« C’est Qui le Patron » n’a pas convaincu Amazon



orose, il y a des initiatives heureuses et porteuses d’espoir. En voici une, collective, solidaire et efficace. C’est Nicolas Chabanne, le fondateur de la marque C’est qui le Patron (CQLP) qui parle : « Lors du premier confinement, au printemps dernier, nous nous sommes aperçus que nos ventes étaient dopées. Les français ont surconsommé des produits tels que le lait, la farine, les oeufs, le beurre… Pour nous ca s’est chiffré à 300.000 euros de recettes supplémentaires en trois mois. Nous nous sommes réunis pour décider de l’affectation de cette manne et nous avons bien naturellement décidé de l’attribuer à nos producteurs agricoles, car nous ne distribuons pas de dividendes ».

Cet entrepreneur enthousiaste a créé la marque CQLP en 2016 en proposant à des consommateurs de rédiger le cahier des charges du lait de consommation et d’en fixer eux-même le juste prix, en fonction de leurs exigences et de la nécessité d’offrir à l’éleveur un revenu décent. Son lait a fait un carton! Son entreprise qui fonctionne comme une start up de l’économie solidaire, déploie un excellent marketing basé sur l’absence de marketing qui convient parfaitement à une clientèle soucieuse de préserver la planète, de respecter les grands équilibres économiques et de plus en plus méfiante à l’endroit des grandes marques. Les enseignes de la grande distribution, qui ne veulent surtout pas rater ce genre d’évolutions lui ont réservé une place de choix dans leurs linéaires. Depuis le début, il en est un ambassadeur très efficace, invité sur toutes les tribunes pour vanter les mérites de son nouveau modèle qui protège le monde agricole et répond parfaitement aux aspirations des consommateurs modernes.

Une marque en forte croissance

La première année, il a vendu 7 millions de litres de lait. Quatre ans plus tard, il a généré plus de 190 millions d’euros de chiffre d’affaires rien que dans le lait, mais avec sa petite équipe très motivée composée de salariés mais aussi de consommateurs militants qui font des préconisations et vont visiter des fermes et usines pendant leur temps libre, il a lancé des oeufs, du beurre, de la crème, des compotes, jus de fruits, poulets prêts à cuire, charcuteries… bref la gamme est aujourd’hui très vaste.

Son intervention s’arrête là : « je me tais, on me voit trop, place aux jeunes! », insiste Nicolas Chabanne. C’est Nathalie Roskwas qui prend le relais. Elle est coordinatrice de la marque et depuis peu, secrétaire générale du Fonds des Consommateurs. « Quand nous avons proposé aux agriculteurs de leur attribuer les fonds issus de nos excellentes ventes du printemps, ce sont eux qui nous ont dit, qu’ils n’en avaient pas le plus besoin. Mais ils nous ont indiqué des personnes de leurs voisinage, pas forcément des agriculteurs, que la pandémie avait placé dans une situation très difficile ». 

Ainsi est né, cette machine à aider. « Nous avons décidé de pérenniser ce fonds en y injectant systématiquement 1 centime par produit vendu et nous avons aussi décidé d’en parler à toutes les marques de la grande consommation qui ont profité de cette épidémie ». Lors d’une interview à l’automne, la petite équipe explique que sans doute aussi la célèbre marque de pâtes Panzani a dû voir ses ventes flamber pendant cette période et qu’elle est bienvenue dans le Fonds des consommateurs si elle le souhaite… Très vite les dirigeants de Panzani répondent présent et versent 150.000 euros, puis Carrefour (250.000 euros), Nestlé (74.000), Les Crudettes (50.000 euros), Cidou (50.000 euros)….

Thomas Sotto interpelle le PDG d’Amazon

Lors de l’émission de France2 « Vous avez la parole », le 26 novembre, le journaliste Thomas Sotto interpelle le PDG d’Amazon France, Frédéric Dufour : »Vous qui gagnez tant d’argent avec cette épidémie, vous ne pourriez pas participer à un fonds qui en redistribue un peu à ceux qui ont tout perdu? » Réponse négative de ce dirigeant peut-être pas assez visionnaire ou généreux : »vous avez vraiment la passion des taxes dans ce pays! » Pas grave. Son principal concurrent tricolore saisit l’opportunité de redorer son image. « Nous avons été appelé par CDIscount qui nous a dit, banco! On va verser 1 centime à votre fonds solidaire pour chaque commande passée! » raconte Nathalie Roskwas.  A ce jour CDiscount a versé 100 000 euros.

Au 10 décembre, le fonds a recueilli plus d’un millions d’euros. Et verse immédiatement des aides de 1400 euros en moyenne à des personnes, petits entrepreneurs, coiffeurs à domicile, taxi, gérant de cafés à la campagne, agriculteurs… qui lui ont été signalé ou qui se sont manifestés. La procédure est simplifiée au maximum mais comporte néanmoins des filtres et contrôles qui évitent les abus.

« Il faut nous adresser une demande en vidéo, qui nous explique le problème. On étudie tous les cas en commission, on fait des vérifications et l’on adresse un virement ». On demande ensuite une video du bénéficiaire ou de la personne qui l’a parrainée pour attester que la somme a bien été reçue. Et c’est tout! » 

L’Oréal, LVMH et les Gafa suivront-ils?

L’un des nombreux correspondants du Fonds écrit : « J’ai 80 ans, j’ai vu avec bonheur que certaines entreprises partagent leurs gains pour aider concrètement de nombreuses personnes. Mais comment est-il possible que toutes ne le fassent pas? De l’Oréal à LVMH, les Gafa? (…) Je les invite et les prie instamment de bien vouloir réfléchir à cette mauvaise répartition des valeurs dans notre vieux monde malmené par une crise hélas partagée par tous ».


 

L’organisation fonctionne avec des bénévoles, les salariés de CQLP, et a mis en place un site internet et maintenant une appli pour un coût de 2000 euros. Ses coûts de fonctionnement sont minimes. Après avoir aidé des particuliers et des agriculteurs en grande détresse, le fonds propose d’aider les soignants. « Nous voulons aménager des salles de repos agréables pour eux dans les hôpitaux », explique Nathalie Roskwas. La première est prévue à l’hôpital de Bourges. 

Ce fonds de redistribution solidaire séduit les grandes et petites marques qui sont nombreuses à vouloir apposer le label « 1 centime pour le Fonds des Citoyens » sur leurs emballages. Ca ne peut pas nuire aux ventes. « Tant mieux, plus on sera nombreux, plus on pourra redistribuer! » se réjouit Nicolas Chabanne qui prédit que le fonds s’élèvera à 300 millions d’euros avant trois ans.



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