Pourquoi Donald Trump est un « loser » de l’Histoire


Les images des ultratrumpistes à casquette rouge envahissant le Capitole et posant leurs rangers sur le bureau de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des Représentants, sont destinées à frapper les esprits. L’opération en mode selfie dans le sanctuaire de George Washington a tenu en haleine les chaînes d’information en continu.

Farce tragique à Washington

Mais son effet de sidération n’est que superficiel. Loin d’être une démonstration de force, le happening trumpiste du 6 janvier est un aveu de faiblesse. Une fuite en avant d’un président au bout du rouleau qui a incité les plus exaltés de ses partisans à escalader les marches du Congrès afin de masquer une victoire historique des démocrates et même de la démocratie. L’épisode du Capitole, baroud du déshonneur, restera dans les manuels comme une simple convulsion de l’Histoire en marche.

Donald Trump a mené la sédition. Il devrait être destitué puis jugé

Ayant essuyé une fin de non-recevoir de toutes les juridictions où il a tenté de contester le résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre, le président sortant a hypocritement opté pour l’agitation de rue et la sédition télévisée. Un show de plus. Devant la Maison-Blanche, postant une vidéo crépusculaire, Donald Trump a dû finir par demander aux insurgés de « rentrer chez eux ». Et ce quelques minutes après que le président élu Joe Biden, par un premier acte d’autorité légitime, lui en a fait la demande. « Même si je suis en complet désaccord avec le résultat de l’élection, et les faits me soutiennent, il y aura une transition ordonnée le 20 janvier », a-t-il fini par concéder dans un communiqué relayé par son cabinet.

Le 6 janvier a scellé la victoire des démocrates dans le « Deep South », le « Sud profond » des Etats-Unis. En Géorgie, pour la première fois, un sénateur noir a été élu. Et ce symbole vaut plus, au regard de l’Histoire, que la « marche pour sauver l’Amérique » improvisée par un autocrate aux abois à moins de quinze jours de la fin de son mandat.

Une démocratie renforcée

Entendons-nous bien, il existe bien aux Etats-Unis un courant populaire qui refuse l’évolution de la société vers l’égalité multiculturelle. Cette tendance n’est pas nouvelle. Grâce au mode de scrutin présidentiel qui privilégie ce pays profond et conservateur au mépris de la démographie, elle a permis la victoire de Trump en 2016. Mais, quatre ans plus tard, avec une dynamique, cette fois, largement majoritaire au peuple qui a voté Biden, ces Américains se sont réfugiés dans le déni.

« Restaurer l’hégémonie blanche est l’opium du peuple de Trump »

Donald Trump, incarnation de la nostalgie toxique d’une Amérique dominée par les Blancs armés d’une Bible et d’un fusil, sait cultiver ce sentiment réactionnaire en usant des moyens de communication du XXIe siècle. Là est son habileté. Mais ça ne fait pas de lui un gagnant de l’Histoire pour autant. Winner dans la fiction de la téléréalité, Donald Trump est un loser dans la réalité politique. Le Parti républicain qui l’a trop longtemps suivi est cassé en deux. Son électorat, aussi. D’un côté, les républicains légalistes ; de l’autre, les trumpistes, essentiellement évangéliques, qui placent leur Dieu garant des traditions américaines au-dessus de la Constitution et se cramponnent à la théorie du complot.

Dans le Telegram des pro-Trump : « Révolution en cours ! Les Patriotes récupèrent le Congrès ! »

Contrairement à une vision pessimiste trop répandue, la démocratie américaine n’en sort pas affaiblie mais au contraire renforcée. Ce sont bien les institutions, l’élection au suffrage universel et le « système » abhorré par les populistes qui ont fini par venir à bout de la déviance Trump. Incarnation de la tradition démocrate, Joe Biden a su rester droit dans ses bottes. Serviteur d’un idéal qui le dépasse, modéré et fédérateur, il a cité Abraham Lincoln :

« Nous sauverons noblement ou perdrons simplement le dernier et le meilleur espoir sur Terre. »





nouvelobs

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