Test Blu-ray + DVD : La vengeance d’un acteur


Yukinojô, célèbre acteur de kabuki, vient jouer à Edo avec sa troupe. Un soir, sur scène, il reconnaît dans le public deux des trois hommes qui ont provoqué la ruine et le suicide de ses parents : le magistrat Dobe et le commerçant Kawaguchiyaa. À l’époque, il avait alors juré de les venger coûte que coûte. Yukinojô compte bien tenir sa promesse et va pour cela se servir de la fille de Dobe, Dame Namiji, tombée amoureuse de l’acteur…

[4/5]

1963, sortie du film La vengeance d’un acteur (La France attendra 16 ans pour offrir ce film à ses cinéphiles !) : le kabuki, une des formes du théâtre traditionnel du Japon, ne rencontre plus le succès qu’il a connu de manière régulière depuis le 17ème siècle et c’est pourtant par une représentation d’un spectacle de kabuki que commence La vengeance d’un acteur. Une représentation donnée vers 1835 dans la ville d’Edo, le siège du pouvoir du shogunat Tokugawa, ville qui prendra le nom de Tokyo en 1868. Une représentation qui va permettre à Yukinojô Nakamura, l’acteur « oyama » vedette de ce spectacle, de reconnaître parmi les spectateurs deux des trois responsables de la mort de ses parents, le seigneur Dobé, un ancien magistrat, et le marchand Kawaguchi-ya. Par des agissements malhonnêtes, le magistrat, le marchand et un troisième personnage, Hiromi-ya, ont provoqué la ruine de Matsuuraya Seizamon, le père de Yukinojô, suivi de son suicide puis de celui de son épouse. Soutenu depuis lors dans son désir de vengeance par Isshosai, l’administrateur de sa compagnie théâtrale, Yukinojo va choisir de se venger « à sa façon », avec comme objectif que Dobé « soit obligé de vivre dans l’enfer des vivants ». Pour cela, il décide de commencer par séduire Namiji, la fille de Dobé, qui, en étant la maîtresse du shogun, a permis à son père d’obtenir une position de fournisseur privilégié de ce dirigeant nippon.

C’est pour fêter la 300ème prestation cinématographique de Kazuo Hasegawa, l’interprète de Yukinojô, que la société de production Daiei, pour qui travaillait Kon Ichikawa, a contraint ce dernier à réaliser le remake d’un film réalisé en 1935 par le futur « palmé d’or » Teinosuke Kinugasa et dont Kazuo Hasegawa était déjà la vedette. De 1935 à 1963, faites le calcul : Kazuo Hasegawa a vieilli de 28 ans ! Ce comédien qui, d’ailleurs, avait débuté dans le théâtre kabuki, avait en 1935 l’âge idéal pour incarner Yukinojô, mais il ne l’a plus du tout en 1963. De plus, le théâtre kabuki était très populaire en 1935, il est au creux de la vague en 1963. Qu’importe ! La collaboration entre le réalisateur et Natto Wada, sa scénariste, est parfaite (normal, il s’agit de son épouse !) et la nouvelle adaptation du feuilleton de Otokichi Mikami ne sent absolument pas la naphtaline, tant dans le scénario que dans la mise en scène et la mise en image. Il faut dire aussi que, tout au long de sa carrière, Kon Ichikawa n’a cessé de passer d’un genre à l’autre, ce qui lui permet d’être tout à fait à l’aise dans tout ce qui fait le sel de La vengeance d’un acteur : la mise en image d’une représentation de théâtre kabuki, le film de sabre, le film sentimental, le mélodrame, le film social s’attaquant aux phénomènes de corruption et de spéculation sur des produits de première nécessité, et même quelques scènes se rapprochant du burlesque.

Dans le film de 1935, Kazuo Hasegawa interprétait 3 rôles : celui, le plus important, de Yukinojô Nakamura, ce comédien « oyama » de théâtre kabuki, également appelé « onnagata », homme interprétant un rôle féminin avec, avouons le, une bonne dose d’exagération gestuelle. A lui aussi le rôle de Yamitaro, le « prince » des voleurs de la ville, un « Robin des bois » local qui prend aux riches pour donner aux pauvres. Le 3ème rôle était celui de la mère de Yukinojô Nakamura, un rôle que le film de 1963 n’a pas repris. Dans cette version de 1963, Kazuo Hasegawa est certes un peu trop vieux pour le rôle et on s’étonne que Namiji s’amourache aussi facilement d’un homme qui pourrait être son père. Il n’empêche, le comédien force l’admiration par sa façon d’interpréter le rôle de Yukinojô Nakamura, un personnage à double facette, à la fois totalement féminin quand il est sur la scène d’un théâtre et restant très efféminé en dehors de la scène tout en se montrant très machiavélique et sans pitié dans son désir de vengeance. Quant à la dextérité dont il fait preuve dans le maniement du sabre, elle peut paraître étonnante en ce qui concerne le personnage, elle ne l’est pas concernant le comédien qui, après avoir débuté dans le théâtre kabuki, avait tourné dans un très grand nombre de films de sabre. Quant au fait que Kazuo Hasegawa interprète les rôles de Yukinojô et de Yamitaro, cela permet au réalisateur de faire des clins d’œil aux spectateurs avec des apartés savoureux ou des dialogues comme celui où Yamitaro explique qu’il aide Yukinojô dans ses desseins car il ressent une forme de parenté avec lui. Aux côtés de Kazuo Hasegawa, on remarque surtout deux comédiennes, Ayako Wakao dans le rôle de Namiji et Fujiko Yamamoto, dans celui de Ohatsu, une voleuse opposée à Yamitaro.

Esthétiquement, La vengeance d’un acteur, tourné en Eastmancolor, s’avère somptueux en ce qui concerne les couleurs et la lumière. Le format utilisé, 2.35 Daeiscope, permet au réalisateur et à Setsuo Kobayashi, son Directeur de la photographie, de donner à l’écran la dimension d’une scène de théâtre, non seulement dans la représentation de théâtre kabuki donnée au début, mais aussi dans de nombreuses scènes de la vie hors théâtre tournées dans des décors volontairement loin d’être réalistes. Par ailleurs, le film utilise très souvent un procédé consistant à enfermer les personnages dans ce qui s’apparente à des bulles lumineuses, le reste de l’écran étant souvent  totalement sombre. Quant à la musique, elle mélange, selon les atmosphères, musique traditionnelle japonaise, jazz et une musique proche d’une certaine musique classique européenne de la deuxième moitié du 19ème siècle.

Le Blu-ray et le DVD

[4.5/5]

La vengeance d’un acteur avait déjà été proposé en DVD il y a plusieurs années mais il était désormais hors catalogue. Alors que les fêtes approchent, Rimini Editions a la très bonne idée de présenter à nouveau ce film rare dans une version restaurée, dans un combo Blu-ray + DVD : une très bonne idée de cadeau. On doit avouer que l’image du Blu-ray est absolument somptueuse, avec un rendu des couleurs et un piqué qui ne méritent que des compliments. Quant à celles et ceux qui n’ont pas de lecteur Blu-ray et qui devront se contenter du DVD,  ce qu’elles et ils verront sera légèrement moins somptueux mais, quand même, de très grande qualité. Pas de version VF pour ce film (pas question de s’en plaindre !), la VO en japonais pouvant, si on le souhaite, être accompagnée d’un sous-titrage en français (ouf !). Le son, de qualité tout à fait acceptable, est un mixage DTS-HD 2.0 mono.

En plus de la très bonne qualité technique des supports, le combo est d’une grande richesse en ce qui concerne les suppléments. Tout d’abord, un décryptage du film d’une durée de 32 minutes, par le critique Bastian Meiresonne, spécialiste du cinéma asiatique. Un conseil qu’il donne dès le début de son intervention : regarder ce supplément après avoir vu le film. 4 chapitres pour ce supplément : une présentation du réalisateur, des détails sur les origines du projet, des explications concernant le scénario, des explications concernant la mise en scène. C’est dans la partie consacrée au scénario qu’on apprend que le titre La vengeance d’un acteur, traduction du titre international « An Actor’s Revenge », n’a guère de relation avec le titre original japonais, « Yukinojô henge », qui offre deux possibilités de traduction : « Le fantôme de Yukinojô » ou « Les nouveaux costumes de Yukinojô ». Le second supplément est intitulé Un siècle de cinéma japonais. Il s’agit d’un documentaire de 52 minutes réalisé en 1995 par Nagisa Oshima pour la série TV « Century of Cinema ». Un documentaire loin d’être inintéressant même si il s’arrête il y a 25 ans, au moment de l’arrivée de Takeshi Kitano, même si Oshima, le réalisateur de L’empire des sens, a une vision très personnelle et très autocentrée de l’histoire du cinéma japonais. Petite anecdote : dans le premier supplément, Bastian Meiresonne fait part du peu d’estime que Nagisa Oshima avait pour … Kon Ichikawa.

https://cineday.orange.fr/bandes-annonces/la-vengeance-d-un-acteur-bande-annonce-1-vo-1963-CNT000001urKeB.html



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