Manifestations en Thaïlande: nouvelles inculpations pour « lèse-majesté »


Quatorze représentants du mouvement pro-démocratie en Thaïlande ont été inculpés mardi de « lèse-majesté », accusés d’avoir diffamé la royauté lors des manifestations pour demander une réforme de la puissante et richissime monarchie.

Ils ont été laissés en liberté sous caution.

Face au vent de fronde qui secoue le royaume depuis l’été, les autorités ont ressorti le redoutable article 112 du code pénal qui n’était pas utilisé depuis plus de deux ans et punit jusqu’à 15 ans de prison les insultes, diffamations et critiques envers le roi Maha Vajiralongkorn et sa famille.

Mais cela n’empêche pas les contestataires de continuer à descendre dans la rue. Ils demandent l’abolition de cette loi qualifiée par ses détracteurs d’outil destiné à réprimer toute opposition. Ils réclament aussi un contrôle sur la gigantesque fortune royale et la non-ingérence du monarque en politique, du jamais vu dans un pays où la royauté était considérée comme un sujet totalement tabou il y a encore peu.

Mardi, plusieurs représentants pro-démocrates ont été convoqués par les autorités dans différents commissariats de Bangkok et de la province voisine de Nonthaburi, théâtres des récents rassemblements.

Onze se sont vus inculper pour la première fois de « lèse-majesté », tandis que trois autres, principales têtes d’affiche de la contestation, ont été inculpés pour la deuxième fois en quelques jours de ce crime.

Des manifestants pro-démocratie brandissent des pancartes contre l’article 112 le 8 décembre 2020 à Bangkok (AFP – Lillian SUWANRUMPHA)

Au total, seize figures pro-démocrates sont désormais poursuivies pour « lèse-majesté ».

« Le gouvernement thaïlandais utilise la monarchie et la section 112 pour cibler des personnes qui ont des positions politiques différentes », a déploré Panupong Jadnok, dit « Mike », l’un des leaders inculpés, ajoutant que les manifestations se poursuivront sans relâche.

Pour Thitinan Pongsudhirak, politologue à l’université Chulalongkorn de Bangkok, ce nouveau tour de vis des autorités ne va probablement contribuer qu’à « radicaliser le mouvement ».

Outre une réforme de la monarchie, les manifestants demandent le départ du chef du gouvernement, Prayut Chan-O-Cha, issu d’un coup d’État en 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière. Ils veulent aussi une réécriture de la Constitution, jugée trop favorable à l’armée.



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