Aux obsèques d’Olivier Royant, de Paris Match, un grand patron de presse



Quelles photos aurait-il choisies, Olivier Royant, s’il avait eu à couvrir ses propres funérailles ? Celle des deux couples présidentiels assis côte à côte au premier rang, l’actuel, Emmanuel et Brigitte Macron, et l’ancien, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ? Ou bien celle de l’entrée de la cornemuse de Lan-Bihoué précédant son cercueil dans la majestueuse église Sainte-Clotilde, pleine à craquer pour l’occasion ? « No picture no news », avait-il coutume de dire aux équipes qu’il envoyait sur le terrain. Rarement un patron de presse aura été aussi fusionnel avec son journal. Olivier Royant « était » Paris Match corps et âme. Il y avait consacré sa vie, stagiaire durant ses études à Sciences Po, puis reporter, correspondant à New York, et enfin directeur de la rédaction depuis 2006.

Oui, Royant incarnait, vivait ce journal mieux que personne, en connaissait les subtils dosages, sorte de formule magique dont il avait hérité la recette de son père spirituel, le mythique Roger Thérond. Et c’est à la fois pour lui rendre hommage et pour saluer une institution française, une des dernières à traverser les générations et les milieux sociaux, que la foule s’était pressée vendredi après-midi. Beaucoup de politiques (Jean-Louis Borloo, Alain Juppé, Rachida Dati), de patrons (Antoine Arnault, fils de Bernard, et bien sûr Arnaud Lagardère) ou de figures médiatiques (Alain Minc, Philippe Labro, Bernard-Henri Lévy…) Mais ceux que l’on voyait surtout, c’était la grande famille de Match, toutes générations confondues, anonymes et grandes signatures, photographes, reporters, rewriters, secrétaires de rédaction, assistantes comme la fidèle Karyn Bauer. Beaucoup avaient les yeux rouges et la voix cassée.

« La seule star à Match, c’est Match »

Malgré la place qu’il occupait dans ce journal si singulier, Olivier Royant était peu connu du grand public. Figure discrète qui ne courait pas les plateaux télés. Le journal passait avant lui. « La seule star à Match, c’est Match », disait-il. Un homme discret, extrêmement pudique, toujours impeccablement vêtu (« on ne sait jamais qui l’on peut rencontrer »), exigeant avec les autres et plus encore avec lui-même, habité par « un amour de la perfection proche de la torture », comme l’a bien résumé l’écrivain Jean-Marie Rouart, ancienne plume du journal. Dans ses yeux, « les yeux de ceux qui regardent la mer et que la mer regarde » dixit Labro, on percevait parfois une lueur enfantine (la joie de faire un « coup »), ou de nostalgie, peut-être celle de ses années de reporter. Son dernier fait d’armes remontait à fin novembre : un long entretien avec Barack Obama, alors de passage à Paris pour la promotion de son bouquin. Un scoop, un des plus beaux, pour cet homme fasciné par l’histoire des Etats-Unis.
Olivier Royant s’est éteint dans la nuit du 30 au 31 décembre, après une longue maladie. Il avait 58 ans. L’Obs présente à sa famille ses plus sincères condoléances.

[David Le Bailly a été journaliste à Paris Match de 2002 à 2014, avant de rejoindre l’Obs]





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