les fans de Trump se déchaînent contre les « traîtres » républicains



Mike Shirkey, sénateur local du Michigan, était poursuivi par une journaliste dans un aéroport quand il s’est mis à fredonner un gospel, « Je crois en une colline appelée le Calvaire », où il est question de crucifixion et d’une « foi qui conquerra les ténèbres et la mort ». Shirkey, ce 20 novembre, s’apprêtait à rencontrer Donald Trump à la Maison-Blanche et subissait une pression terrible, assortie de menaces, pour remettre en cause le résultat de l’élection dans le Michigan.

Peine perdue. Le sénateur, pourtant républicain pur et dur, a tenu bon. Mais il n’est pas le seul à s’être retrouvé harcelé, insulté, menacé par une populace trumpiste déchaînée qui, excitée par un président refusant sa défaite, devient chaque jour plus violente. Dans tout le pays, les élus en charge de l’élection, leurs équipes et même de simples techniciens subissent un harcèlement sans précédent, assorti de multiples menaces de mort.« Quelqu’un va finir par être blessé. Quelqu’un va se faire tirer dessus. Quelqu’un va être tué. Ça ne va pas »,

s’est exclamé dans un gros moment de colère Gabriel Sterling, un officiel de Géorgie en charge des élections qui a imploré Trump de « cesser d’inspirer les gens à commettre de potentiels actes de violence. »

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Dans l’Arizona, la Sécrétaire d’Etat démocrate, Katie Hobbs, a reçu sur son portable des messages « totalement odieux », les harceleurs menaçant de tuer sa famille, ses animaux domestiques et de brûler sa maison. Ses collaborateurs ont eu aussi été menacés. En Géorgie, son homologue républicain a lui aussi été visé après avoir certifié que l’élection s’était normalement déroulée. Son épouse a subi un tir de barrage de messages obscènes sur son téléphone portable et les menaces pleuvent contre celui que Trump a qualifié d’« ennemi du peuple ».

Nœuds coulants

Autre menace très répandue : la corde avec un nœud coulant. A Denver, Amber McReynolds, qui n’est pourtant que la patronne d’une ONG cherchant à faciliter le vote par correspondance, a reçu de nombreux messages menaçants dont l’un envoyé via Twitter par un harceleur récidiviste : il comporte une image de corde, assortie d’un message la taxant de « traîtresse ». Ailleurs dans l’Ouest, le responsable électoral d’un Etat, qui souhaite rester anonyme, confie au « New York Times » :

« J’ai personnellement reçu 10 à 12 de ces mails avec des nœuds coulants, ou de gens pendus. Ils ne vous reprochent aucune erreur, ils disent simplement : « Cette élection a été volée. Nous savons que vous êtes complice. Nous allons vous faire la peau ». »

Il peut suffire d’un rien pour qu’un citoyen lambda se retrouve soudain dans le rôle du gibier traqué. En Géorgie, un jeune technicien de Dominion Voting Systems, la société de machines à voter qui a été visée par des théories conspirationnistes délirantes, s’est retrouvé menacé. Gabriel Sterling, l’officiel de Géorgie, a raconté à la radio NPR ce qui s’était passé :

« C’était un jeune sous-traitant, un type âgé d’environ 25 ans qui avait juste pris ce job de technicien pour les élections. Il a fait une manœuvre innocente, consistant à transférer des données d’un ordinateur à l’autre, et ces conspirationnistes ont posté la vidéo en ligne, trouvé son nom (…), localisé sa famille et commencé à les harceler. Deux ou trois tweets en aval de la vidéo originale, un tweet l’accusait de manipuler les données. Quelqu’un a dit, « Vous avez commis un acte de trahison, que Dieu ait pitié de votre âme », avec le GIF d’un nœud coulant. »

Avec l’internet, les harceleurs se transforment en détectives, traquant leurs victimes même lorsqu’elles se cachent. Pour échapper aux menaces de mort qui pleuvaient, Eric Commer, directeur de la sécurité de Dominion Voting Systems, s’est réfugié dans un lieu secret, situé dans une autre localité que celle où il réside. Après plusieurs semaines de planque, il indique à Associated Press avoir reçu des SMS de gens qui l’avaient à l’œil et lui conseillaient de fuir. « Cela se produit tous les jours, et depuis que tout cela est arrivé je n’ai pas eu une seule nuit de sommeil normal », confie-t-il.

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Écartelé et démembré

Toutes les menaces ne sont pas anonymes. Joe diGenova, un avocat de la campagne Trump, est allé dire sur une chaîne de radio qu’un officiel électoral fédéral, viré par Tump, avoir contredit ses accusations de fraude, « devrait être écartelé et démembré. Réveillé à l’aube et fusillé. » Le genre de menace qui rappelle celles de Trump contre l’auteur du livre « Anonymous », quand celui-ci était encore anonyme : des « choses terribles » arriveront à ce « traître », avait-il dit. Maintenant que l’auteur, Miles Taylor, est connu, il a suivi le conseil du Secret service, vu la nature des menaces reçues, et vit sous protection.

Certains officiels républicains ont été menacés par des électeurs démocrates, notamment dans le Michigan, mais la fréquence de ce harcèlement n’a rien de commun avec celle des trumpistes. Et surtout, elle n’est en aucune façon attisée par Joe Biden ou les officiels démocrates. Trump, au contraire, ne cherche jamais à calmer le jeu et demander à ses fans de cesser leurs attaques violentes contre ces officiels. Rudy Giuliani, son avocat, les a même justifiées :

« C’est à eux d’avoir le courage d’augmenter la pression [pour dénoncer les soi-disant fraudes]. Il faut leur rappeler que le serment qu’ils ont prêté à la Constitution implique d’être parfois critiqués. Voire même menacés ».

La Maison-Blanche et la campagne Trump ont bien offert quelques démentis mous, du genre « Nous dénonçons la violence ». Mais pour Jim Condos, le secrétaire d’Etat du Vermont dont l’équipe a été menacée via des messages multiples de passer au peloton d’exécution, le compte n’y est pas :

« Les théories de la conspiration et la rhétorique sans fondement que promeut le président et son équipe ne font qu’inspirer ces comportements dangereux et élargir le fossé qui divise le peuple américain – CELA DOIT CESSER. »





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