ce qu’il faut retenir de son interview-fleuve à Brut



L’exercice était inédit. Emmanuel Macron a répondu ce vendredi 4 décembre en direct, pendant près de deux heures et demie, aux questions de trois journalistes et de nombreux internautes sur le média en ligne Brut, exclusivement présent sur les réseaux sociaux, et par le biais duquel le chef de l’Etat souhaitait s’adresser à la « génération Covid ».

Le contre-pouvoir des web reporters

S’emportant à plusieurs reprises au long d’échanges vifs avec les journalistes Rémy Buisine, Yagmur Cengiz et Thomas Snegaroff, le président de la République a notamment admis pour la première fois l’existence de « violences policières », tout en soulignant la politisation de cette expression et la présence de militants « ensauvagés » en manifestation. Dénonçant plusieurs fois un climat de « violence permanente » rendant les gens « fous », Emmanuel Macron s’est de nouveau présenté comme le champion de la laïcité et de la liberté d’expression, évoquant avec amertume sa solitude sur le plan international lors des débats sur l’attaque terroriste contre Samuel Paty.

Amertume de nouveau au moment de reconnaître un « échec collectif » sur le délai de sortie du glyphosate, pile trois ans après avoir annoncé une sortie de l’herbicide cancérigène… en trois ans. Sur le volet écologique, très suivi de la jeune génération, Emmanuel Macron a bombé le torse en arguant que sur la scène mondiale, « personne n’en a autant fait, depuis dix ans », clamant n’avoir aucune « leçon à recevoir ».Macron s’invite sur Brut et Snapchat : « Plus qu’une stratégie de communication, une nécessité »

« L’Obs » fait le point sur les temps forts de cette interview.

Il refuse le « slogan » des « violences policières »

Emmanuel Macron a reconnu qu’il existait « des violences par des policiers », expression qu’il a dit préférer à celle de « violences policières », qui est selon lui devenue « un slogan ».

« Je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis », car « c’est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique. Il y a des policiers qui sont violents » et « qu’il faut sanctionner », a-t-il dit, faisant notamment référence à l’agression d’un producteur noir par plusieurs policiers.

« Il y a des violences policières », reconnaît Macron, tout en dénonçant un « slogan » manipulateur

Longuement interrogé sur les violences policières, le chef de l’Etat a rappelé la présence de « la violence dans notre société » pour laquelle il doit y avoir « zéro tolérance des deux côtés ». Il a mis en cause notamment le rôle des Black Blocs.

Il a ainsi dénoncé les violences contre une policière « attaquée par des fous », des « gens ensauvagés », lors de la manifestation contre le texte de loi « sécurité globale », samedi dernier à Paris.

Une plateforme pour signaler les discriminations

Une plateforme nationale de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le défenseur des droits et des associations, sera lancée en janvier, a annoncé Emmanuel Macron.

Une plateforme nationale pour signaler les discriminations sera lancée en janvier, annonce Macron

« Aujourd’hui quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (…) On est identifié comme un facteur de problème et c’est insoutenable », a regretté le chef de l’Etat.

Il récuse les accusations de dérive autoritaire

« Je ne peux pas laisser dire qu’on réduit les libertés en France », a affirmé Emmanuel Macron, en prônant l’apaisement après les vives polémiques sur les « violences policières » et la loi sur la « sécurité globale ». « C’est un grand mensonge. On n’est pas la Hongrie ou la Turquie », s’est écrié le chef de l’Etat, longuement interrogé sur les tensions politiques créées par la concomitance des images du tabassage par des policiers d’un producteur noir et de la controverse sur l’article 24.

Macron s’emporte face aux critiques internationales sur la liberté d’expression

Ce débat « a été contaminé par un discours militant, hostile au gouvernement et à votre serviteur », selon lui. « Ne laissons pas la France être caricaturée », a-t-il réclamé, en regrettant que des journalistes participent à une « coproduction de la mauvaise image » du pays.

Affaires Mila et Mennel : « On est devenus fous »

Les attaques contre Mila, adolescente menacée de mort pour avoir critiqué l’islam sur les réseaux sociaux, et Mennel, ancienne candidate voilée à l’émission The Voice, sont les signes « qu’on est devenu fou », s’est alarmé Emmanuel Macron en défendant la laïcité en France.

« Nous avons aujourd’hui une situation de violence permanente qui donne le fait que, quand une jeune fille va dans une émission de variété grand public chanter avec le voile, elle est conspuée, elle doit partir, Mennel. Et vous avez une jeune fille qui critique l’Islam sur les réseaux sociaux (Mila), elle est harcelée, elle ne peut même plus être dans une école », s’est ému le chef de l’Etat.

« Ça veut dire qu’on est devenu fous, a-t-il ajouté, et que les gens ne respectent pas un principe fondamental de la République qui est ce qu’on appelle la laïcité, c’est-à-dire le fait que vous pouvez en France croire ou ne pas croire librement. »

Aux jeunes issus de l’immigration : « Vous êtes une chance »

« Vous êtes une chance » pour la République, a déclaré Emmanuel Macron en s’adressant aux jeunes Français issus de l’immigration. « La République d’abord vous reconnaît » et « vous êtes une chance pour elle. Et donc votre histoire individuelle est une partie de notre histoire », et de « l’identité française », a affirmé le chef de l’Etat.

Macron s’adresse aux Français issus de l’immigration : « Vous êtes une chance » pour la République

Emmanuel Macron a aussi estimé que la France doit « finir le travail historique sur la guerre d’Algérie » pour réconcilier les mémoires, en rappelant qu’un rapport sur ce sujet a été demandé à l’historien Benjamin Stora. Ce travail « permettra la réconciliation des mémoires parce que nous avons dans notre pays des tas de mémoires de la guerre d’Algérie, qui sont autant de blessures » et qu’il faut dire à la jeunesse issue de l’immigration que « la République vous reconnaît ».

Une « nouvelle aide exceptionnelle » pour les jeunes

Emmanuel Macron a indiqué qu’il envisageait « sans doute une nouvelle aide exceptionnelle » pour les jeunes en précarité en janvier ainsi qu’une « amélioration du système de bourses ».

Il s’agirait de nouveau d’une aide de 150 euros comme celles qui ont déjà été versées, a-t-il dit faisant référence aux aides à destination des jeunes bénéficiant des aides au logement ainsi qu’aux étudiants boursiers.

Sur la sortie du glyphosate, il plaide un échec « collectif »

Emmanuel Macron a reconnu ne pas avoir réussi à tenir sa promesse de sortir du glyphosate en trois ans, plaidant un échec « collectif ». « Je n’ai pas changé d’avis » sur cet objectif, mais « je n’ai pas réussi » à l’accomplir, c’est un échec « collectif », a déclaré le chef d’Etat qui, en novembre 2017, s’était engagé dans un tweet pour une interdiction « au plus tard dans trois ans ».

Emmanuel Macron reconnaît un « échec collectif » sur la sortie du glyphosate

En janvier 2019, Emmanuel Macron avait déjà averti que la France ne parviendrait pas à se passer du glyphosate « à 100 % » en trois ans. « Pas faisable et ça tuerait notre agriculture », estimait alors le président. « Pourquoi on n’a pas réussi ? (…) Quand les autres ne vont pas au même rythme que nous, ça crée de la distorsion de concurrence et on sacrifie notre agriculture pour régler le problème », a-t-il fait valoir. « Quand on veut lutter contre les pesticides, c’est l’Europe le bon niveau ».

« On ne peut pas gagner la bataille tout seul si on n’a pas les autres Européens », a-t-il insisté.

Il s’emporte pour défendre son bilan écologique

« Je n’ai pas de leçons à recevoir ! » « Personne n’en a autant fait, depuis dix ans » ! Tapant du poing sur la table, Emmanuel Macron a réfuté vendredi tout recul sur ses engagements écologiques, reconnaissant seulement un « échec collectif » sur le glyphosate.

Interrogé sur la mise en œuvre des propositions de la Convention citoyenne sur le climat, dont des membres s’inquiètent de renoncements, il a estimé normal d’en évaluer toutes les conséquences et de ne pas adopter ces recommandations telles quelles.

« Je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran », a-t-il lancé. « Moi je suis vraiment très en colère contre des activistes qui m’ont aidé au début et qui disent maintenant, il faudrait tout prendre », a-t-il dit en citant les critiques de Cyril Dion, un garant de la Convention. « Mais ce n’est pas honnête de sa part, je le dis très sincèrement », a-t-il accusé.

« La solution des fainéants, ce sont les gens qui disent moi j’ai un truc, c’est à prendre ou à laisser, si vous ne le prenez pas c’est nul », a-t-il poursuivi dans une longue envolée.

Il souhaite que les universités rouvrent plus tôt

Emmanuel Macron a assuré que le gouvernement « va tout faire pour pouvoir commencer un peu plus tôt en janvier, pour rouvrir travaux dirigés et demi-amphis » dans les universités françaises.

« On va essayer, je touche du bois, si nos résultats sont là [en matière de contamination au Covid, NDLR], de commencer plus tôt et sans doute qu’on va essayer de reprendre davantage de TD [travaux dirigés, NDLR] en présentiel, reprendre peut-être, si les chiffres sont bons, début janvier, des cours mais en demi-amphi », a-t-il précisé.

Précarité menstruelle : réponse « au premier semestre »

Emmanuel Macron a promis pour 2021 « une réponse très concrète » au problème de la précarité menstruelle, évoquant le sort des femmes « qui sont à la rue » et ne peuvent pas « acheter de quoi se protéger et de quoi être dignes ».

Les protections hygiéniques bientôt gratuites en France ? Macron promet une réponse début 2021

Interrogé sur la « gratuité des protections hygiéniques comme voté en Écosse », le président a répondu : « J’ai demandé qu’on avance, je veux qu’avec les associations compétentes et pour toutes les femmes qui sont dans cette situation on puisse avoir une réponse. »

Pour 2022, il « n’exclut rien »

Emmanuel Macron a refusé de dire s’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2022, affirmant qu’il « n’excluait rien », y compris d’être en situation de ne pas se présenter.

« Si je me mets dans la situation d’être un candidat, je ne prendrai plus les bonnes décisions », a déclaré le président de la République. « Ça viendra, si ça doit venir, au moment voulu. […] Et peut-être que je ne pourrai pas être candidat. Peut-être que je devrai faire des choses dans la dernière année, dans les derniers mois, dures, parce que les circonstances l’exigeront, et qui rendront impossible le fait que je sois candidat ».

T. V.





nouvelobs

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