Et vous, vous vous déplaceriez pour un référendum sur l’environnement ?



Le référendum a cette particularité d’être une arme à feu qui est dangereuse surtout… pour celui qui l’utilise. En annonçant ce lundi 14 décembre la possible tenue d’un référendum pour inscrire la défense de l’environnement dans la Constitution, Emmanuel Macron a pris le risque de dégainer une arme qui, par le passé, en a abattu des plus robustes que lui.

Rappelons le pourquoi de ce référendum, dont l’idée a été lancée par le président après avoir rencontré les membres de la Convention citoyenne pour le Climat (CCC). Il s’agirait d’« introduire les notions de biodiversité, d’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique » dans le premier article de la Constitution.

Sur le papier, il est difficile d’être hostile à cette idée. Mais la vie politique n’est jamais inscrite sur le papier.

Une diversion ?

Le fait est que cette initiative surgit alors que le gouvernement doit transformer en projet de loi la petite moitié des 146 mesures proposées en juin dernier par « Les 150 », ces Français tirés au sort et qui ont planché ensemble pour permettre à la France de réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre. Et que pour le moment, on ne sait pas exactement ce qui va en sortir. « Tous les arbitrages n’ont pas été rendus », dit-on dans les ministères. Traduction : nul ne sait ce qui, parmi les propositions des 150, va passer à la trappe.

De citoyens lambda à experts du climat : comment la Convention citoyenne les a convertis à l’écologie

Or on le sait, la Convention a accouché de propositions extrêmement concrètes, dont l’application pourrait changer la donne. Par exemple, la rénovation thermique obligatoire des bâtiments. Par exemple, l’interdiction de la publicité pour les produits les plus émetteurs. Par exemple, la suppression de presque tous les vols intérieurs en avion.

Si ces mesures (et les autres) étaient sur le point de se transformer en loi de la République, inscrire la défense de l’environnement dans la Constitution aurait, comme on dit, une sacrée gueule. Mais si les plus importantes ne voyaient jamais le jour, l’idée de référendum apparaîtrait sous un jour terriblement négatif : celui d’une diversion.

N’ayant pas le courage de prendre les décisions les plus nécessaires pour sauver la planète, l’exécutif semblerait se réfugier derrière le symbole. Mais ce symbole-là réclame un soutien enthousiaste de la part des Français. Car c’est cela d’abord, un référendum, un soutien enthousiaste.

« On s’en fout, on n’y va pas »

Pas besoin d’être grand clerc pour sentir donc que la claque va être énorme… D’autant que nombre de juristes ne manqueront pas de le rappeler dans les jours qui viennent : la Charte de l’environnement, citée dans le préambule de notre Constitution depuis 2005, a déjà une valeur constitutionnelle. Autrement dit, la défense de la planète est déjà une injonction française – ce qui ne nous a pas crevé les yeux ces dernières années.

Barbara Pompili : « On se doit d’être attentif à ceux pour qui la transition écologique sera plus compliquée »

On repense soudain au refrain de la chanson de Bénabar : « On s’en fout, on n’y va pas ». N’est-ce pas ce que se diront beaucoup de Français, même les plus préoccupés par l’état de la planète ? Car qui aura envie de se déplacer aux urnes pour dire « oui » à un symbole, au moment où flotteront encore les cadavres de toutes les mesures qui n’auront pas été prises ?

Cerise sur le gâteau : il est encore possible que ce référendum reste… dans les tiroirs. Pour se tenir, celui-ci doit en effet obtenir le vote favorable de l’Assemblée nationale et du Sénat. Or, il n’aura échappé à personne que ce dernier est tenu par la droite qui, en France, n’a jamais manifesté un grand intérêt pour l’écologie.

S’il ne voyait jamais le jour, ce serait sans doute une apparente bonne nouvelle pour la majorité. Elle échapperait ainsi à une claque dans les urnes. Mais apparente seulement, car pour beaucoup de citoyens, ces gesticulations n’auront rien masqué de ses insuffisances.





nouvelobs

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