Le chèque aux ménages attend une signature



Protéger. C’est l’un des maîtres mots de l’exécutif en ce début d’année marqué par la persistance de la crise sanitaire et économique. Pour son premier déplacement, le 5 janvier, Emmanuel Macron a d’ailleurs choisi de visiter une caisse d’allocations familiales, qui lance un nouveau dispositif de lutte contre les pensions alimentaires impayées. Le président ne cesse de muscler sa « jambe gauche » et multiplie les mesures de soutien aux ménages. Les services de l’Etat planchent notamment sur la création d’un chèque alimentaire pour aider les plus modestes à acquérir des produits de qualité (agriculture bio, circuits courts…). Une mesure proposée par la Convention citoyenne pour le climat, à laquelle le président a donné son feu vert en fin d’année.

Addition colossale

L’idée de verser un chèque aux ménages pour les aider à consommer a été soutenue par les experts. Le Conseil d’analyse économique (CAE), rattaché à Matignon, a été le premier à défendre, dès juillet, la création d’un bon d’achat ciblé sur les biens et services liés à la transition écologique, prévoyant une enveloppe de 2 milliards d’euros. Son patron, Philippe Martin, cheville ouvrière du programme d’Emmanuel Macron, a

ensuite récidivé en corédigeant une note pour le think tank de gauche Terra Nova, le 9 décembre. Cette fois, le « chèque vert » prend la forme d’un bon de 300 euros versé à 15 millions de personnes, pour 4,5 milliards. Puis, c’est le très libéral Institut Montaigne qui a proposé son chèque consommation, à dépenser dans des secteurs prioritaires (alimentation, hôtellerie-restauration…). Il concernerait moins de personnes (6,6 millions), mais son montant serait bien plus élevé (450 euros par trimestre). Soit une addition colossale de 12 milliards.

Pour justifier ce coup de pouce, les économistes mettent en avant l’équité. Certes, les mesures budgétaires, notamment le chômage partiel, ont largement atténué les effets de la crise sur les ménages. Le pouvoir d’achat n’a ainsi que très peu reculé en 2020 (voir graphique). Mais cette évolution globale masque de fortes disparités, comme le note l’Institut Montaigne. « Pour nombre d’indépendants, de commerçants et artisans, de saisonniers et de travailleurs intermittents, la perte de revenu a été significative. Les “petits boulots”, déclarés ou non déclarés, se sont largement taris, aggravant les situations de pauvreté. » En témoigne l’allongement des files d’attente dans les banques alimentaires. Ces inégalités se retrouvent dans les comportements d’épargne. Selon les calculs du CAE, les 20 % de Français les plus riches sont responsables de 70 % du surcroît enregistré en 2020 alors que les 20 % les plus pauvres ont dû piocher dans leurs réserves, voire s’endetter.

Bercy moins enthousiaste

Le chèque pourrait aussi doper la consommation, dont l’évolution va dicter le rythme de la reprise, les ménages les moins aisés ayant une propension à consommer bien plus forte. Enfin, il profiterait, en plus, aux PME et aux indépendants. « En sécurisant la demande, il donne de la visibilité à l’offre de produits durables sur leurs débouchés, stimule les investissements locaux et transforme les circuits de distribution en s’appuyant sur les commerces de proximité », avance Terra Nova. Ces arguments auront, en partie, convaincu l’Elysée alors que Bercy leur opposait une fin de non-recevoir depuis des semaines, estimant avoir déjà fait le travail en versant des primes exceptionnelles aux bénéficiaires des minima sociaux. Il mettait aussi en avant le risque d’usine à gaz et le coût pour les finances publiques. L’exécutif se refuse d’ailleurs à avancer un quelconque chiffrage. Il est peu probable qu’il se montre aussi généreux que l’Institut Montaigne.

David Bensoussan



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