Macron rend hommage à Mitterrand : l’impossible coup de Jarnac ?


Le jour de la mort de François Mitterrand, le 8 janvier 1996, Emmanuel Macron n’était plus en culottes courtes. Il sortait tout juste de l’adolescence. Il venait de fêter ses 18 ans, quelques jours plus tôt. Un quart de siècle, déjà. Une éternité ? Pour le locataire actuel de l’Elysée, amateur impénitent d’itinéraires mémoriels, le grand sachem de la gauche triomphante pourrait donc apparaître, aujourd’hui, comme le dirigeant d’une France préhistorique, lointaine, à peine visible dans le rétroviseur, un point noir à l’horizon. L’hommage qu’il va pourtant lui rendre ce vendredi à Jarnac n’est pas une simple visite de courtoisie. Il est éminemment politique.

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Quel message peut-il bien délivrer dans les allées d’un cimetière charentais, où rodent les fantômes de la gauche ? Une gauche qui, par le talent de grand manœuvrier du père « du poing et de la rose », s’est abîmée avec délice dans les draps soyeux de la haute finance, qui, année après année, avec une régularité de métronome, a jeté aux orties ses rêves de justice sociale, et qui a fini par accepter dans ses rangs un disciple zélé de Saint-Simon, grand prêtre d’un élitisme des sachants au pouvoir, un certain Emmanuel Macron. Durant quatorze ans, François Mitterrand a éteint avec une habileté de pharisien la France gaulliste. Méticuleusement, il a laissé détricoter, à l’insu de son plein gré, le tissu industriel qui faisait sa puissance d’après-guerre, époque où l’Etat était encore considéré comme une valeur sûre. C’est au cours de son interminable règne que le Parti socialiste s’est transformé en pétaudière, en conglomérat de chapelles bourdonnantes et haineuses.

A la reconquête d’un électorat de gauche

Bien sûr, le locataire actuel de l’Elysée va embellir le tableau, gommer les « petites imperfections » et louer les qualités de grand chef d’Etat, comme il l’a fait pour la plupart de ses sorties mémorielles. Bien sûr, il évoquera l’abolition de la peine de mort, avancée historique et indiscutable. Bien sûr, il soulignera l’Européen déterminé qu’il fut, il rappellera peut-être ce moment historique, en 1984, à l’ossuaire de Douaumont (Meuse), près de Verdun, où il se recueille, main dans la main avec Helmut Kohl, le chancelier allemand, pour célébrer la mémoire des morts de la Première Guerre mondiale. Et sceller une amitié indéfectible avec le partenaire d’outre-Rhin. Et puis la création de l’euro, rempart contre les convoitises des places financières. Derrière les cajoleries à l’encontre du président défunt, il sera difficile de ne pas aller décrypter les arrière-pensées électorales de Macron.

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Depuis ses vœux à la nation, le 31 décembre, le président a clairement indiqué qu’il partait à la reconquête d’un électorat de gauche qui le boude ostensiblement, celui d’une gauche de gouvernement qui a le sentiment d’avoir été le dindon de la farce de ce quinquennat finissant. Quel coup de Jarnac peut-il préparer pour opérer ce fameux recentrage qui se fait attendre depuis des lustres ? Pour la gauche, qui, peu à peu, semble réfléchir à l’idée, encore brouillardeuse, de se rassembler, Mitterrand est le symbole de cette unité qui l’a conduit à la victoire, en 1981.

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Mais, pour Macron, que représente vraiment ce « Tonton » qui aimait les ortolans, les ânes et les chênes centenaires ? Ce pèlerinage en terre mitterrandienne, entre Angoulème et Cognac, va-t-il lui permettre d’enfiler un nouveau costume, de s’installer subrepticement dans une posture moins droitière, quelque part entre Delors et Mitterrand ? Mais la place n’est-elle pas déjà occupée ? Ironie de l’Histoire, il aura à ses côtés un certain François Hollande, expert tout terrain du delorisme et du mitterrandisme, celui qui fut son parrain, son protecteur et qui, sans vraiment le vouloir, l’a fait roi. Il faudra surveiller de près ce tandem improbable, ce couple politique dont la séparation a provoqué des blessures irrémédiables, toujours pas cicatrisées. Ces deux-là se supporteront-ils plus de quelques heures ? La scène aurait beaucoup plu à François Mitterrand, fils spirituel de Talleyrand et de Fouché, grand amateur des grandes et des petites faiblesses humaines.





nouvelobs

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