Face au couvre-feu, le commerce s’organise



Fermer à 18 heures aura un impact certain sur leur chiffre d’affaires, mais les représentants des petits commerces comme des grands magasins se disaient soulagés, jeudi soir, de pouvoir rester ouverts, plaçant tous leurs espoirs sur les soldes d’hiver qui débutent mercredi. « Reconfiner aurait été une catastrophe, le pire scénario et l’anéantissement d’un bon mois de décembre. Ce couvre-feu à 18H00 est un moindre mal, mais devrait représenter une baisse de chiffre d’affaires de 15 à 20% », souligne à l’AFP Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France (commerçants indépendants). Jeudi soir, le gouvernement a annoncé un couvre-feu généralisé à 18 heures, dès samedi, pour « au moins 15 jours », qui va contraindre les commerçants à tirer le rideau de fer plus tôt.

Une incertitude sur le comportement des clients

« Le reconfinement aurait été dramatique pour nous, et notamment pour les enseignes de la mode puisqu’on est à quelques jours des soldes qui sont une période essentielle », renchérit Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce. Pour les fédérations professionnelles qu’il représente – 27.000 points de vente et 180.000 salariés, notamment dans les grands magasins et l’habillement – « si décembre a été plutôt bon, en cumulé sur novembre-décembre la perte d’activité est de 30%. Les commerçants ont une activité à rattraper, des stocks à écouler ». « Ce qu’on ignore, c’est quel va être le comportement des clients, est-ce qu’ils vont pouvoir aller en magasin à d’autres moments de la journée? C’est pas du tout certain. La pause déjeuner, ça reste assez limité », estime Yohann Petiot.

L’Alliance du commerce estime également qu’il « faut aussi faire attention à un autre effet collatéral: qu’on se retrouve avec plus de monde dans les magasins le week-end pour réaliser les achats qui ne pourraient plus être faits en semaine ». « Je ne sais pas quel est l’effet sanitaire car du coup les gens qui sortent du bureau essaient de s’agglutiner dans la dernière heure avant de rentrer chez eux », soulignait mercredi à ce sujet sur CNews Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique du groupe du même nom.

Alors qu’un quart des centres Leclerc sont déjà concernés par les couvre-feu régionaux, « les fermetures des magasins ont été avancées d’une heure ou deux, il faut aussi laisser le temps au personnel de regagner la maison. Cela change la structure logistique, les approvisionnements », indiquait Leclerc. Dans la grande distribution, un quart des ventes de la journée sont habituellement réalisées après 18 heures, selon les données de l’institut spécialisé Nielsen.

Réaménager les horaires

Les aménagements mis en place varient d’un magasin à l’autre pour les commerçants situés dans des zones déjà sous couvre-feu: « certains ont fait le choix de fermer à 17 heures 30 pour laisser la possibilité à leurs salariés de rentrer chez eux, parce qu’il faut aussi parfois aller chercher ses enfants. D’autres ferment leur magasin à 18 heures et les salariés ont une attestation », indique Yohann Petiot (Alliance du commerce). Pour les petits commerçants, Francis Palombi conseille de « réaménager les horaires en ouvrant plus tôt le matin, ouvrir entre midi et 14 heures pour ceux qui ne le faisaient pas ».

« Ouvrir à l’heure du déjeuner ou le dimanche, cela engendre aussi des frais de personnel », met en avant Sophie Brenot, présidente de la Fédération nationale des détaillants en maroquinerie et voyage. Dans ses deux boutiques en banlieue parisienne, elle réalise 30% de son chiffre d’affaires après 18 heures. « Je vais donc avoir encore un impact, alors que j’ai déjà fait -26% sur l’année 2020. Fermer à 17 heures 30 ou 18 heures, c’est donc une grande partie de la journée qui est fichue. Et quand on doit être chez soi à 18 heures, avec entre autres les courses alimentaires, on n’a pas envie d’aller acheter un sac! », souligne Mme Brenot.

Reste à savoir quel va être le niveau de dépenses des Français lors des soldes: « sauf si on est confinés, il pourrait afficher un rebond, cela s’annonce pas trop mal », estime Francis Palombi. De son côté, Yohann Petiot « espère que les soldes garderont leur aspect festif. Pour les clients, se faire plaisir, dans la période qu’on connaît, est important ».

(avec AFP)



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