l’éco-score trop favorable à l’élevage industriel et intensif



Publié le 08 janvier 2021

Des acteurs de l’alimentation, parmi lesquels Yuka, Marmiton ou Open Food Facts, ont annoncé jeudi le lancement d’un « éco-score » indépendant, un indicateur devant mieux informer et « sensibiliser » les consommateurs sur l’impact environnemental des produits alimentaires. Mais une fois n’est pas coutume, éleveurs, associations écologistes et de consommateurs estiment que celui-ci serait trop favorable à l’élevage intensif et industriel.

Noter les produits en fonction de leur impact carbone ou plus largement de leur impact environnemental, pour mieux informer le consommateur : c’est une bonne idée. Mais encore faut-il savoir sur quelle méthodologie se baser pour avoir une notation réellement efficace ! C’est l’alerte adressée par des associations de consommateurs, des éleveurs et des ONG environnementales en réaction à l’eco-score indépendant lancé le 7 janvier par les acteurs de l’alimentation, parmi lesquels Yuka, Marmiton ou Open Food Facts.

Ecologistes et éleveurs sur la même longueur d’onde

Ces évaluations risquent de « favoriser de manière aberrante l’agriculture intensive » sans prendre en compte les « externalités positives » des systèmes d’élevage extensifs, indiquent 17 organisations de défense de l’environnement (Greenpeace, Générations Futures, Agir pour l’environnement, Justice Pesticide..), de consommateurs (UFC Que Choisir), bien-être animal (CIWF), ainsi que la filière de production biologique française (Fnab, Synabio, NatexBio, BioConsommacteurs) et le syndicat agricole Confédération paysanne.

Cette vision est partagée par l’interprofession de la viande Interbev qui réunit éleveurs, abatteurs et transformateurs industriels. Celle-ci tire « la sonnette d’alarme sur les incohérences de systèmes d’évaluation environnementale incomplets et sources de confusion pour les Français« .

Le problème vient de la banque de données publique Agribalyse, qui permet aux opérateurs de proposer un affichage environnemental des produits basé sur la méthode d’analyse du cycle de vie. Mise au point par l’industrie, cette méthodologie « pénalise très fortement les produits issus d’élevages herbagers ou de l’agriculture biologique » et « ne prend pas correctement en compte les atteintes à la biodiversité et l’impact des pesticides« , estiment-ils.

Le paradoxe de l’analyse du cycle de vie

La méthodologie basée sur l’analyse du cycle de vie est utilisée depuis des années pour mieux évaluer l’impact environnemental d’un produit, depuis sa fabrication à sa fin de vie, en passant par son transport et son usage pour ensuite les rapporter au kilogramme de produits. Mais appliquée à l’élevage, celle-ci « favorise les cycles de production les plus courts, donc les plus industriels« .

Un éleveur, cité par l’AFP, fournit un exemple très concret. Un poulet standard à croissance rapide, élevé pendant 35 jours en bâtiment, présente une « efficacité alimentaire bien supérieure » et donc un meilleur bilan carbone qu’un poulet Label rouge ou bio, qui a pourtant accès au plein air dans des prairies qui stockent le carbone et protègent la biodiversité, mais qui nécessitera « deux fois plus d’aliments et de temps pour faire ses deux kilos« .

Le problème est connu du gouvernement. Récemment, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie avait également souligné le paradoxe en mentionnant que « parfois le bilan carbone d’un élevage de vaches en Argentine, du fait de son côté très intensif, est meilleur, y compris avec le transport, que le bilan carbone d’une production locale française ». 

Les porteurs de l’éco-score eux se disent « totalement conscients des limites de l’analyse du cycle de vie« , mais ils soulignent que les bonus-malus permettent de valoriser les produits labellisés ou produits localement : « Un boeuf à l’herbe français aura un meilleur score qu’un boeuf brésilien n’étant pas en prairie », assurent-ils. Dans l’immédiat, l’éco-score sera disponible sur les applications des partenaires du collectif. Sur Open Food Facts, 240 000 produits disposeront ainsi de cet affichage.

Béatrice Héraud avec AFP





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