Un nouveau procès pour impeachment contre Trump ? Pourquoi les démocrates hésitent


Trump va-t-il, au crépuscule de son règne, connaître un deuxième procès d’impeachment, après avoir été acquitté une première fois il y a moins d’un an par le Sénat ? Le président américain sortant doit quitte la Maison Blanche le 20 janvier, mais les démocrates au Congrès envisagent très sérieusement de remettre le couvert et d’aller, cette fois, jusqu’à la condamnation. Cette dernière aurait lieu, bien sûr, après le départ de Trump. Mais deux raisons motivent les élus démocrates : la première, c’est de lui interdire de se représenter à l’élection présidentielle. La seconde, c’est de marquer l’Histoire. Une grande démocratie doit savoir se défendre contre ceux qui la menacent : elle ne peut laisser impuni un président qui tente de faire dérailler le processus électoral sanctionnant sa propre défaite.

Avec les violences du Capitole, « Donald Trump mute en tribun de la plèbe »

La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi s’interroge ce week-end sur l’opportunité d’engager les poursuites contre Trump, dès lundi, pour « incitation à l’insurrection ». Dans plusieurs tweets et discours, le président a encouragé ses supporters à venir à Washington le 6 janvier, puis à marcher sur le Capitole où se déroulait la traditionnelle cérémonie de certification des résultats électoraux… et donc de sa défaite. Trois représentants Ted Lieu (Californie), David Cicilline (Rhode Island) et Jamie Raskin (Maryland) se sont attelés à la rédaction de l’acte d’accusation dès mercredi – alors même qu’ils étaient confinés, à l’abri de la foule. Ils rassemblent maintenant les signatures de plus de 190 représentants pour parrainer leur texte.

Capitole : avant d’appeler au calme, Donald Trump avait soufflé sur les braises

Dans une procédure d’impeachment, la Chambre des Représentants accuse (il faut une majorité simple), le Sénat juge (la culpabilité n’étant possible qu’aux deux tiers des voix). Si Nancy Pelosi donnait le feu vert à cette nouvelle procédure, la Chambre pourrait assez rapidement voter l’acte d’accusation : quelques jours suffiraient. Le Sénat serait saisi avant le changement de locataire à la Maison Blanche, mais selon le leader de l’actuelle majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, compte tenu des règles de la chambre haute, un procès ne pourrait pas commencer avant le 19 janvier, soit la veille de l’investiture de Joe Biden.

La possibilité de prononcer un jugement d’impeachment après la fin du mandat d’un accusé fait l’objet d’un débat juridique. Il y a cependant un précédent : William Belknap, secrétaire à la guerre du président Ulysses Grant, a été acquitté après sa démission.

Après les violences du Capitole, la fin du « Truman Show »

Les deux raisons d’hésiter

Le nouveau président Joe Biden a-t-il envie de voir un tel procès s’engager dès le premier jour de son mandat, attirant toutes les attentions et occupant tous les esprits ? Pas évident : la priorité de Biden est plutôt de panser les plaies d’une société déchirée et d’engager un combat collectif contre le Covid-19 qui fait des ravages outre-Atlantique…

Deuxième motif d’hésitation : les démocrates n’auront, à partir du 20 janvier, qu’une très courte avance au Sénat. Ils peuvent compter sur 50 des 100 sièges, mais cette chambre est présidée par le ou la vice-président(e) des Etats-Unis. En cas de vote ex-aequo, c’est la voix de Kamala Harris qui permettra d’assurer aux démocrates la majorité. Mais puisqu’il faudra réunir les deux tiers des voix des sénateurs pour condamner Trump, les démocrates devront convaincre 17 sénateurs républicains. Pas gagné. Certes, le vent tourne au sein le « Grand Old Party » : le frou-frou des retournements de veste bruisse dans tout Washington et déjà quatre sénateurs républicains ont appelé Trump à démissionner.

« Je veux qu’il démissionne. Je veux le voir partir. Il a causé assez de dégâts », a notamment déclaré la sénatrice modérée Lisa Murkowski.

Mais avec de bons avocats, Trump pourrait gagner son procès, en faisant valoir sa propre liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Constitution. Et ressortir auréolé de l’affaire.

Violences au Capitole : « Une partie des Républicains va se détourner de Trump »

Acter les responsabilités

Les pressions se font toutefois de plus en plus nombreuses pour que les responsabilités de ce qui s’est passé ce mercredi 6 janvier soient solennellement établies. Car il est de plus en plus clair qu’il ne s’agissait pas que d’un simple baroud d’honneur foutraque de trumpiens illuminés. Il y a eu cinq morts, dont un policier, et si les élus n’avaient pas été mis à l’abri rapidement, il y aurait pu en avoir davantage. Certains des insurgés portaient en effet sur eux de nombeux serfex (des menottes en plastique), ce qui pose de sérieuses questions sur leurs intentions. Au moins l’un des manifestants est en outre entré dans le Capitole avec une arme à feu chargée, d’autres avec des armes blanches, et onze cocktails molotov ont été retrouvés dans un véhicule garé près du Congrès.

Sur le plan constitutionnel, la gravité de cet épisode est vertigineuse. Pour le résumer simplement : l’exécutif a appelé à marcher sur le législatif, brisant le principe cardinal de la Constitution qu’est la séparation des pouvoirs. Les pères fondateurs des Etats-Unis, imprégnés des analyses de John Locke et de Montesquieu, en avaient fait la pierre angulaire de tout l’édifice institutionnel.

Samedi soir, Nancy Pelosi n’avait pas encore explicitement annoncé qu’elle allait mettre en œuvre l’acte d’accusation visant l’impeachment du président. « Il est fou, déséquilibré et dangereux. Il doit partir », a-t-elle toutefois martelé, évoquant la possibilité d’une démission du locataire de la Maison Blanche. La présidente de la Chambre des représentants s’est également engagée à acter d’une façon ou d’une autre les responsabilités de Donald Trump : « Il faut reconnaître que cette profanation a été provoquée par le président. »

Selon un sondage pour PBS, près de deux Américains sur trois voient, dans ce qui s’est passé au Capitole, la main de Trump.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire