comment travaille les cellules de renseignements sur les stupéfiants



Les plus rentables peuvent rapporter jusqu’à 50 000 euros par jour. Le ministère de l’Intérieur a recensé 3 952 points de deal sur le territoire français. Les départements de la Seine-Saint-Denis, du Rhône et du Nord comptent le plus de points de ventes de drogue. Pour établir cette cartographie du marché des stupéfiants en France, la place Beauvau s’est appuyée sur les CROSS, les cellules de renseignement opérationnel sur les stupéfiants. Elles sont présentes dans chaque département, dans le cadre du « plan stup » (le plan national de lutte contre les stupéfiants) du gouvernement. La cellule de Seine-Maritime a ouvert ses portes à franceinfo.

À l’hôtel de police de Rouen, 16 enquêteurs spécialisés se réunissent chaque mois. Fini le chacun pour soi : policiers, gendarmes et douaniers partagent désormais leurs informations sur le trafic de stupéfiants en Seine-Maritime. Le département dénombre 67 points de deal, dans la moyenne haute nationale. Tous sont cartographiés sur un logiciel. « Quand on fait un click droit sur un point de deal, on peut lire des commentaires, décrit le commissaire Nicolas De Golmard qui dirige la sûreté départementale de Seine-Maritime. Par exemple, on sait que le point de deal est ouvert de 12 heures à 22 heures, l’adresse, les produits qui sont en vente à cet endroit-là, la présence de guetteurs. Et on peut rajouter tout un tas d’éléments intéressants comme ça. »

Mais pour démanteler ces points de vente – c’est à dire mettre au jour le trafic, interpeller les vendeurs et identifier l’appartement « nourrice » pour fermer le point de vente dans la durée – il ne suffit pas de les recenser. « En fonction de la nature des éléments on va choisir une stratégie d’action, explique le commissaire Nicolas de Golmard. Cela peut être des passages par les unités de voie publique si l’on est sur quelque chose qui vient de s’implanter et à ce moment là on sature la zone avec des services de police de manière à chasser ou à matérialiser quelque chose pénalement. Ou ça peut être une action de plus longue haleine, en fonction de la nature du deal pour renvoyer les gens devant la justice avec des éléments judiciaires. »

À chaque réunion, c’est le brigadier-chef Pascal Durand qui est chargé de faire le point sur les derniers tuyaux obtenus par la cellule de renseignement. « Ça c’est une info qui vient du bailleur social qui dénonçait des faits de vente et de deal à cette adresse et on aurait peut-être la nourrice auprès de qui tous les petits jeunes qui dealent au pied de l’immeuble viendraient récupérer le produit », détaille le brigadier-chef. « Je te propose de transmettre ces informations à la BAC pour qu’elle fasse quelques surveillances, ça te donnera un appui technique », lui répond un collègue. 

La vraie difficulté, c’est de fermer un point de deal sur la durée. Les vendeurs de cannabis et de cocaïne, quand ils sont arrêtés, sont en effet très vite remplacés. Mais la commissaire Caroline Ravoux, de la police judiciaire de Rouen, reste convaincue qu’il faut déstabiliser les réseaux locaux.

Quand vous avez certains délinquants qui eux-mêmes vous disent ‘là vous venez de faire mal à tel quartier’, ça fait toujours plaisir quand même. C’est arrivé récemment.

Caroline Ravoux, commissaire de police judiciaire

à franceinfo

Gérald Darmanin veut désormais communiquer chaque mois sur le nombre de points de deal démantelés. Plusieurs policiers spécialisés disent craindre un retour de la politique du chiffre, au détriment du travail de fond. Le ministre de l’Intérieur souhaite aussi que d’ici un an, une plateforme permette aux citoyens de signaler sur internet la présence de dealers en bas de chez eux. Certains policiers interrogés par franceinfo estiment toutefois que ce recensement va permettre de se rendre compte de l’ampleur du phénomène, mais ils ajoutent qu’une telle stratégie requiert d’importants moyens pour lutter contre le trafic de stupéfiants.



francetvinfo

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