Pourquoi le monde entier a les yeux tournés vers l’état américain de Géorgie ce mardi


Pancartes électorales, bus de candidats, porte-à-porte et meetings : deux mois après la présidentielle, la Géorgie a retrouvé des airs de campagne d’envergure nationale ces derniers jours. Et pour cause : une double sénatoriale décisive se joue ce mardi 4 janvier dans cet Etat clé américain, comme en témoigne le point culminant de la campagne, lundi, avec la visite dans cet Etat du président sortant Donald Trump et du président élu Joe Biden.

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Pour soutenir les républicains, Donald Trump a donné lundi soir ce qui devrait être son dernier grand meeting avant de quitter la Maison Blanche le 20 janvier. Le milliardaire a été reçu en héros à Dalton, dans une circonscription rurale et conservatrice du nord-ouest de la Géorgie. Il faut dire que dans les campagnes de l’Etat, les pancartes « Trump 2020 » restent nombreuses. Plus d’ailleurs que celles des sénateurs qu’il vient soutenir : les ex-homme et femme d’affaires Kelly Loeffler, 50 ans, et David Perdue, 71 ans. Le bras droit de Donald Trump, Mike Pence, sera lui dans une région rurale du sud d’Atlanta.

Joe Biden sera lui à Atlanta, capitale de la Géorgie. Le président démocrate élu fera campagne avec Raphael Warnock, un pasteur noir âgé de 51 ans, et Jon Ossoff, producteur audiovisuel de 33 ans.

Pourquoi cette élection est-elle décisive ? Qui pourrait l’emporter ? Comment Trump a peut-être aidé Biden ? « L’Obs » fait le point.

Pourquoi cette double élection est-elle décisive ?

A 16 jours de l’investiture de Joe Biden, cette double élection sénatoriale va tout bonnement déterminer le contrôle du pouvoir à Washington pour les prochaines années.

La Géorgie n’a pas élu de démocrate au Sénat depuis 20 ans. Mais s’ils réalisent le double exploit, les démocrates Raphael Warnock et Jon Ossoff feront basculer la chambre haute dans leur camp, donnant tous les leviers du pouvoir à Joe Biden.

Avec alors 50 sièges chacun pour les républicains et les démocrates, la future vice-présidente Kamala Harris aurait le pouvoir de départager les votes, et donc de faire pencher la balance du côté démocrate au Sénat, aujourd’hui à majorité républicaine.

Joe Biden arriverait ainsi à la Maison Blanche avec une Chambre des représentants et un Sénat démocrates, ce qui lui permettrait d’appliquer son programme, sans avoir à composer avec un Sénat à majorité républicaine. Pour rappel, Barack Obama n’a été dans cette situation extrêmement favorable que pendant deux années sur les huit de ces deux mandats.

Et le ton des meetings ne trompe pas. « Tout se joue » lors de l’élection mardi, le « futur de notre pays », a lancé la démocrate Kamala Harris lors d’un meeting à Savannah, grande ville coloniale de Géorgie où elle faisait campagne avec les deux candidats démocrates.

Pour les républicains, c’est aussi l’avenir du pays qui est en jeu. « Nous sommes le pare-feu pour empêcher le socialisme d’arriver en Amérique », a ainsi affirmé la candidate républicaine Kelly Loeffler à ses partisans réunis à Cartersville, petite bourgade coquette.

Pourquoi deux nouvelles élections ?

La question est légitime, la réponse technique. Les élections sénatoriales se sont en effet tenues en Géorgie, comme dans le reste des Etats-Unis, en même temps que l’élection présidentielle américaine, le 3 novembre 2020, pour renouveler 35 des 100 sièges du Sénat.

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Mais lors de ce scrutin, aucun des candidats n’a dépassé les 50 % des voix, ce qui entraîne automatiquement un second tour dans cet Etat. Dans la première élection, le démocrate Raphael Warnock, ce pasteur noir qui officie dans l’ancienne église de Martin Luther King à Atlanta, avait créé la surprise en devançant de plus de 300 000 voix la sénatrice sortante républicaine, Kelly Loeffler. Le démocrate avait ainsi obtenu 32,9 % de suffrages, contre 25,9 % des suffrages pour la républicaine, fervente supportrice de Donald Trump, avait toutefois pâti de la concurrence d’un autre républicain, Doug Collins, qui a obtenu 20 % des voix. Un autre démocrate n’a lui recueilli que 2,8 % des voix.

Dans l’autre scrutin, le démocrate et ancien journaliste d’investigation Jon Ossoff (47,9 %) a presque fait jeu égal (88 000 voix de retard) avec le sortant David Perdue (49,7 %), soupçonné d’avoir profité d’informations confidentielles au début de la pandémie de coronavirus pour spéculer en Bourse…

Qui pourraient l’emporter ?

Sur le papier, les républicains partent vainqueurs, mais les démocrates comptent sur la mobilisation d’un électorat désormais plus jeune et plus divers. Ils sont aussi galvanisés par la victoire de Joe Biden dans cet Etat qui n’avait pas voté pour un candidat démocrate à la Maison Blanche depuis Bill Clinton, en 1992.

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Côté républicain, on s’inquiète à l’inverse que la multiplication des recours intentés par les soutiens de Donald Trump pour contester, jusqu’ici sans succès, les résultats de la présidentielle, pousse les électeurs républicains à s’abstenir, par méfiance envers le système électoral américain… Ou que les indécis basculent dans le camp démocrate.

Et les sondages semblent pencher côté démocrate. En effet, alors que les candidats républicains étaient donnés assez largement en tête en novembre dernier, au lendemain du premier tour de l’élection, avec plus que 4 points d’avance pour David Perdue face à Jon Ossoff (50 %, contre 46 %), et 1 point d’avance pour Kelly Loeffler contre Raphael Warnock (49 %, contre 48 %), selon le site de référence Fivethirtyeight, la situation semble désormais inversée. Jon Ossof est ainsi donné en tête, ce lundi 4 janvier, avec 1,4 point d’avance face à David Perdue (49,3 %, contre 47,9 %). Idem pour Raphael Warnock, qui affiche 2 points d’avance face à Kelly Leoeffler (49,6 %, contre 47,6 %).

Sondage en date du 2 janvier.

Trump a-t-il aidé Biden sans le vouloir ?

Trump fera-t-il basculer le scrutin… en faveur de Biden et les candidats démocrates ? Le président américain va-t-il offrir le Sénat à son adversaire, en ayant essayé de faire pression sur un responsable local pour modifier le résultat de l’élection présidentielle ? Cette élection cruciale et serrée intervient en effet deux jours seulement après la diffusion par le « Washington Post » d’un enregistrement du milliardaire républicain qui a fait l’effet d’une bombe.

« Tout ce que je veux, c’est trouver 11 780 bulletins » : quand Trump fait pression sur un responsable de Géorgie

Dans un appel stupéfiant, Donald Trump, qui refuse toujours de concéder sa défaite face au démocrate Joe Biden, malgré les audits, nouveaux comptages et multiples décisions des tribunaux à son encontre, a en effet demandé samedi à Brad Raffensperger, l’élu républicain en charge des élections dans cet Etat du sud des Etats-Unis de « trouver » les bulletins de vote nécessaires pour annuler sa défaite dans cet Etat clé :

« Tout ce que je veux, c’est trouver 11 780 bulletins […] parce que nous avons gagné cet Etat. »

Et le président américain de manier à la fois les cajoleries… et les menaces :

« Vous savez ce qu’ils ont fait et vous n’en parlez pas : c’est un délit, vous ne pouvez pas laisser ça avoir lieu, c’est un gros risque pour vous. »

Malgré les menaces voilées, le responsable, un républicain, n’a pas cédé. « Nous pensons que nos chiffres sont bons », a répondu Brad Raffensperger au président sortant. La future vice-présidente Kamala Harris a dénoncé dès ce dimanche un « abus de pouvoir éhonté », lors de son discours en Géorgie.

L’impact de cette énième « trumperie » du président sortant sera-t-il fatal à ses candidats ? Impossible de l’affirmer avec certitude, surtout que de nombreux électeurs ont déjà voté par anticipation. Tous ces facteurs donnent une situation « vraiment trop serrée pour faire un pronostic », souligne Trey Hood, professeur à l’université de Géorgie. Mais il est certain que cette dernière polémique sera sur toutes les bouches en ce jour de scrutin.





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