Un tribunal anglais reconnaît le rôle de la pollution atmosphérique dans le décès d’une petite fille de 9 ans



Publié le 16 décembre 2020

L’exposition à la pollution de l’air va être ajoutée sur le certificat de décès d’Ella Adoo-Kissi Debrah, une petite anglaise décédée en 2013 à l’âge de neuf ans, après une grave crise d’asthme. Un tribunal anglais a en effet reconnu le rôle des émissions liées au trafic routier dans sa mort. La France, déjà condamnée à plusieurs reprises après notamment le recours trois Parisiens, va être de nouveau jugée pour la pollution due aux particules fines.

La pollution de l’air tue, et cette fois elle a un visage. Celui d’Ella Adoo-Kissi Debrah, une petite anglaise décédée en 2013 à l’âge de neuf ans. Depuis, sa mère n’a cessé de se battre pour faire reconnaître la pollution atmosphérique comme l’une des causes de sa mort. C’est ce qu’a finalement reconnu un tribunal anglais ce mercredi 16 décembre après deux semaines d’enquête. La Coroner Court a constaté que les niveaux de pollution de l’air à proximité du domicile d’Ella dépassaient les limites légales de l’Union européenne au cours des trois années précédant son décès.

« Aujourd’hui est un jour historique. Un combat de 7 ans a permis de faire reconnaître la pollution de l’air sur le certificat de décès d’Ella. Nous espérons que cela permettra de sauver la vie de nombreux autres enfants » a déclaré sa maman, Rosamund Adoo-Kissi-Debrah. « La décision du Coroner confirme ce qui est déjà inscrit dans le droit international : les gouvernements sont tenus de protéger nos droits à la vie, à la santé et à un environnement sain » a ajouté David R. Boyd, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains et l’environnement.

« Ce jour doit marquer un tournant »

Ella Adoo-Kissi Debrah vivait à moins de 30 mètres de la South Circular, une voie très fréquentée du sud de Londres. Elle est décédée d’une grave crise d’asthme après trois ans de crises répétées et une trentaine d’hospitalisations. Certains jours, Ella avait « des crises extrêmement sévères, elle arrêtait de respirer« , a décrit sa mère. En 2018, le professeur Stephen Holgate, expert britannique en pollution de l’air, avait noté un « lien frappant » entre les hospitalisations en urgence d’Ella et les pics enregistrés de dioxyde d’azote et de particules en suspension.

« Ce jour doit marquer un tournant. La pollution atmosphérique est une crise de santé publique. Les ministres et l’ancien maire ont agi trop lentement dans le passé, mais ils doivent maintenant tirer les leçons de la décision du coroner et faire beaucoup plus pour lutter contre ce fléau mortel » a réagi Sadiq Khan, le maire travailliste de Londres. Depuis son élection, il a mis en place une zone à ultra-basse émission qui contraint les conducteurs des véhicules les plus polluants à s’acquitter d’une taxe quotidienne à son entrée.

L’Etat français condamné à plusieurs reprises

Si cette décision est une première au Royaume-Uni, ce n’est pas le cas de ce côté-ci de la Manche. En 2019, le tribunal administratif de Paris avait reconnu la « carence fautive » de l’État après le recours de trois Parisiens victimes de problèmes respiratoires. Quelques mois plus tôt, le tribunal administratif de Montreuil avait déjà estimé que l’État avait commis une faute, après le recours d’une mère et sa fille vivant près du périphérique et souffrant de problèmes respiratoires.

Déjà condamnée par la Cour de justice de l’UE, la France sera de nouveau jugée pour la pollution due aux particules fines PM10, a annoncé vendredi 30 octobre la Commission européenne. Début juillet, le Conseil d’Etat avait quant à lui condamné le gouvernement français à une astreinte historique de 10 millions d’euros par semestre de retard s’il ne durcissait pas son dispositif contre la pollution de l’air dans huit grandes agglomérations. La pollution de l’air ferait entre 48 000 et 76 000 morts par an en France et 4,2 millions dans le monde.

Concepcion Alvarez @conce1





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