Brexit: à Douvres, le flot léger des camions et ferries s’écoule sans anicroche



Au pied des falaises blanches de Douvres, le ballet des camions et ferries dans le port, désormais l’une des principales portes d’entrées de l’UE pour le Royaume-Uni, s’opère vendredi sans accrocs malgré les nouvelles formalités dues à la pleine entrée en vigueur du Brexit.

Restrictions imposées par la France à cause du nouveau variant du coronavirus obligent, les policiers vérifient que chaque chauffeur dispose bien du test négatif requis pour embarquer et traverser la Manche.

L’un des rares infortunés à devoir rebrousser chemin faute de disposer du sésame, le conducteur d’une camionnette rouge immatriculée en Pologne, est envoyé vers un site au nord du port pour y effectuer un dépistage rapide. Pendant ce temps là, la seule voie d’embarquement reste largement déserte.

Les services concernés « ont eu largement le temps de se préparer » pour que les marchandises continuent à circuler sans encombre malgré la sortie du Royaume-Uni du marché commun européen et de l’union douanière, observe Alan Leigh, un habitant de la ville voisine de Folkestone en balade sur les falaises qui surplombent le port.

Parmi les premiers chauffeurs à poser les roues sur le sol britannique vendredi matin, Alexandru Rareci, originaire de Roumanie, n’a presque noté aucune différence.

« Tout était normal », explique ce routier de 29 ans, au volant d’un chargement de 23 tonnes de tomates marocaines qu’il a récupéré en Espagne. « On ne sait pas comment ce sera à l’avenir », explique-t-il, visiblement encore un peu dans le flou au sujet des nouvelles exigences.

Pour le retour, il n’a par exemple jamais entendu parler du permis de circuler dans le comté du Kent, dont doivent disposer les routiers à destination du continent, prouvant qu’ils ont préalablement accompli les formalités qui s’imposent avant la traversée. Les contrevenants risquent des amende de 300 livres sterling (334 euros).

Les autorités ont indiqué jeudi que presque 500 de ces permis – valables 24 heures et destinés à éviter une saturation des routes de la région – ont été délivrés pour le 1er janvier, anticipant un total de 800.

– « Préoccupant » –

L’accord commercial signé in extremis la veille de Noël entre Londres et Bruxelles permet d’éviter droits de douanes et quotas, qui laissaient craindre à coup sûr des perturbations majeures voire le chaos.

Mais les entreprises qui commercent à travers le détroit craignent des difficultés dans les semaines et les mois qui viennent, avec l’irruption de formalités douanières disparues depuis des décennies.

En ce premier jour de l’année, le trafic s’annonce plutôt ténu, nombre d’entreprises ayant intensifié les échanges avant la fin de la période de transition de 11 mois introduite depuis la date formelle du Brexit, le 31 janvier 2020, et qui a pris fin jeudi à 23H00 GMT.

Les choses sérieuses sont plutôt attendues à partir de la semaine prochaine.

A 69 ans, Luigi Del Duca a passé 43 ans de sa vie à Douvres, presque autant que le Royaume-Uni dans le bloc européen. Cet Italien qui tient un « fish & chips » craint que son affaire ne soit frappée de plein fouet par une baisse des visiteurs européens. « Peut-être qu’ils viendront encore, mais pas aussi nombreux », pense-t-il, le Brexit pourrait « décourager les gens ».



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