70 % des terres agricoles appartiennent à 1 % des exploitants



Publié le 16 décembre 2020

Des grandes étendues de terres agricoles en monoculture appartenant à quelques gestionnaires d’actifs. Tel est visage du paysage agricole mondial. Une tendance à la concentration et la financiarisation des terres qui s’accélère notamment en Europe où la taille moyenne des exploitations a doublé depuis les années 1960. Ces grandes exploitations, en plus de renforcer les inégalités foncières, participent grandement au déclin de la biodiversité. 

C’est une course folle qui ne semble pas finir. Selon un rapport rédigé par l’International Land Coalition (ILC), représentant plusieurs ONG dont Oxfam et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), la tendance à la concentration des terres agricoles progresse sur la planète. 1 % des plus grosses exploitations gèrent plus de 70 % des terres agricoles mondiales. Cela ne signifie pas que les petites fermes n’existent plus, mais qu’elles occupent moins de surface. Ainsi, sur les 608 millions de propriétés agricoles, 80 % sont de petites exploitations de moins de deux hectares.

Une concentration des exploitations qui se vérifie particulièrement en Europe où la taille moyenne des exploitations a doublé depuis les années 1960, passant de 12 à 21 hectares en 2010. Surtout, le nombre d’exploitation de plus de 100 hectares a augmenté régulièrement de 2005 à 2015 et, désormais, moins de 3 % des exploitations représentent plus de la moitié des terres cultivées. Cette tendance à la concentration des terres est associée à un autre phénomène : la financiarisation du secteur agricole.

Les terres agricoles, des actifs financiers

« Les systèmes alimentaires dominants à l’échelle mondiale sont contrôlés par un petit nombre d’entreprises et d’institutions financières, motivées par la logique du retour sur investissement à grande échelle obtenu par les économiques d’échelle », avance l’étude. « Certaines terres agricoles sont considérées comme des actifs, sans propriétaire physique connu, soumis à des processus décisionnels qui peuvent être externes à l’exploitation », expliquent les auteurs. On observe ainsi de plus en plus de gestionnaires d’actifs ou des sociétés de capital-investissement présents sur ce marché. 

Un système qui renforce les inégalités entre les plus modestes et les plus gros propriétaires fonciers. L’étude évalue que les 10 % les plus riches des populations rurales dans le monde accaparent 60 % de la valeur des terres agricoles. De l’autre côté, la moitié des plus pauvres, très dépendants de l’agriculture, n’absorbent que 3 % de cette valeur. « Les inégalités foncières réduisent les opportunités pour les jeunes générations rurales, en particulier les filles, d’améliorer leur vie. À plus long terme, cela nuit au développement humain, à la stabilité sociopolitique et à la durabilité environnementale », note Ward Anseeuw, co-auteur du rapport. 

Et justement, ces grosses exploitations favorisent la monoculture de grande échelle nuisible à l’environnement et participent ainsi au changement climatique. « Elles favorisent l’agriculture intensive, la mécanisation et les monocultures. Cela a évidemment un impact sur la biodiversité puisqu’il y a moins de variété de cultures », explique Guy Kastler de la Confédération paysanne. Les petites exploitations sont en général plus favorables à la biodiversité, aux sols, aux forêts, à l’assainissement des sources d’eau. Une préoccupation majeure qui a poussé l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a appelé à une gestion plus durable des sols qui s’appauvrissent à grande vitesse.

Marina Fabre, @fabre_marina





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