Test Blu-ray : Le mouton à 5 pattes


France : 1954
Titre original : –
Réalisation : Henri Verneuil
Scénario : Albert Valentin, René Barjavel, Henri Verneuil
Acteurs : Fernandel, Françoise Arnoul, Édouard Delmont
Éditeur : Coin de mire Cinéma
Durée : 1h44
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 24 septembre 1954
Date de sortie DVD/BR : 4 décembre 2020

Si le diable n’existait pas, les Dix commandements n’auraient aucune raison d’être…puisque la tentation n’existerait pas… Mais le mensonge et les vices se glissent partout dans les âmes humaines, surtout là où il ne faudrait pas, ce qui amuse beaucoup le Diable, grand meneur de jeu au sein de ces huit tranches de vie…

Le film

[3,5/5]

Résolument tournée vers le cinéma grand public, la carrière d’Henri Verneuil se divise en deux grandes périodes, liées à une poignée d’acteurs fort différents les uns des autres : Fernandel durant les années 50, puis Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo durant les deux décennies suivantes. Sorti sur les écrans français en 1954, Le mouton à 5 pattes est donc tourné en plein cœur d’une période faste entre Verneuil et Fernandel : s’il n’est « que » le septième long-métrage d’Henri Verneuil, le film constitue surtout déjà la sixième collaboration du cinéaste avec l’acteur !

Il faut dire que si Fernandel est tombé en désuétude de nos jours (surtout auprès des cinéphiles n’ayant pas eu l’occasion de découvrir ses films durant leur enfance), il était véritablement au sommet de sa popularité au moment de la sortie du Mouton à 5 pattes. Les entrées cumulées de ses films représentent en effet plus de 200 millions de spectateurs, rien que dans les salles obscures…

Soixante-dix ans plus tard bien sûr, ses films ainsi que son humour ont, pour de nombreux d’entre eux, pris un solide coup de vieux, mais ils demeurent de fiers représentants d’un cinéma populaire de qualité de l’époque. On ira même jusqu’à affirmer que la carrière de Fernandel mérite clairement de se voir enfin réhabilitée auprès des plus jeunes : certains de ses films demeurent encore aujourd’hui épatants d’humour et de modernité. On pense bien sûr à L’auberge rouge (1951), chef d’œuvre absolu de Claude Autant-Lara, mais également au Petit monde de Don Camillo (1951) et au Retour de Don Camillo (1953) de Julien Duvivier, et bien sûr à ce Mouton à 5 pattes, qui bénéficie aujourd’hui d’une édition prestigieuse – et méritée – chez Coin de mire Cinéma.

Avec Le mouton à 5 pattes, Henri Verneuil s’embarquait plus que jamais à servir la soupe à son acteur principal, mais on admettra cela dit que son film, notamment grâce au soin apporté à la mise en scène, traverse les années sans prendre tellement de rides. Fernandel y apparait certes tout aussi cabot qu’à l’accoutumée, mais le film fait tout de même preuve d’une volonté manifeste – et assez efficace il faut l’avouer – d’élargir un peu le registre comique de l’acteur. Et si Le mouton à 5 pattes y parvient si aisément, c’est tout simplement parce que Fernandel y endosse rien de moins que… six rôles différents !

Six rôles différents donc, et très différents les uns des autres pourra-t-on même ajouter. Suivant linéairement une intrigue d’héritage, Le mouton à 5 pattes passera donc d’un « frère » à un autre, chaque personnage animant un film conçu comme une suite de sketches, forcément inégaux, dont on retiendra surtout, presque soixante-dix ans plus tard, l’épatant passage de la « mouche » faisant suite à la partie de cartes prenant place sur le bateau. Pour le reste, Verneuil et ses scénaristes (Henri Troyat, René Barjavel…) laissent le champ libre au génie comique de Fernandel et de quelques excellents seconds-rôles – Louis de Funès surtout – dans un festival de gags tantôt franchement désuets, tantôt étonnamment modernes dans leur tonalité ou dans leur registre « méta » (on pense ici à la référence explicite au personnage de Don Camillo).

Un autre aspect marquant du Mouton à 5 pattes est bien sûr le côté éminemment « politiquement incorrect » que pourront revêtir, avec le recul, certaines séquences ou répliques du film. On mettra ces dérives volontiers racistes ou misogynes sur le compte d’une époque où l’on pouvait rire de tout, mais il y a fort à parier que les mêmes propos proférés aujourd’hui à la TV vaudraient à leurs auteurs des millions d’euros d’amende assortis d’une interdiction d’antenne.

Alors certes, pour les spectateurs les moins indulgents ou les allergiques à Fernandel, Le mouton à 5 pattes pourra paraitre au mieux anodin, au pire franchement anecdotique, mais on admettra dans tous les cas qu’une poignée de situations demeure encore assez piquantes de nos jours, voire audacieuses, même si la satire des mœurs de l’époque peine à convaincre sur la durée. Néanmoins, le film d’Henri Verneuil nous réserve toujours quelques passages très efficaces, alliés à un sens du cadre et de la mise en scène déjà absolument remarquable. Au final, Le mouton à 5 pattes s’avère donc un film drôle et attachant que l’on prendra plaisir à voir et à revoir malgré les années.

La collection « La séance »

Depuis l’automne 2018, l’éditeur Coin de mire Cinéma propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire, en peu de temps, une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas du Mouton à 5 pattes, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par TF1 Studio avec la participation du CNC et de Coin de mire Cinéma.

La sixième vague de la collection « La séance » est disponible depuis le 4 décembre chez tous vos dealers de culture habituels. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 37 titres. Les six films de cette « nouvelle vague » sont donc La chartreuse de Parme (Christian-Jaque, 1948), Le mouton à 5 pattes (Henri Verneuil, 1955), Le jardinier d’Argenteuil (Jean-Paul Le Chanois, 1966), Le soleil des voyous (Jean Delannoy, 1967), Le chat (Pierre Granier-Deferre, 1971) et La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre, 1971). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

Disponible au sein de la sixième vague de la collection « La séance » éditée par Coin de mire Cinéma, Le mouton à 5 pattes s’offre donc un packaging grand luxe : le film est présenté dans un sublime digibook rempli de goodies et limité à 3000 exemplaires.

Côté master, le film d’Henri Verneuil a donc été l’objet d’un soigneux lifting Haute Définition, qui lui permet aujourd’hui de retrouver tout l’éclat de sa présentation d’origine. Le film est présenté au format 1.37 respecté, en 1080p, l’image restaurée est de toute beauté, affichant un noir et blanc littéralement superbe : les contrastes sont fins et affirmés (sans doute une volonté du directeur photo Armand Thirard), le grain argentique d’origine est scrupuleusement respecté et le master semble débarrassé de tous les dégâts infligés par le temps (poussières, taches ou autres griffes…). Certains plans « à effets » (fondus enchaînés, mentions écrites) sont certes plus doux que d’autres, mais l’ensemble est bien tenu : la restauration est de qualité, et le résultat est extrêmement beau, c’est du très beau travail technique. Côté son, la bande-son est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0, mono d’origine. Les dialogues sont clairs et bien découpés, et le rendu acoustique global est excellent, même quand plusieurs personnages s’expriment en même temps. Chapeau bas à l’éditeur donc.

Dans la section bonus, outre la traditionnelle et inévitable bande-annonce du film, on se régalera de la possibilité de reconstituer une séance d’époque, avec tout d’abord les Actualités Pathé de la 38ème semaine de l’année 1954 (10 minutes). On commencera avec un sujet dédié aux innovations dans le domaine du transport aérien, pour continuer avec la rentrée des classes, avec un état des lieux sur la vétusté des écoles en France à l’époque, peu adaptée au nombre d’enfants scolarisés. Sans transition, on abordera également le sort des prisonniers de guerre en Indochine, la signature du pacte de Manille (OTASE) ou encore les questions autour du réarmement allemand. On aura ensuite droit aux images très spectaculaires d’Orleansville (Algérie), qui venait d’être la proie d’un violent séisme – le ministre de l’intérieur d’alors, un certain François Mitterrand, s’exprimera sur la catastrophe. On terminera enfin avec une large page consacrée au sport : tour de france automobile, championnats d’Europe d’athlétisme et grand prix de France de motocross.

Après la bande-annonce de Paris est toujours Paris avec Yves Montant, on se régalera d’une longue page de réclames publicitaires de cette année 1954 (9 minutes). Au programme de cette page de pubs en mode old school, on trouvera donc : une publicité chantée consacrée aux bonbons et aux sachets suprises Kréma, les glaces Miko à déguster à l’entracte, le « Super-dentifrice » Colgate Dent blanche, la libération de la femme passant par l’achat d’un véritable Frigidaire, le petit Rodolphe qui fait du scoutisme et se lave les cheveux avec du shampoing Dop, la lotion Byrol au suc d’ortie qui fait repousser les cheveux (sic), le gel Cadoricin pour avoir des cheveux « brillants comme du diamant », les avions de la TAI (Transports aériens intercontinentaux), la boutique Toulouse-Stylos à Toulouse (on vous laisse deviner ce qu’ils vendaient) et enfin les produits Coop (petits pois, chocolat, pâtes, huile).



Critique film

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