[Revue de presse] Italie : crise politique sur fond de Covid-19


Revue de presse
14.01.2021

Le parti Italia Viva de Matteo Renzi s’est retiré mercredi 13 janvier de la coalition gouvernementale menée par Giuseppe Conte. Si l’ex-leader du Parti Démocrate accuse ce dernier de mal gérer la pandémie, beaucoup s’interrogent sur les motifs de sa décision, dans un pays en pleine crise sanitaire et économique.

En se retirant de la coalition gouvernementale, le parti Italia Viva de Matteo Renzi fait perdre la majorité à la Chambre haute au gouvernement de Giuseppe Conte

En se retirant de la coalition gouvernementale, le parti Italia Viva de Matteo Renzi fait perdre la majorité à la Chambre haute au gouvernement de Giuseppe Conte – Crédits : Palazzo Chigi / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

« L’Italie est en pleine campagne de vaccination, sera-t-elle bientôt en pleine campagne électorale ?« , s’interrogent Les Echos ce matin. « Ce mercredi 13 janvier, une crise de gouvernement s’est officiellement ouverte en Italie, après la déclaration de Matteo Renzi, leader du parti Italia Viva, qui a annoncé que les ministres de son parti allaient démissionner« , résume Courrier international. Des démissions confirmées en début de soirée lors d’une conférence de presse.

« La crise politique couvait depuis des semaines« , expliquent Les Echos, mais en annonçant que « son parti centriste Italia Viva (3 % dans les sondages), qu’il a créé après son départ du parti démocrate, ne soutenait plus l’exécutif notamment en raison de désaccords sur la politique économique« , l’ancien président du Conseil italien « a franchi le Rubicon« , écrit Libération.

Bien qu’il conserve une majorité de députés, « le gouvernement dirigé par M. Conte perd sa majorité à la Chambre haute » avec le retrait des 18 sénateurs d’Italia Viva [Le Monde], ce qui rend le vote des futures lois d’autant plus difficile. « Cette décision a plongé le pays dans ce dont il avait besoin, dans une situation sanitaire et économique difficile : une crise italienne, comme à l’époque de la bonne vieille politique pré-Covid« , ironise Politico.

L’effet mine d’or ?

« Pourquoi la crise a-t-elle éclaté ?« , s’interroge Courrier international. Le  Corriere della Serra revient en détail sur les origines et les étapes d’un désaccord de longue date entre Matteo Renzi et Giuseppe Conte. Mais selon le quotidien centriste italien, c’est la « gestion des ressources du plan de relance européen [qui aurait] mis le feu aux poudres« . Matteo Renzi reproche à Giuseppe Conte « sa gestion jugée solitaire de la pandémie et son plan pour dépenser les plus de 200 milliards d’euros que l’Union européenne doit octroyer à l’Italie dans le cadre de son mégaplan de relance » [Le Monde].

« S’il a reconnu que, sous sa pression, le gouvernement avait corrigé sa copie quant à l’utilisation des fonds européens pour la relance économique (« moins de rabais fiscaux, plus d’investissements »), Matteo Renzi a continué d’insister pour que l’Italie recoure au Mécanisme européen de solidarité (MES) qui pourrait lui permettre d’obtenir 37 milliards d’euros de prêts supplémentaires pour le secteur de la santé« , explique Eric Jozsef, le correspondant à Rome de Libération.

« Il peut sembler amusant qu’un gouvernement soit en danger à cause du luxueux problème de savoir comment dépenser 209 milliards d’euros (…)- mais ce n’est pas si simple« , analyse Politico. « Assurément, l’Italie pourrait mettre en œuvre un bon plan pour dépenser tout l’argent qu’elle s’attend à recevoir » de l’UE, « étant donné qu’elle a été durement touchée par la pandémie ». Or si ce plan peut aider l’économie, il pourrait aussi « permettre au gouvernement chargé de le dépenser de consolider sa propre position. C’est l’effet mine d’or : l’instabilité peut s’accroître avec la perspective de nouvelles ressources« , estime le média.

Tractations politiques

La presse évoque plusieurs scénarios de sortie de crise. « Giuseppe Conte pourrait trouver dans le centre droit des soutiens pour substituer les voix d’Italia Viva, mais cela semble pour l’instant peu probable. Reste l’option d’un nouveau gouvernement avec la même majorité mais sans Giuseppe Conte (à la grande satisfaction de Matteo Renzi), voire un exécutif de grande coalition ou d’unité nationale. Le leader de la Ligue [d’extrême droite] Matteo Salvini s’est d’ailleurs déclaré disposé à examiner un gouvernement de ce type qui serait dirigé par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi« , résume Libération. Une option à laquelle l’ancien président du Conseil Massimo D’Alema croit peu cependant : « il est difficile de voir l’homme politique le plus populaire du pays (Conte) se faire virer à la demande du plus impopulaire (Renzi) », explique-t-il [Politico]. Les partis de droite et d’extrême droite ont pour leur part demandé que Conte « démissionne immédiatement ou se présente devant le Parlement pour un vote de confiance. Si la confiance lui est refusée (…), il faudra organiser des élections » [Le Monde].

La perspective d' »un retour aux urnes à court terme » est quant à elle jugée improbable par La Repubblica : Giuseppe Conte est « déjà parti à la chasse aux sénateurs ‘responsables’ qui pourraient lui permettre de créer une majorité alternative » et de rester en place « en changeant quelques hommes au sein de son gouvernement » [Courrier international]. « Quelle que soit la forme que prendra ce changement, je pense qu’il sera composé à partir de la majorité actuelle (…). Cela demandera un travail parlementaire intense avec des tractations entre les différents partis de la coalition« , estime Lorenzo Castellani, chercheur en sciences politiques à l’université Luiss de Rome [Le Monde]. En cas d’échec néanmoins, « le retour aux urnes serait inéluctable« , préviennent Les Echos. 

 

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