Brexit: Pour Johnson, « forte possibilité » d’une rupture sans accord



par William James et John Chalmers

LONDRES/BRUXELLES (Reuters) – Il y a une « forte possibilité » que la Grande-Bretagne et l’Union européenne ne parviennent pas à un accord sur leurs futures relations au-delà du 31 décembre, a estimé jeudi Boris Johnson, au lendemain d’un dîner à Bruxelles avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui n’a pas permis de rapprocher les points de vue.

Alors que s’est ouvert ce jeudi un sommet européen, Boris Johnson et Ursula von der Leyen ont fixé à dimanche la date butoir pour parvenir à un accord.

« Je pense vraiment que nous devons être très, très clairs sur le fait qu’il existe aujourd’hui une forte possibilité, une forte possibilité que nous aurons une solution plus proche de la relation australienne ou canadienne avec l’UE », a dit le Premier ministre britannique à la presse, en référence à des relations commerciales essentiellement régies par les règles de l’Organisation mondiale du Commerce.

« Ça ne veut pas dire que ce soit une mauvaise chose », a-t-il ajouté en se disant prêt à se rendre à Bruxelles, Paris, Berlin ou ailleurs pour tenter d’arracher un accord.

Face à la perspective d’un échec des discussions, qui inquiète les milieux économiques et affaiblit la livre sterling, Ursula von der Leyen a pour sa part proposé jeudi aux Vingt-Sept une série de mesures d’urgence pour se préparer aux conséquences d’un « no deal », qui ont été accueillies avec réserve à Londres.

La présidente de la Commission propose des « règlements » visant à garantir la fourniture de certains services aériens, la fluidité du fret et du transport routier de passagers entre le Royaume-Uni et l’UE pendant six mois, sous réserve de réciprocité britannique.

« C’EST DIFFICILE », DIT VON DER LEYEN

En ce qui concerna la pêche, la Commission recommande un « règlement visant à créer le cadre juridique approprié jusqu’au 31 décembre 2021, ou jusqu’à la conclusion d’un accord de pêche avec le Royaume-Uni – selon la date la plus rapprochée – pour un accès réciproque continu des navires de l’UE et du Royaume-Uni aux eaux de l’autre partie après le 31 décembre 2020 ».

Si le Royaume-Uni a formellement quitté le bloc communautaire le 31 janvier dernier, il est resté intégré au marché unique et soumis aux normes européennes dans le cadre d’une période de transition qui prendra fin dans trois semaines.

Parmi les points de contentieux dans les négociations figurent la pêche – une question particulièrement sensible pour la France -, les mécanismes pour régler les futurs différends commerciaux et l’instauration de mesures anti-dumping. Environ 830 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels, actuellement libres de droits de douane ou quotas, sont en jeu.

A son arrivée au sommet européen, Ursula von der Leyen a dit avoir eu la veille au soir « une bonne conversation » avec Boris Johnson. « Mais c’est difficile », a-t-elle ajouté.

La date butoir étant désormais fixée à dimanche, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept réunis à Bruxelles n’auront donc pas à se prononcer à ce stade et seront simplement informés par la présidente de la Commission de l’état des discussions.

« Le Brexit ne sera pas le point le plus important à notre agenda », a confirmé le président du Conseil européen, Charles Michel, à son arrivée au sommet. « Les négociations se poursuivent, nous n’aurons pas un long débat sur le Brexit. »

Pour les banques d’investissement et les bookmakers, les chances d’un accord post-Brexit se sont sensiblement réduites. Les analystes de JPMorgan, qui estiment que les discussions pourraient se prolonger au-delà de dimanche, ont ramené de 66% à 60% leur évaluation d’un succès et préviennent qu’elle tombera à 50% à défaut de progrès rapide. Chez Rabobank, on est passé de 70% à 60% de chances de dénouement positif.

(avec Alistair Smout, Thyagaraju Adinarayan, Tommy Wilkes, Paul Sandle et Kate Holton à Londres et Robin Emmott à Bruxelles; version française Jean Terzian, Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Bertrand Boucey)



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