National Film Registry 2020 : 25 films pour l’éternité



L’Homme au bras d’or © 1955 Otto Preminger Films / United Artists Tous droits réservés

Le peuple américain a beau subir de plein fouet la crise épidémique due au coronavirus en ce moment, ses institutions fonctionnent encore à peu près normalement. Ainsi, les grands électeurs ont validé hier le scrutin du futur président Joe Biden. Et la veille, le Film Preservation Board a annoncé la liste des vingt-cinq films qui seront inscrits cette année au National Film Registry. Cela porte désormais à 800 le nombre d’œuvres filmiques qui bénéficient d’un soin particulier de sauvegarde à la Bibliothèque du Congrès américain. Le vote se fait chaque année, depuis 1989, à partir de milliers de suggestions, soumises par le public auprès de la vénérable institution américaine.

Parmi la sélection 2020 de productions américaines reconnues pour leur importance culturelle, historique ou esthétique, trois grands axes se dégagent. Deux d’entre eux sont tout à fait dans l’air du temps, puisque près de la moitié des titres a été réalisée par des femmes, ainsi que sept par des cinéastes issus de minorités raciales. Il s’agit d’un record dans ces deux champs de représentativité. Le troisième point récurrent est déjà plus anecdotique, puisque la musique sous toutes ses formes joue un rôle important dans bon nombre de ces films, qui font à présent et pour toujours partie du patrimoine cinématographique américain.

Le Lys des champs © 1963 Rainbow Productions / United Artists Tous droits réservés

En nommant cette année dix films réalisés par des femmes, le National Film Registry est certes encore loin d’un semblant de parité. Il tient par contre compte d’une lente et difficile progression au fil du temps, vers un accès équitable entre hommes et femmes aux postes de responsabilité dans le monde du cinéma. Très longtemps avant que Kathryn Bigelow ne devienne la première femme à décrocher l’Oscar du Meilleur réalisateur en 2010 – une décennie plus tard, on attend toujours la deuxième, c’est pour dire à quel point l’évolution des mœurs est laborieuse ! –, d’autres réalisatrices avaient pu exercer leur métier un peu plus à la marge d’une industrie dominée par des hommes. Il n’est alors guère surprenant de trouver leurs noms sur cette liste au moins autant du côté des courts-métrages et des documentaires que des longs-métrages.

Le cinéma joue à merveille son rôle de reflet social plus ou moins fidèle. Depuis les débuts de cette opération d’intérêt public, les films préservés de plus près par la Bibliothèque du Congrès américain s’intéressent d’une façon appuyée aux tensions sociales qui déchirent les États-Unis à intervalles réguliers.

Cette fois, on y trouve une comédie musicale des années 1940 produite par la MGM avec une distribution exclusivement afro-américaine, le film pour lequel Sidney Poitier avait reçu en 1964 le premier Oscar du Meilleur acteur attribué à un comédien afro-américain, un film hautement représentatif du mouvement de la blaxploitation dans les années ’70, un drame intimiste réalisé en toute indépendance au début de la décennie suivante, ainsi que l’ajout le plus récent, un documentaire sur les activistes des droits de l’homme, qui avaient osé sillonner en bus les états du sud, afin de lutter au milieu des années ’60 contre la discrimination raciale.

Enfin, ça swingue de partout sur cette liste de films pour le moins éclectique. Et pour une fois même pas avec Frank Sinatra, l’un des plus grands chanteurs populaires du siècle dernier, inclus sur la liste avec l’un de ses rôles dramatiques majeurs de musicien drogué dans L’Homme au bras d’or de Otto Preminger. Non, en plus de Duke Ellington et compagnie dans la comédie musicale de Vincente Minnelli précitée et de l’emploi douteux de la musique classique dans le sulfureux Orange mécanique de Stanley Kubrick, les mélodies enlevées de Grease de Randal Kleiser et de Les Blues Brothers de John Landis y sont immortalisées. Mieux vaut tard que jamais pour certains d’entre eux !

Deux des documentaires surfent sur la même vague mélomane avec le film-concert Wattstax de Mel Stuart qu’on appelait à l’époque le Woodstock afro-américain et l’hommage de Wim Wenders aux vieux chanteurs cubains dans Buena Vista Social Club.


Orange mécanique © 1971 Hawk Films / Polaris Productions / Warner Bros. France Tous droits réservés

Les 14 longs-métrages de fiction

Du pain (1918) de Ida May Park, avec Edward Cecil, Gladys Fox et Kenneth Harlan

Un petit coin aux cieux (1943) de Vincente Minnelli, avec Ethel Waters, Eddie ‘Rochester’ Anderson et Lena Horne

Outrage (1950) de Ida Lupino, avec Mala Powers, Tod Andrews et Robert Clarke

L’Homme au bras d’or (1955) de Otto Preminger, avec Frank Sinatra, Eleanor Parker et Kim Novak

Le Lys des champs (1963) de Ralph Nelson, avec Sidney Poitier, Lilia Skala et Lisa Mann

Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick, avec Malcolm McDowell, Patrick Magee et Michael Bates

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles, avec Melvin Van Peebles, Hubert Scales et John Dullaghan

Grease © 1978 Dave Friedman / Allan Carr Productions / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Grease (1978) de Randal Kleiser, avec John Travolta, Olivia Newton-John et Stockard Channing

Les Blues Brothers (1980) de John Landis, avec John Belushi, Dan Aykroyd et James Brown

Losing Ground (1982) de Kathleen Collins, avec Seret Scott, Bill Gunn et Duane Jones

Le Club de la chance (1993) de Wayne Wang, avec Kieu Chinh, Tsai Chin et France Nuyen

Shrek (2001) de Andrew Adamson et Vicky Jenson

The Dark Night Le Chevalier noir (2008) de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Heath Ledger et Aaron Eckhart

Démineurs (2008) de Kathryn Bigelow, avec Jeremy Renner, Anthony Mackie et Brian Geraghty


Le Club de la chance © 1993 Phil Bray / Hollywood Pictures / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

Les 6 documentaires

With Car and Camera around the World (1929) de Aloha Wanderwell

Wattstax (1973) de Mel Stuart

El diablo nunca duerme (1994) de Lourdes Portillo

Buena Vista Social Club (1999) de Wim Wenders

Mauna Kea Temple under Siege (2006) de Puhipau et Joan Lander

Freedom Riders (2010) de Stanley Nelson


The Dark Night Le Chevalier noir © 2008 Stephen Vaughan / Legendary Entertainment / Syncopy / DC Comics /
Warner Bros. France Tous droits réservés

Les 5 courts-métrages

Suspense (1913) de Phillips Smalley et Lois Weber, avec Lois Weber et Val Paul

Charlot est content de lui (1914) de Henry Lehrman, avec Charles Chaplin et Henry Lehrman

La Bataille du siècle (1927) de Clyde Bruckman, avec Stan Laurel et Oliver Hardy

Illusions (1982) de Julie Dash, avec Lonette McKee et Rosanne Katon

The Ground (2001) de Robert Beavers

Démineurs © 2008 Jonathan Olley / First Light Production / Kingsgate Films / Summit Entertainment / SND
Tous droits réservés



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