La Société générale risque de se couper des territoires



C’est un pari risqué que fait la Société générale. Frédéric Oudéa, son directeur général, a officialisé ce 7 décembre son projet de fusion du réseau de la banque rouge et noire dans l’Hexagone avec celui de sa filiale Crédit du Nord. Toute la difficulté, dans cette manœuvre, consistera pour le groupe bancaire à ne pas perdre le contact avec le terrain, où il allège fortement sa présence.

Dans sa nouvelle configuration, la banque de détail en France va en effet réduire son emprise locale, avec la suppression de 600 agences d’ici 2025, sur un réseau comptant un total de 2.100 succursales. Depuis 2015, la Société générale a déjà tiré le rideau sur 20% de ses propres agences et de 15% parmi les implantations du Crédit du Nord. La réduction touchera aussi durement les effectifs : Cédric Pérennes, délégué syndical CFDT au Crédit du Nord, cité par l’AFP, redoute une « catastrophe », avec 5.000 à 7.000 emplois menacés. La direction promet qu’il n’y aura aucun départ contraint.

Ce risque d’un quadrillage moins efficace de l’Hexagone est d’autant plus marqué que la restructuration porte un rude coup à l’organisation historique du Crédit du Nord lui-même. Cette filiale de la Société générale,…

C’est un pari risqué que fait la Société générale. Frédéric Oudéa, son directeur général, a officialisé ce 7 décembre son projet de fusion du réseau de la banque rouge et noire dans l’Hexagone avec celui de sa filiale Crédit du Nord. Toute la difficulté, dans cette manœuvre, consistera pour le groupe bancaire à ne pas perdre le contact avec le terrain, où il allège fortement sa présence.

Dans sa nouvelle configuration, la banque de détail en France va en effet réduire son emprise locale, avec la suppression de 600 agences d’ici 2025, sur un réseau comptant un total de 2.100 succursales. Depuis 2015, la Société générale a déjà tiré le rideau sur 20% de ses propres agences et de 15% parmi les implantations du Crédit du Nord. La réduction touchera aussi durement les effectifs : Cédric Pérennes, délégué syndical CFDT au Crédit du Nord, cité par l’AFP, redoute une « catastrophe », avec 5.000 à 7.000 emplois menacés. La direction promet qu’il n’y aura aucun départ contraint.

Ce risque d’un quadrillage moins efficace de l’Hexagone est d’autant plus marqué que la restructuration porte un rude coup à l’organisation historique du Crédit du Nord lui-même. Cette filiale de la Société générale, acquise en 1997, est composée de neuf banques régionales, dont les noms font souvent référence à leur fondateur, des entrepreneurs locaux : Courtois, Laydernier, Tarneaud, Nuger, etc. Un atout que Philippe Aymerich, aujourd’hui en charge de l’activité de banque de détail à la Société générale, aimait mettre en avant pour expliquer ses relations privilégiées avec les entreprises locales… lorsqu’il dirigeait le Crédit du Nord, de 2012 à 2018.

Déclarations paradoxales

Le mouvement de retrait est bien plus marqué pour la Société générale que pour ses concurrents mutualistes, du Crédit agricole au Crédit mutuel : ces derniers ont continué de labourer leurs secteurs d’implantation, y compris, en ouvrant parfois des agences lorsque les banques nationales pliaient bagage. Or cette persévérance rencontre un certain succès : sur les neuf premiers mois de l’année, par exemple, les Banques populaires et les Caisses d’épargne ont limité la baisse de revenus à 0,4%, contre une chute 4,5% pour l’activité de banque de détail pour la Société générale.

Frédéric Oudéa reconnaît d’ailleurs lui-même, non sans paradoxe, l’importance de ces implantations locales. Au moment même où il détaillait ses grandes manœuvres, la Fédération bancaire française (FBF) publiait un document intitulé « Banque & territoires ». Dans sa contribution à l’ouvrage, Frédéric Oudéa assure que son groupe « soucieux de conserver des relations de proximité, renforce son maillage local » afin de « construire l’avenir avec et pour les territoires ». La FBF relève d’ailleurs dans ce document que les établissements bancaires sont, tout au long de leur histoire, « restés profondément attachés à un service de proximité ».

La banque de détail en chute libre

Lors de la présentation du plan de fusion, la Société générale a promis que la nouvelle organisation ne conduirait pas à une plus grande centralisation des décisions. Les instances régionales verront même croître leurs marges de manœuvre, avec une hausse globale des montants de crédits qu’ils pourront engager sans en référer au siège de La Défense, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.

La Société générale n’avait de toute façon guère le choix : il lui fallait engager une réforme en profondeur de sa banque de détail. Dans cette activité, sur les neuf premiers mois de l’année, ses revenus ont baissé de 300 millions d’euros et ses résultats nets part se sont effondrés de 37% par rapport à la même période de l’an passé. Cet été, Frédéric Oudéa a donc  propulsé comme directeur adjoint en charge des réseaux bancaires en France, Sébastien Proto, quadragénaire et énarque, issu de la même promotion qu’Emmanuel Macron et passé comme lui par la banque Rothschild, afin qu’il tranche dans le vif.

Boursorama à la rescousse

La facture du projet de fusion est estimée entre 700 et 800 millions d’euros, qui seront payés l’an prochain pour l’essentiel. « Plus élevée que prévu », pointe les analystes financiers de la banque UBS. Mais à horizon 2024, la restructuration générera 350 millions d’euros d’économies en 2024 puis de 450 millions d’euros à partir de 2025.

Alors qu’elle allège ainsi son dispositif sur le terrain, la Société générale veut se renforcer singulièrement dans le monde virtuel. Boursorama, qui est passé de 750 000 clients fin 2015 à 2,5 millions cette année, prévoit d’accélérer encore la cadence, pour atteindre 4,5 millions de clients d’ici 2025. Un vrai changement d’échelle également au sein du groupe, puisque les réseaux de la Société générale et du Crédit du Nord, compte aujourd’hui, à eux deux, 8,9 millions de clients particuliers. Pour y parvenir, l’investissement sera massif : 230 millions d’euros sur les trois prochaines années. Mais ensuite, Benoît Grisoni, patron de la banque en ligne, promet d’apporter à sa maison mère 100 millions d’euros de résultats nets en 2024 et le double l’année suivante.



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