Twitch, Periscope… L’interview de Macron à Brut suivie des réseaux sociaux


L’échange « direct » était attendu. Avec un contretemps tout d’abord, le rendez-vous ayant été décalé d’une journée après le décès de Valéry Giscard d’Estaing. Ce vendredi 4 décembre, entre 16h et 18h30, Emmanuel Macron est venu s’entretenir avec les journalistes du média en ligne Brut, pour s’adresser à la génération Covid, frappée par la crise économique liée à la situation sanitaire et dont une partie bat le pavé les samedis contre les violences policières.

Le contre-pouvoir des web reporters

L’interview est structurée par des questions d’internautes sur différents réseaux sociaux : Twitch, Twitter ou encore Facebook Live. Et très vite, les compteurs explosent : près d’un million de spectateurs sur Facebook, plus de 220 000 sur Periscope, tandis que sur Twitch, près de 20 000 personnes sont connectées en direct pour écouter et interpeller le président de la République.

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Et dans les commentaires règne comme une ambiance de règlement de comptes sur des thématiques explosives de l’actualité : violences policières, féminisme, loi sur le séparatisme ou encore précarité. Certains taquins n’hésitent pas à moquer la posture du chef de l’Etat : « Houlà Manu, prends une tisane », écrit Spencer86 sur Twitch. « Il peut se calmer là ? » renchérit un twitto. Il est vrai que le président ne lésine sur ses emportements. « Je n’ai pas de leçons à recevoir », s’exclame-t-il plusieurs fois, attrapant d’un geste vif ses notes posées sur la table. « Manu », dont la jeunesse avait charmé une partie de son électorat en 2017, veut-il montrer qu’il l’est toujours, jeune et fougueux ?

« Jamais considéré les jeunes comme une cible électorale »

Mais d’abord, comment Emmanuel Macron perçoit-il cette jeunesse à laquelle il s’adresse ? Qui sont « les jeunes » selon lui ?

« Je n’ai jamais considéré les jeunes comme une cible électorale. Les jeunesses sont multiples et les jeunes, je leur parle avec mes convictions. C’est une génération de l’exigence, de l’inquiétude légitime et de l’engagement » explique le chef de l’Etat.

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Des convictions, de l’engagement, c’est ce que demandent justement « les jeunes » au président. Dans les commentaires Twitch et Facebook, les questions sur les Ouïghours – peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite persécuté en Chine – affluent : « Pourquoi vous ne parlez pas des Ouïghours ? » écrit Alger-MB sur Twitch. Rémy Buisine enchaîne : « Sur les questions des Ouïghours, les jeunes ont l’impression d’une forme d’inaction de votre part ».

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Pour le chef de l’Etat, la question est « injuste car j’ai évoqué la question publiquement et avec mes homologues chinois. Je ne suis pas un militant, je ne peux pas avoir le même langage que certain. » Il évoque également une responsabilité européenne sur la tragédie ouïghour :

« Ma responsabilité c’est d’en parler publiquement et d’agir à l’échelle européenne. On doit défendre nos valeurs, qui sont des valeurs universelles. Nous, Européens, nous devons être forts face à la Chine. On ne peut pas accepter d’un membre permanent du conseil des Nations-unies qu’il refuse les ONG sur place. Je note aussi l’importance des politiques de mobilisations citoyennes sur cette question ».

La réponse, on ne peut plus institutionnelle, du chef de l’Etat suffira-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Sur Twitter, déjà, Raphael Glucksman, député européen engagé pour la cause des Ouïghours, s’insurge : « Face au pire crime contre l’humanité de notre temps, le président qui voulait renouer avec l’héroïsme en politique demande l’envoi d’observateurs de l’ONU (zéro chance) et un dialogue exigeant avec Pékin. Ni sanction, ni action. Un héros si lâche. »

Place des femmes dans la société française

Il ne pouvait pas y échapper : les interrogations sur la place des femmes dans la société française ont inondé les réseaux sociaux. Quelques mois après la nomination polémique de Gérald Darmanin à l’Intérieur, l’enjeu est délicat. N’avait-il pas promis que son quinquennat serait celui de l’égalité hommes-femmes ? Manifestement, pour les internautes, c’est un échec cuisant du président. Nombreuses s’interrogent : « Pourquoi les violences faites aux femmes continuent d’augmenter ? »

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À cela, Emmanuel Macron tente de répondre par un bilan flatteur de son mandat contre ce fléau : possibilité de porter plainte pour les femmes battues dans les pharmacies, mise en place de formation des policiers sur les violences sexuelles et ouverture de places supplémentaires dans les foyers d’hébergement d’urgence.

Une réponse qui ne satisfait pas la militante féministe et fondatrice de l’association « Nous Toutes », Caroline de Haas. Sur Twitter, elle invective le président : « Emmanuel Macron, vous dites que vous avez réussi sur les violences sexuelles à former les policiers pour qu’ils gèrent les problèmes et les juges pour avoir des réponses rapides. Excusez-moi mais… vous avez fumé quoi avant d’aller chez Brut ? Ça a l’air d’être de la bonne. » Ouch.

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Le live est terminé, mais les questions continuent d’affluer, sur tous les sujets : « Pourquoi un apprenti n’est pas rémunéré à 100 % alors qu’il travaille 35 heures par semaine, aussi bien en entreprise qu’à l’école voire plus pour réussir aux examens et liés aux impératifs et imprévus d’entreprise ? » écrit un internaute sur Facebook. « Bonjour Monsieur, comment en France est-on capable de proposer une loi Sécurité Globale ? La France se veut républicaine, vous le répétez souvent, cette loi ne nous rapproche-t-elle pas d’un pays sécuritaire contraire au principe de la république ? » tacle Neorones sur Twitch. Emmanuel Macron a passé deux heures et demie en plateau, il aurait tout aussi bien pu y passer la fin de son quinquennat.

W. B.





nouvelobs

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