François Berléand: « De nombreux théâtres vont fermer »



olère et de lassitude jeudi dernier lorsqu’il a appris, en pleines répétitions de sa prochaine pièce, qu’en raison des nouvelles mesures sanitaires, il ne pourrait pas jouer comme prévu en décembre au théâtre Antoine. Pour autant François Berléand, qui compte se faire vacciner dès que possible contre le Covid, se dit privilégié par rapport à nombre de ses congénères artistes. La captation de la pièce Une heure de tranquillité de Florian Zeller, interprétée devant un public d’intermittents, sera diffusée sur France 2 le 29 décembre. Elle aurait dû aussi être jouée en public pour une dizaine de représentations en décembre, toutes annulées. Pour cet ancien élève d’une école de commerce, gros lecteur de journaux, le gouvernement n’est pas à blâmer car « il fait ce qu’il peut ».  Mais selon lui, cette période va laisser des traces et de nombreux théâtres risquent de rester durablement vides.

Challenges – Comment avez-vous réagi le 10 décembre, lorsque vous avez appris, en même temps que tout le monde, que les théâtres n’allaient pas rouvrir le 15 décembre?

François Berléand – J’avoue qu’un juron a dû m’échapper. Nous étions en train de répéter au Théâtre Antoine une pièce censée débuter fin décembre et nous nous étions interrompus quelques minutes pour suivre le discours du Premier ministre. Mais je n’ai pas été surpris, je regarde tous les jours les chiffres de l’épidémie, j’ai bien constaté que la situation ne s’est pas franchement améliorée.

Quelle a été la baisse de vos revenus depuis le début de l’épidémie?

Mes revenus ont baissé de 50% mais je suis un privilégié par rapport à de nombreux comédiens et surtout par rapport à d’autres artistes que je côtoie, comme les romanciers ou les peintres dont le statut n’est pas du tout protecteur. C’est très difficile aussi pour les musiciens et les chanteurs qui ne peuvent pas compter sur les ventes de disques et qui n’ont plus que le spectacle, ainsi que pour les danseurs dont la carrière est très courte. Un an sans la scène c’est un drame pour eux.

Etes-vous inquiet pour le théâtre ? Les spectateurs reviendront-ils ?

Je crois que le public a toujours la même envie mais je crains que beaucoup de salles ne soient obligées de fermer leurs portes et que l’on assiste à un effondrement de l’offre. La situation financière des théâtres est tellement dégradée que l’on va voir un nombre de faillites colossal et que beaucoup ne pourront pas lancer de nouvelles productions. Il existe deux groupes peut-être plus robustes : celui de Marc Ladreit de Lacharrière et celui de Jean-Marc Dumontet, un troisième dirigé par Pascal Legros, puis une myriade de toutes petites entreprises en grande difficulté. Depuis la loi Lang, les théâtres sont protégés et ne peuvent plus être transformés en supermarchés comme ce fut le cas de nombreuses salles de cinéma. Mais faute de productions, on risque voir des salles fantômes, sans spectacle, ni public. Il en existe déjà, tel le théâtre Récamier à Paris, une très belle salle qui ne sert que pour des répétitions. On verra aussi des grands groupes racheter ces théâtres mais pour en faire quoi? Le théâtre n’est pas une industrie. C’est d’abord un art bien sûr, mais économiquement c’est un métier d’artisans qui doit rester aux mains d’artistes, de producteurs et de directeurs de troupes.

C’en est fini des pièces à gros budget?

Cela va être très rare. Comptez 300.000 euros pour une production avec 4 à 7 artistes, le décor, les répétitions, la communication, la salle… On ne verra quasiment plus de pièces avec 10 personnages.

Les auteurs et les têtes d’affiches sont-ils prêts à modérer leurs prétentions dans ce contexte difficile?

C’est déjà le cas, car leurs cachets sont proportionnels aux recettes. Mais bien entendu, il faut s’adapter aux circonstances. Avec François-Xavier Demaison, nous partons en tournée avec la pièce Par le bout du nez en janvier. Compte tenu de la jauge restreinte, nous jouons deux fois pour un seul cachet. C’est bien normal.

Vous avez deux filles de 12 ans. Pensez-vous que cette génération, constamment penchée sur les écrans, sera autant séduite par le théâtre et le cinéma?

Je crois qu’il faut les habituer très tôt. Nous regardons un film classique une fois par semaine avec mes filles. Elles adorent Harry Potter mais aussi Les Quatre Cents coups de Truffaut. Elles me voient au théâtre depuis toutes petites. Nous allons au musée et voir des expos. J’ai aussi des enfants de plus de 35 ans, et je suis grand-père. Tous sont très consommateurs de culture.

Vous approuvez les mesures décidées par le gouvernement?

Il fait ce qu’il peut. Je remarque que peu ou prou, tous les pays voisins ont pris les mêmes mesures et que récemment en Allemagne, on a cité la France en exemple. Je comprends que l’on ait décidé de rouvrir les librairies car on n’y voit pas les gens s’entasser. Chaque fois que je vais chez mon libraire, je suis seul dans le magasin. En revanche je suis choqué en voyant ces derniers jours des bars remplis à Paris.

Vous comptez vous faire vacciner contre le Covid?

Bien sûr. J’ai 68 ans. Je suis volontaire depuis trois mois déjà mais je n’ai aucune nouvelle. Au pays de Pasteur, je peine à comprendre les réticences concernant le vaccin. J’ai eu le Covid en mars mais avec des symptômes légers et je ne m’en suis rendu compte qu’en mai quand une prise de sang a révélé que j’avais des anticorps. Mais aujourd’hui je n’ai plus d’anticorps et il me parait judicieux dans tous les cas de suivre l’exemple de la Reine d’Angleterre. Regardons comment elle réagit et vaccinons-nous!

 

 



challenges

A lire aussi

Laisser un commentaire