La justice relance le projet Montagne d’Or en Guyane, malgré l’opposition du gouvernement



Publié le 05 janvier 2021

Le tribunal administratif de Cayenne vient de relancer le projet contesté de la Montagne d’or en Guyane. Le gouvernement avait assuré en 2019 qu’il ne verrait pas le jour mais les juges estiment qu’il n’a pas apporté de preuves pour justifier une telle décision. Ils enjoignent donc l’Etat à autoriser la prolongation de la concession minière, dans un délai de six mois.

C’était l’une des annonces les plus emblématiques des premiers conseils de défense écologique (CDE) : la fin du projet de Montagne d’Or, une mine d’or en Guyane dont l’impact environnemental est dénoncé par les associations. En mai 2019, le gouvernement assurait que le projet était incompatible avec les exigences écologiques de la France. « Le CDE a décidé de constater l’incompatibilité de l’actuel projet avec les exigences de protection de l’environnement« , avait alors déclaré François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire de l’époque.

Mais dans les faits, le gouvernement n’a pas pris toutes les précautions nécessaires pour que cette annonce soit bel et bien effective. Si bien que le 24 décembre dernier, le tribunal administratif de Cayenne a annulé le rejet « implicite » du ministre des finances, Bruno Le Maire, de prolonger pour vingt-cinq ans la concession Montagne d’or (15 km2) et a enjoint l’État à le faire dans un délai de six mois. Le ministre de l’Économie s’était en effet contenté de laisser courir le délai de deux ans suite à la demande de prolongation déposée fin 2016.

L’État absent des débats

« Le ministre de l’économie et des finances (…) n’a produit aucune pièce justificative pour appuyer ses allégations au cours de l’instruction. Dans ces conditions, compte tenu des dossiers de demande de prolongation de concession minière et du défaut de contestation sérieuse du ministre de l’économie et des finances, la SAS Compagnie Minière Montagne d’Or est fondée à soutenir que ses demandes remplissaient toutes les conditions prévues par le droit commun et que les décisions contestées méconnaissent le code minier » fait savoir le tribunal guyanais dans un communiqué.

Guyane Nature Environnement regrette elle aussi la faible argumentation de l’État dans ce dossier et fustige l’absence d’avocat du ministère lors des débats. « Malgré les annonces gouvernementales sur le rejet du projet, répétées encore récemment par le Président Macron, l’État ne s’est quasiment pas défendu face à Montagne d’Or sur un dossier aux enjeux aussi forts. On se demande à quoi il joue. Il y a un écart considérable entre les discours et les actes, c’est ce qui s’est traduit aujourd’hui par cette injonction » déclare Manouchka Ponce, coordinatrice de l’association, tout en appelant l’État à faire appel.

Le projet, porté par un consortium russo-canadien, se situe dans la forêt amazonienne, en bordure d’une réserve biologique. Il s’agirait du plus gros projet aurifère de France avec un gisement estimé à 85 tonnes d’or. Selon le collectif « Or de question », qui regroupe une centaine d’organisations, 400 millions de mètres cubes de déchets miniers seront créés chaque année et 142 millions de litres de fuel utilisés. Des risques de pollution au cyanure et autres produits toxiques sont également pointés. « Nous sommes convaincus qu’il y a moyen de développer ce gisement d’or dans l’Ouest guyanais de manière responsable », a au contraire assuré Pierre Paris, le président de la compagnie minière Montagne d’or, sur le site Outre-Mer 1re. 

Concepcion Alvarez @conce1





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