2021 à Paris. L’ancien président a été mis en examen en 2016 pour « financement illégal de campagne », celle de la présidentielle de 2012. Le candidat aurait dépassé le plafond autorisé des dépenses électorales de plus de 20 millions d’euros.

Le juge d’instruction Serge Tournaire a ordonné en 2017 le renvoi en correctionnelle de quatorze protagonistes de l’affaire, dont Nicolas Sarkozy pour le dépassement du plafond des dépenses de campagne. Renaud Van Ruymbeke, l’autre magistrat chargé de l’enquête, s’étant abstenu de signer l’ordonnance, une bataille procédurale a dû être tranchée en appel en octobre 2018, puis en cassation un an plus tard après le rejet d’un recours par le Conseil constitutionnel en mai 2019

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Plusieurs non-lieux

L’ex-président a bénéficié d’un non-lieu dans plusieurs autres dossiers : ses voyages en jet privé facturés à la société Lov Group de son ami Stéphane Courbit ; ses pénalités réglées par l’UMP pour le dépassement des dépenses de campagne en 2012 ou encore l’affaire des dons octroyés à l’UMP par la richissime héritière du groupe L’Oréal Liliane Bettencourt (décédée en 2017).

Dans l’affaire des sondages surfacturés commandés par l’Elysée, Claude Guéant et d’ex-proches de Nicolas Sarkozy doivent être jugés en correctionnelle, l’ancien chef de l’Etat étant couvert par son immunité présidentielle. Par ailleurs, le PNF avait lancé des vérifications fin 2017 après la découverte, lors d’une perquisition chez un antiquaire parisien, d’un usage régulier de liquide en grosses coupures par Nicolas Sarkozy. Elles n’ont rien donné, selon une source proche du dossier.

Pourquoi il faut juger l’affaire Karachi (même 25 ans après les faits)

Concernant l’affaire Karachi – soupçons de rétrocommissions aux montants faramineux en marge de ventes d’armes dans les années 1990 qui auraient financé la campagne d’Edouard Balladur – Nicolas Sarkozy, ministre du Budget à l’époque, a été cité dans cette enquête. Mais lorsqu’ils ont transmis le dossier à la Cour de Justice de la République (CJR), les juges ont visé l’ex-Premier ministre Edouard Balladur et son ministre de la Défense François Léotard, laissant simplement ouverte la possibilité d’une audition de Nicolas Sarkozy comme témoin assisté. Les deux hommes seront jugés du 19 janvier au 11 février.





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