Le dérapage incontrôlé de Jean Castex sur le ski



La France entière a souri lorsque le premier ministre Jean Castex a annoncé le 26 novembre que les stations de ski seraient ouvertes à Noël mais que l’on ne pourrait pas y skier. Pourquoi pas rouvrir les restaurants mais y interdire de manger, ou rouvrir les cinémas mais y interdire les projections? On lui a fait un méchant procès, le faisant passer pour un crétin des Alpes. Car il avait raison, les vacanciers peuvent aller dans les stations, y séjourner et y pratiquer des activités telles que les randonnées en raquette ou le ski de fond. C’est en tout cas la décision du gouvernement français, d’autres ont décidé exactement l’inverse (en Autriche, les remontées sont ouvertes mais les hôtels fermés).

Mais ce n’est pas cette annonce qui aurait dû faire bondir. C’est celle, deux jours plus tard, dans laquelle le premier ministre a promis des contrôles aléatoires à la frontière et la mise en isolement des personnes suspectées de s’être rendues en Suisse pour y pratiquer le ski, alors que c’est interdit en France. Difficile de savoir si cette mesure est destinée à éviter une propagation du Covid ou si elle est davantage destinée à protéger les stations françaises de la concurrence de leurs homologues suisses. Les raisons invoquées par les membres du gouvernement ne sont pas claires.

Inutile de chercher le fondement juridique de ces placements en quarantaine forcés et punitifs, promis de manière aléatoire. Il n’y en a aucun. Pourtant Jean Castex n’est pas un fantaisiste. Il ne peut ignorer que cette mesure est inapplicable au moment où il l’annonce. Il s’agit bien pour lui, d’intimider ou de dissuader les Français qui seraient tentés par un séjour dans les Alpes suisses pour la fin de l’année.

Pas la peine d’intimider et de menacer

Pardon pour cette évidence : dans une démocratie, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé. Et comment qualifier l’attitude d’un chef de gouvernement qui menace de tracasseries ou de sanctions des personnes qui n’auraient commis aucune infraction? Les préfets vont-ils vraiment mobiliser les services de police pour « placer des voyageurs en isolement »? Espérons que non. Et le problème n’est pas forcément là. Car il y a sûrement des libertés fondamentales plus urgentes à défendre que celle d’aller skier librement en Suisse à Noël. D’autant que peu de personnes sont concernées, les spécialistes du tourisme en montagne le savent bien. Le ski en suisse est très différent, compter 30 à 50% plus cher pour l’hébergement, les restaurants, la location du matériel et les forfaits. Cela suffit à dissuader 90% des clients du ski en France. Pas la peine de les intimider. Ajoutons aussi que les professionnels et autorités helvétiques ne sont pas spécialement soucieux d’attirer les clients français.

Ce 4 décembre, la question a été posée aux responsables du Club Med alors qu’ils présentaient leurs offres de fin d’année. « Allez-vous accepter des clients français à Noël dans votre village de Saint Moritz en Suisse ou alors leur déconseillez-vous de venir, pour être en conformité avec les propos du gouvernement? » Réponse du Club Med: « A l’heure actuelle, nous accueillons les Français, dans la limite de nos capacités et sous réserve de consignes à venir ».

La réponse du Club Med s’arrête là. Mais on peut souligner qu’il s’agit d’une entreprise responsable, qui en sait long sur les mesures de sécurité et d’hygiène, et ne peut fixer sa stratégie commerciale sur les déclarations mal ficelées d’un premier ministre maladroit.

Les Français en ont ras le bol

Rappelez-vous, en 1982, le ministre du budget Laurent Fabius avait inventé un système très sophistiqué qui obligeait les importateurs de magnétoscopes fabriqués en Asie, à faire passer toute leur marchandise par Poitiers pour y payer une taxe dédiée. Il s’agissait de protéger notre industrie. Le ministre n’a pas été freiné dans sa carrière par cette mesure qui avait pourtant fait ricaner le monde entier et qui n’a pas empêché la suprématie des marques japonaises dans l’électronique grand public à l’époque. Le voilà détrôné. Jean Castex et ses menaces d’isolement forcé des skieurs de retour de Suisse (sic) prend la première place.

On aimerait en rire mais comme le souligne un parlementaire, « les Français bien plus intelligents que ne le pense le gouvernement, en ont ras le bol! L’infantilisation, les décisions idiotes venues d’en haut, les exaspèrent. Evidemment personne ne va descendre dans la rue pour cette histoire de ski, mais à la fin, quand un gouvernement n’est pas plus responsable dans son attitude et dans ses propos, il n’est plus respecté. C’est ce qui s’est passé avec les gilets jaunes ».



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