Emmanuel Macron reconnait un échec



Publié le 08 décembre 2020

Trois ans après la promesse d’Emmanuel Macron d’interdire le glyphosate en France, le compte n’y est pas. Il faudra encore deux années pour que l’Hexagone réduise de moitié l’utilisation de cet herbicide très controversé. Le Président admet qu’il s’agit d’un échec et compte désormais lutter contre les pesticides à l’échelle européenne pour parvenir à un résultat.

C’était le 27 novembre 2017. Dans un tweet, le président Emmanuel Macron annonçait : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, au plus tard dans trois ans ». Une promesse qu’il devait honorer à la fin de l’année mais qu’il n’a pas réussi à tenir. Interrogé sur le sujet le 4 décembre par le média Brut il admet : « Je n’ai pas changé d’avis. Je n’ai pas réussi »

Un échec « collectif » qui passe mal alors que la France s’enorgueillissait d’être le premier pays en Europe à se passer du très controversé herbicide, classé comme « cancérogène probable » en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le gouvernement a dû revoir ses ambitions à la baisse : l’utilisation du glyphosate, molécule de synthèse notamment présente dans le Roundup de Monsanto, sera réduite de 50 % d’ici 2022.

Penser les pesticides à l’échelle européenne 

Principale raison évoquée par le Président : la réticence des autres États européens à suivre la stratégie de la France. « Quand les autres pays ne vont pas au même rythme que nous, cela crée de la distorsion de concurrence (…) Et cela ne règle pas le problème puisqu’on va continuer à manger les mêmes aliments qui étaient produits par nos agriculteurs en les faisant importer de Belgique, d’Italie ou d’Espagne qui eux, continuent avec le glyphosate », a-t-il expliqué. « Cela montre que, contre les pesticides, c’est l’Europe le bon niveau », a-t-il ajouté. 

La France s’était justement battue, en 2017, pour que l’autorisation de renouvellement du glyphosate ne porte pas sur 10 ou 15 ans sur le marché européen comme le souhaitaient plusieurs États mais plutôt trois ans. Elle a obtenu un compromis de cinq ans et s’était engagée, elle, à en sortir en 2020. « Le gouvernement a berné les citoyens en faisant une promesse qu’il ne tient plus », reproche Agir pour l’environnement, faisant valoir que l’agriculture biologique montre qu’il est possible de se passer du désherbant.  

Le manque d’alternative au glyphosate est aussi un frein majeur à son interdiction. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a restreint en octobre, sous six mois, les usages agricoles du glyphosate, qui est le deuxième produit phytosanitaire le plus utilisé (9 700 tonnes vendues en 2018, contre 8 800 en 2017). Selon elle, le glyphosate peut être le plus souvent remplacé, en particulier par des moyens mécaniques (désherbage manuel, machines dédiées…) même si cela entraîne un besoin de main-d’œuvre et un coût supplémentaire.

Un crédit d’impôt pour encourager les agriculteurs 

Pour encourager les agriculteurs vers cette voie, le ministère de l’Agriculture, Julien Denormandie, a annoncé le 7 décembre l’adoption par le Sénat d’un amendement pour mettre en place un crédit d’impôt temporaire de 2 500 euros à destination des agriculteurs qui renonceront en 2021 et 2022 à désherber avec du glyphosate. « Toute transition a un coût et doit donc être financée », a déclaré le ministre. Ce crédit vise les filières les plus affectées économiquement comme la viticulture ou l’arboriculture.

Du côté des ONG, la lutte continue alors que l’Anses a commencé à délivrer de nouvelles autorisations de mise sur le marché pour des nouveaux herbicides. Cinq premiers produits contenant du glyphosate en ont bénéficié le 8 octobre, déplore l’ONG Générations Futures qui a conjointement annoncé attaquer sur le fond et en référé ces Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) devant les tribunaux administratifs compétents pour demander leur annulation. « Nous espérons que les tribunaux sauront, eux, protéger la population et les agriculteurs des dangers de cette substance qui n’a rien à faire sur le marché français et européen », a réagi dans un communiqué François Veillerette, porte-parole de l’ONG. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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