Macron empêtré dans le Covid : le réformateur est-il maté ?


Les têtes pensantes de la macronie, au cours d’un séminaire gouvernemental, ont donc phosphoré sur un sujet de plus en plus pressant pour le président de la République : comment aborder l’élection de 2022 sans trop de dégâts. Comment éviter de finir ce quinquennat « maudit » dans le goudron et les plumes ? Et surtout, faut-il relancer la campagne de réformes engagée par Emmanuel Macron dans un climat empoisonné par la crise sanitaire ? Au sein du gouvernement, mais aussi du parti présidentiel, deux courants s’affrontent en sourdine.

Les uns sont des défenseurs de la posture « Il est urgent de ne rien faire », dans un pays sous tension, toujours paralysé par un virus à la longévité interminable. Dans cette atmosphère de « jour sans fin », Les Français, les nerfs à fleur de peau, ont besoin de calme et de concentration sur la seule question qui les intéresse vraiment : la disparition du supplice chinois qu’ils endurent depuis un an. Pas question, donc, pour ces « sages », d’aller réveiller les « gilets jaunes », en remettant sur le tapis la réforme des retraites, ou d’autres réformettes, quelles qu’elles soient. Dans une atmosphère qui frôle l’Apocalypse, il faut tout miser sur la campagne de vaccination. Macron doit jouer le Super Doc. Et refréner ses ardeurs réformatrices. Il aura l’image du « sauveur ». C’est sa seule chance de pouvoir se représenter devant les électeurs.

Pourquoi la France est aux abonnés absents dans la course au vaccin anti-Covid

Et puis, il y a les durs à cuire, les obstinés, plutôt concentrés sur l’aile droite de LREM, qui conseillent au locataire de l’Elysée de se remettre en mouvement. Tenter un repositionnement à gauche relève de la mission suicide, lui prédisent-ils. N’est-il pas définitivement étiqueté à droite sur l’échiquier politique ? Son socle électoral est désormais stable dans la marais du centre droit. Pourquoi tenter de cajoler un électorat perdu ? Ces stratèges le poussent donc à passer à l’action pour ne pas se faire traiter de « roi fainéant », ou, de « nouveau Louis XVI », en référence à l’attaque de Nicolas Sakozy contre Jacques Chirac, en 2005, qui avait eu cette formule venimeuse contre le président d’alors : « Je n’ai pas vocation à démonter tranquillement les serrures à Versailles pendant que la France gronde. » C’est ce qui guetterait Macron le fringant et bouillonnant réformateur, toujours en mouvement, devenu un lièvre métamorphosé en tortue par l’épouvantable situation sanitaire que nous traversons. La nature profonde de celui qui fut ministre de François Hollande est de hâter le pas, d’échapper à l’accusation d’immobilisme qui pointe le bout de son nez chez les caciques de LR, et de jouer sur les deux tableaux, engager une vaccination de masse au plus vite et revenir sur son terrain de prédilection : la réforme. Mais en a-t-il le temps ?

Louis XVI ou Bonaparte ?

Tous les présidents, depuis l’instauration du quinquennat, ont connu les mêmes avanies, celles du temps trop court. Aucun président, faut-il le rappeler, dans ce schéma quinquennal, n’a réussi à faire un second mandat. Emmanuel Macron peut-il échapper à cette logique quasi institutionnelle ? Doit-il jouer les boutefeux et secouer une France en état de catalepsie lié au Covid, en reprenant son train des réformes, au risque de provoquer une explosion sociale, malgré les masques et le gel hydroalcoolique ? Ou bien va-t-il choisir l’option de la « pente douce », sur le scénario du bon toubib au chevet de citoyens au bord de la crise de nerfs ? Le destin présidentiel se joue sûrement entre ces deux choix tactiques. Louis XVI ou Bonaparte ? Les paris sont ouverts…





nouvelobs

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