La Poste répond présent pour la bataille des colis


Une vraie tuile ! Les Galeries Lafayette ont un problème sur leur chaîne de livraison. Cinq camions programmés ne se présenteront pas à la plateforme Colissimo de Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne. « Il ne faut pas perdre de temps : appeler d’autres clients, d’autres transporteurs, négocier avec les chauffeurs pour utiliser la place laissée vacante » , explique Milan Svilar, responsable du transport pour ce centre logistique, le téléphone vissé à l’oreille, parcourant à grandes enjambées la dalle vaste comme quatre terrains de football. « Milan se couche à deux heures du matin, et dès quatre heures son téléphone se remplit de messages pour les livraisons, commente Marc Villette, qui dirige la plateforme. Il faut parfois que je lui rappelle son droit à la déconnexion. Il faut tenir sur la longueur. »

Tenir la cadence

Le centre Colissimo de Moissy-Cramayel, qui irrigue l’Ile-de-France, s’apprête à battre tous ses records la semaine précédant Noël, conséquence de la ruée sur les magasins en ligne (lire encadré). Alors que sa capacité maximum est de 350 000 colis par jour, les volumes explosent sur la zone de chalandise pour monter à 650 000 colis par jour -ce qui oblige à rediriger des chargements vers d’autres plateformes du réseau.

Les machines et les hommes tournent désormais 24 heures sur 24. Fini, la courte pause de deux heures qui permettait d’ordinaire de resserrer quelques boulons, entre 3 h 30 et 5 h 30 du matin. Les équipes d’Actemium, société d’ingénierie qui travaille aussi pour l’aéronautique, sont logées sur place pour intervenir en urgence si nécessaire.

« Avec un débit atteignant 14 000 colis par heure, vous imaginez le retard que l’on peut prendre si le circuit est stoppé ne serait-ce qu’un quart d’heure » , s’effraye Marc Villette. Il faut tenir la cadence, mais aussi conserver un coût de traitement le plus bas possible : à Moissy-Cramayel, il se limite à 20 centimes par colis. « C’est comme dans le corps humain, il ne faut pas le moindre arrêt, sous peine d’embolie, explique Xavier Mallet, directeur général de Colissimo. Or, depuis le premier confinement, les volumes se sont accrus de 30 %, soit l’équivalent de trois années normales, déjà vigoureusement tirées par la hausse de l’e-commerce. »

Tirer profit des big data

Heureuse anticipation : pour bénéficier de cette croissance des ventes en ligne, La Poste a investi 450 millions d’euros depuis 2015 pour de nouveaux centres. Les outils les plus impressionnants sont réservés à l’Ile-de-France : début 2021, une plateforme capable de traiter jusqu’à 37 000 colis par heure sera lancée, à 10 kilomètres de Moissy-Cramayel. Les paquets de toutes tailles transiteront en cinq minutes sur place, contre vingt minutes de carrousel pour l’actuelle. « Mais pour cette fin d’année, plutôt que d’accélérer ce lancement au sud de l’Ile-de-France, nous avons préféré concentrer nos efforts sur un autre nouveau centre, près de l’aéroport de Roissy, détaille Xavier Mallet. Son ouverture est arrivée à point nommé pour faire face à l’afflux, avec sa capacité de traitement de 30 000 colis par heure. »

Pour Laurent Giordani, cofondateur du cabinet Kyu, spécialisé dans la logistique, les efforts s’avèrent payants : « La Poste a mené un travail remarquable, bien loin de l’image que l’on pourrait avoir d’un service public, estime-t-il. L’engagement des salariés a permis de tenir le rythme des évolutions, notamment en matière de digitalisation. » Colissimo intègre ainsi une part croissante d’intelligence artificielle pour anticiper les flux des marchandises.

Les tournées s’organisent en fonction de la météo (les commandes seront plus nombreuses un week-end de pluie), du succès de certains produits (gare aux encombrants robots de cuisine Thermomix), de la sociologie des quartiers (les cadres, en télétravail, peuvent être livrés en journée), etc. « La Poste peut clairement en remontrer à des entreprises comme Uber », assure Arnold Zephir, cofondateur de l’entreprise Previsio.io, spécialiste du big data, qui teste son intelligence artificielle dans une vingtaine de centres.

Affronter la concurrence

Le groupe public n’a guère le choix. La hausse de l’activité colis ne compense pas la chute du courrier : en 2020, il anticipe un gain de 300 millions d’euros sur la première contre une perte d’1,4 milliard sur la seconde. Selon France Info, l’Etat s’apprête à lui accorder une aide de « 66 millions d’euros en 2021 » . Les hottes bien remplies à Noël permettront-elles de gagner des parts de marché dans un secteur très disputé ? « Ce n’est pas en cette fin d’année tendue que se déroule la compétition, estime Jean-Sébastien Leridon, directeur général du concurrent Relais Colis. Là, il y a de quoi faire pour tout le monde. La concurrence reprendra de plus belle lorsque le calme sera revenu et pour les changements tarifaires de début d’année. » La valse à mille temps des centres Colissimo ne fait que commencer.

2020, ANNÉE RECORD

4 millions de colis Colissimo livrés en une journée (3,1 millions en 2019).

1,3 million de colis Chronopost en une journée (800 000 en 2019).

500 000 colis DPD France en une journée (400 000 en 2019).

SOURCE : LA POSTE.

 

La plateforme Colissimo de Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne). Ce centre atteint un débit de 14 000 colis par heure, et sera complété par de nouvelles plateformes, dont une implantée à 10 kilomètres qui pourra en traiter 37 000 par heure à partir de début 2021.

(Stéphane Lagoutte pour Challenges)

 



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