La consommation des Français va dicter la reprise


Et pourtant, la fin d’année s’annonçait joyeuse. Début décembre, la réouverture des commerces, conjuguée au Black Friday, a provoqué un fort rebond des dépenses par carte bancaire, notamment dans les secteurs de l’habillement et de la maison, selon l’Insee. Las, quelques jours plus tard, la reprise épidémique contraignait le gouvernement à durcir le couvre-feu et à maintenir fermés cinémas, théâtres et musées. Des montagnes russes qui risquent de se répéter dans les semaines à venir tant que les vaccins n’auront pas été largement diffusés. L’économie ne devrait ainsi reprendre des couleurs que très progressivement : la Banque de France table sur une hausse du PIB limitée à 5 % en 2021, après une chute de 9 % cette année.

Certes, le reconfinement de cet automne s’est avéré moins désastreux qu’au printemps selon l’Insee, qui estime la baisse d’activité à 12 % en novembre puis 8 % en décembre, contre 31 % en avril. La confiance des patrons a mieux résisté, comme le montre notre enquête ( voir ci-contre ). En revanche, on est loin de l’euphorie qui avait saisi les consommateurs l’été dernier, permettant à la France d’enregistrer l’un des plus forts rebonds d’Europe. Leur moral est davantage touché et les restrictions sanitaires vont continuer à peser sur leurs dépenses de loisirs, de tourisme ou de restauration. Or, les Français ont déjà mis de côté 130 milliards d’euros, propulsant le taux d’épargne de 15 % à 22 %. Leur capacité à dépenser ces réserves va largement dicter le rythme de la reprise l’an prochain.

Des chèques consommation

La Banque de France prévoit une lente désépargne et un rebond modéré de la consommation de 4 %, après une baisse de 8 % en 2020. La crainte du chômage, qui frôlerait les 11 %, pourrait peser sur les revenus et nourrir l’épargne de précaution. Selin Ozyurt, économiste à Euler Hermes, se montre toutefois plus optimiste. « Si l’Etat maintient son soutien budgétaire et que la vaccination se déroule comme prévu, le choc de confiance pourrait libérer 20 milliards d’excès d’épargne. »

Plusieurs think tanks, comme l’Institut Montaigne et Terra Nova, incitent d’ailleurs l’Etat à verser des chèques aux ménages pour les pousser à dépenser. Une reprise plus vigoureuse de la consommation ferait grimper le PIB de 6 %, voire 7 % selon l’OFCE. Cela ne suffirait pas à effacer les pertes de croissance liées au Covid mais permettrait au moins à la France de devancer ses voisins italien, espagnol et britannique.

 

Une forte reprise de la consommation peut permettre à la France de devancer ses voisins, sans toutefois effacer les pertes de croissance dues au Covid.

 

Bruno Le Maire. Pour le ministre de l'Economie, l'enjeu est d'inciter les ménages à débloquer leur épargne de précaution.

 

Bruno Le Maire. Pour le ministre de l’Economie, l’enjeu est d’inciter les ménages à débloquer leur épargne de précaution.

(H.H./Zuma/Rea)

 



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