Test Blu-ray : Merci pour le chocolat


Merci pour le chocolat

France, Suisse : 2000
Titre original : –
Réalisation : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol, Caroline Eliacheff
Acteurs : Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Anna Mouglalis
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 25 octobre 2000
Date de sortie DVD/BR : 2 décembre 2020

Dans la douceur confortable de la Suisse, une jeune pianiste, Jeanne, apprend par hasard qu’elle a failli, à sa naissance, être échangée avec Guillaume, fils d’un pianiste virtuose de renommée internationale, André Polonski. Elle en profite pour s’introduire chez ce dernier qui en fait son élève. La grande demeure des Polonski est dominée par la figure bienveillante de Marie-Claire, héritière des chocolats Muller. Jeanne en vient à douter de cette bienveillance comme de l’innocence du chocolat que Marie-Claire prépare avec soin pour toute la famille…

Le film

[4/5]

Sorti sur les écrans français en 2000, Merci pour le chocolat permettait à Claude Chabrol d’entamer une deuxième collaboration avec Caroline Eliacheff, psychanalyste se trouvant également être, à la ville, l’épouse du producteur Marin Karmitz. Caroline Eliacheff était surtout connue pour sa contribution au scénario de La cérémonie, qui avait sans le moindre doute permis à Chabrol d’atteindre la forme si particulière de son film de 1995, froide, clinique, observant la notion de folie criminelle sous un jour naturaliste assez inédit au cinéma.

Rebelote donc avec Merci pour le chocolat, qui s’intéressera avant tout aux positions morales de ses personnages ainsi qu’aux ressorts psychologiques qui les animent. Pour autant, les motivations du personnage de Mika, incarné par Isabelle Huppert, resteront assez troubles, tout autant que son fascinant tiraillement entre le bien et le mal. Comme La cérémonie, le film met en scène une famille bourgeoise recomposée, dont les personnages cachent occasionnellement un passé sombre, mais semblant parfaitement s’en accommoder. Un élément perturbateur, représenté par l’irruption de Jeanne (Anna Mouglalis) au sein de leur famille, va pourtant venir dérégler cette mécanique bien huilée.

Aussi énigmatiques que profondément humains, les personnages de Merci pour le chocolat (Jacques Dutronc, Rodolphe Pauly) semblent tous graviter autour du personnage de Mika, sans pour autant se soucier d’elle, comme si elle était invisible malgré sa volonté de faire le bien autour d’elle – même si elle le fait parfois maladroitement, ou de façon un peu trop ostensible. Durant la première partie du métrage, son personnage est intégré au récit à la manière d’un élément de décor : si on en apprend en effet beaucoup sur tous les personnages qui l’entourent, elle en revanche reste une énigme, malgré sa présence dans quasiment tous les plans du film.

Ainsi, la mise en scène choisie par Claude Chabrol, totalement dénuée d’artifices, finit par refléter l’apparence discrète du personnage incarné par Isabelle Huppert, qui s’avère bel et bien présente, mais quasiment toujours en arrière-plan. Cependant, plusieurs éléments étranges – dans le récit mais également dans la mise en scène, qui joue beaucoup sur la notion de regard, sur les reflets et sur ce que les personnages voient ou ne voient pas – viendront assurément mettre la puce à l’oreille du spectateur, qui déterminera rapidement que les apparences sont peut-être trompeuses.

Jouant moins la carte du constat clinique que La cérémonie, Merci pour le chocolat proposera néanmoins d’avantage une réflexion sur l’existence du « mal » qu’une pure illustration des mécanismes psychiques menant à la pulsion de mort. Ainsi, le film laissera sciemment certains points en suspens, peu enclin à expliciter certains actes du personnage de Mika. Par exemple, on ignorera encore à la fin du film pour quelle raison le chocolat destiné à Guillaume (Rodolphe Pauly) était chargé de somnifères. Le manque de réaction de Paul (Jacques Dutronc) à sa découverte du pot aux roses pourra également constituer une énigme notable, quoi qu’elle puisse s’expliquer au vu du profil psychologique que le film a fait de lui jusque-là.

Le scénario cosigné par Chabrol et Caroline Eliacheff est ainsi beaucoup moins explicite que celui ayant servi de base à leur première collaboration : tout juste dessine-t-il ici quelques pistes psychologiques solides expliquant tel ou tel élément de l’histoire, telle ou telle réaction des personnages. Pourtant, au final, Merci pour le chocolat fait preuve de la plus parfaite cohérence, jusqu’à son étrange dénouement final, voyant le personnage d’Isabelle Huppert prostré de n’avoir, malgré des moyens radicaux, pas su attirer sur elle l’attention de son mari.

Le Blu-ray

[4/5]

Nul n’est prophète en son pays : jusqu’ici, Merci pour le chocolat était disponible en Blu-ray aux États-Unis, mais restait inédit au format Haute-Définition en France. Cette erreur est aujourd’hui réparée, et pour fêter l’événement, Merci pour le chocolat a de plus eu droit à une superbe restauration 4K, réalisée par le laboratoire Éclair avec l’aide du CNC. On notera cependant que le film n’est à ce jour disponible en Blu-ray qu’au sein du coffret « Claude Chabrol : Suspense au féminin » édité par Carlotta Films, et contenant également L’enfer (1994), La cérémonie (1995), Rien ne va plus (1997) et La fleur du mal (2003).

Afin de fêter comme il se doit la redécouverte de Rien ne va plus, Carlotta Films se devait de nous livrer, avec cette édition Blu-ray, une galette Haute Définition exemplaire. Et rassurez-vous : c’est chose faite avec ce petit trésor de transfert HD, affichant un grain cinéma scrupuleusement préservé, un piqué accru et des couleurs / des noirs très intenses et soignés. Le film de Claude Chabrol retrouve littéralement une nouvelle jeunesse, c’est juste magnifique. Côté son, le film est naturellement proposé en DTS HD Master Audio 5.1. Même si le film de Claude Chabrol ne se prête certes pas à la démonstration technique, le dynamisme est bien présent et promet une immersion totale au cœur du film.

Du côté des suppléments, comme sur les autres films disponibles au sein du coffret, Carlotta est allé rechercher les riches suppléments déjà disponibles sur l’édition DVD MK2 de 2001. On commencera avec la traditionnelle présentation du film par Joël Magny (3 minutes), pour enchainer avec le très intéressant commentaire de Claude Chabrol sur certaines scènes du film (42 minutes). Précis et enthousiaste, il reviendra sur ses choix de mise en scène, explicitant tout autant l’effet recherché sur le spectateur que le sens qu’il voulait donner à ses images. Passionnant ! On poursuivra ensuite avec un intéressant making of d’époque (26 minutes), qui nous révélera quelques images de tournage ainsi que quelques discussions au sujet du film entre Chabrol et Isabelle Huppert, notamment concernant la scène finale. On continuera avec un entretien avec Isabelle Huppert (7 minutes) dans lequel elle reviendra sur son statut d’héroïne « Chabrolienne », ainsi qu’avec un entretien avec Jacques Dutronc (32 minutes). Fidèle à sa réputation de « taiseux », il reviendra cependant avec humour sur son travail avec Chabrol, ainsi que sur sa collaboration avec Isabelle Huppert. Enfin, on terminera avec la traditionnelle bande-annonce ainsi qu’avec les bouts d’essai d’Anna Mouglalis (11 minutes), dans lesquels on la verra jouer « à plat » quelques scènes du film.



Critique film

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