arrêtez de brusquer le pays !


Ses proches l’attendaient depuis plusieurs mois : l’intervention publique de Jean-Yves Le Drian, l’un des ministres les plus populaires de la Macronie, sur les questions intérieures. Comment, alors que le pays tangue furieusement, que la violence et les tensions sociales électrisent les débats, pouvait-il rester dans l’ombre ? Trop silencieux, trop discret, trop bon soldat. On lui reprochait de « se planquer » au Quai d’Orsay, comptant les bons et les mauvais points d’un gouvernement ballotté, avançant à hue et à dia, dans une confusion politique grandissante.

On l’exhortait à dynamiser et faire vivre le mouvement « de gauche » dont il est le fondateur, « Territoires De Progrès ». Le patron de la diplomatie française, agacé, répétait à ceux qui l’exhortaient d’intervenir dans le débat franco-français qu’il avait une forme de « devoir de réserve », que sa proximité et son lien de confiance avec Emmanuel Macron lui interdisaient de jouer les boute-feu, d’ajouter de la division à la division. Les observateurs s’interrogeaient : le « menhir » allait-il tenir encore longtemps dans cette position de neutralité bienveillante ? Ses anciens amis socialistes le traitaient de renégat, d’« avaleur de couleuvres » macroniennes. Il devait bouger.

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Il l’a fait, ce vendredi 11 décembre, à l’occasion d’une convention « distancielle » de son mouvement, au grand bonheur de ses troupes qui l’attendaient comme le messie. L’affaire est passée presque inaperçue. Jean-Yves Le Drian est sorti de sa réserve, critiquant à demi-mots le gouvernement de Jean Castex, l’exhortant à plus de souplesse, plus de concertation, plus de dialogue, moins de « brusquerie » dans les réformes. Dans son style tout en rondeur, l’ancien député-maire de Lorient, a lâché une petite phrase qui en dit long sur sa pensée : « Il faut renforcer le dialogue avec les partenaires sociaux », conseille-t-il au locataire de l’Elysée.« Car il n’y a qu’ensemble que nous puissions espérer construire un agenda de réformes qui soit crédible et légitime, dans un pays apaisé. Chaque chose en son temps. C’est une question de bon sens ! » Le Mali est-il notre Afghanistan ?

Un coup de semonce « constructif »

Chaque chose en son temps ? La phrase sonne comme un début de désaveu. En finir avec les décisions prises dans la précipitation. Se concentrer sur l’essentiel : la crise sanitaire et la crise sociale. L’intervention de Le Drian n’a pas passionné les foules, trop occupées à surveiller les courbes de la pandémie. Pourtant, elle marque un virage, ou au moins une inflexion, dans les choix politiques d’Emmanuel Macron, la fameuse politique du « jour d’après ». Pourquoi cette sortie, maintenant, d’un des ministres les plus écoutés du gouvernement ? Emmanuel Macron, comme beaucoup le subodorent, lui a-t-il donné un feu vert pour occuper un terrain plus à gauche pour les échéances à venir ? Sans doute. Mais il y a aussi des raisons liées à la vie de ce mouvement.

Quasiment mort-né début 2020, son acte de naissance coïncidant avec l’apparition du Covid-19, « Territoire de Progrès » s’est musclé peu à peu, malgré la crise, recrutant plusieurs milliers d’adhérents, d’anciens élus ou militants socialistes, ainsi qu’une trentaine de députés En Marche. Tous estimaient que leur leader naturel avait tendance à jouer les Arlésiennes et qu’il était temps qu’il sorte du bois pour leur apporter un peu de visibilité.

C’est chose faite. Ce coup de semonce « constructif » de Le Drian révèle, bien sûr, le besoin vital qu’a aujourd’hui le Président de la République de se recentrer, avant de basculer définitivement dans une image qui commence à lui coller à la peau, celle d’un petit Sarkozy de la haute finance. Le rôle de celui qui fut l’ami de François Hollande n’est pas mince. Le travail de recentrage, à coup sûr, ne fait que commencer.





nouvelobs

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