3 décembre 2000 : L'Espagne triomphe en salle



  • Il y a 20 ans, l’Espagne remportait sa première Coupe du Monde de Futsal
  • À Guatemala 2000, la Roja a battu le Brésil, grand favori, sur le score de 4-3
  • Le sélectionneur de l’équipe à l’époque, Javier Lozano, se souvient de l’épopée

Obstacles en pagaille, final épique – remontada incluse – et changement du cours de l’histoire… Malgré tout cela, au coup de sifflet final, Javier Lozano a eu le culot de s’arrêter un instant pour savourer l’instant à sa manière.

« Les gars sautaient dans tous les sens. Après avoir embrassé mon assistant, j’ai commencé à regarder autour de moi pour recueillir une série d’images mentales et les enregistrer dans mon cerveau. À ce moment-là, vous ne pensez pas à ce que vous venez d’accomplir, vous essayez juste de capturer des émotions qui resteront avec vous toute votre vie. Le public, les garçons, l’entraîneur adjoint, les adversaires… J’étais très serein et je voulais conserver tout cela. »

Guatemala, 3 décembre 2000. L’Espagne vient de remporter la première de ses deux Coupes du Monde de futsal, et pas n’importe comment : en mettant un terme à la suprématie brésilienne – la Seleção avait remporté les trois précédentes éditions – sous la forme d’une revanche sur la finale perdue à domicile quatre ans plus tôt.

Javier Lozano, Spain's head coach

Le triomphe qui a changé le sport espagnol

Lozano sait mieux que quiconque l’importance de cette Coupe du Monde 2000. « La mentalité du football en salle espagnol a changé. Cette équipe a fait redescendre sur terre le Brésil, qui était un mythe, une équipe inaccessible. Après ça, nous avons joué contre eux 6 fois en 4 ans et nous les avons battus 5 fois. La référence internationale a cessé d’être le Brésil et le monde du futsal a commencé à se remplir d’entraîneurs espagnols. »

Le futsal espagnol est entré dans une autre dimension. La reconnaissance dans le pays a été unanime. « Nous avons eu un impact médiatique sans précédent car à cette époque, les sélections espagnoles n’étaient pas très performantes en sports collectifs. Mais après nous, l’Espagne a été championne du monde de handball, de basket-ball… puis de football. Nous avons été les premiers. »

Spain's national team that conquered the FIFA Futsal World Cup in 2000

Trois moments-clés de l’épopée

La route vers le titre mondial a été semée d’embûches. Elle a eu un prix, et pas des moindres. « Ç’a été un cursus en résilience et en gestion des ressources humaines, et j’ai obtenu mon doctorat », dit-il avec un sourire. Lozano retient trois éléments essentiels dans la conquête de cette Coupe du Monde.

I. La peau dure face aux critiques

Le stage de préparation pour le tournoi s’est déroulé dans une atmosphère pesante. « Sur ma liste, il n’y avait pas Javier Lorente, un des joueurs qui a le plus de poids et d’ancienneté dans l’équipe. Tous les jours, il y avait des critiques… Par conséquent, le temps de préparation en Espagne a été insupportable. Notre première victoire a été de supporter cela et de ne pas laisser le groupe s’effondrer. À partir de notre arrivée au Guatemala, pays hôte du tournoi, l’atmosphère est devenue plus détendue. Le premier obstacle avait été surmonté. »

Javier Lozano, Coach of Spain shouting instructions to his Players

II. Clavería, héros inespéré

Lors de l’échauffement pour le premier match de la deuxième phase, le deuxième gardien de but s’est cassé un doigt et pendant la rencontre, le titulaire, Luis Amado, s’est lui aussi blessé. Nous n’avions plus que notre troisième gardien, Jesús Clavería, que nous avions inclus dans le groupe pour l’honorer et pour qu’il prenne sa retraite internationale au terme d’une grande compétition. Cette nuit-là à l’hôtel a été très chargée émotionnellement, car l’équipe pensait que le rêve était en train de s’effondrer. »

Lozano a alors mobilisé ses capacités de motivation. « J’ai organisé une réunion, juste moi et les joueurs. Ç’a été très émouvant. Tout le monde pleurait. Il fallait absolument que je trouve quelque chose à quoi ils puissent se raccrocher. À la fin de la réunion, les larmes de tristesse s’étaient transformées en colère. Tous les joueurs se sont regroupés, ils ont poussé un cri… et la page était tournée. »

Grâce à ses parades en finale, Clavería a été décisif. Il a véritablement été le grand héros de l’équipe. « Il nous a donné une leçon de vie », raconte Lozano. « Au lieu de se plaindre, il était complètement prêt au cas où l’occasion se présenterait. »

Rodri y Sánchez celebrate a goal

III. Aiguiser les appétits

Une fois le billet pour la finale validé, Lozano a sorti un dernier tour de son sac avant d’affronter l’inaccessible Brésil. « La discussion la veille de la finale a été déterminante. Nous avons demandé à chaque joueur pourquoi il voulait gagner. Chacun avait sa propre raison, et nous avons réussi à relier les intérêts individuels à ceux du groupe. Nous sommes sortis de là et je me souviens d’avoir été appelé pour une interview. J’ai alors déclaré que nous allions gagner. J’en étais absolument convaincu, car j’avais avec moi une équipe qui voulait gagner. C’est pourquoi j’ai géré cette finale avec autant de calme. »

Un plan pour la finale

Nous arrivons ainsi au dernier chapitre de cette histoire : la grande finale contre le Brésil. « Ils avaient la meilleure équipe de l’histoire« , dit Lozano. Mais l’entraîneur espagnol les avait bien étudiés et avait élaboré un plan qui ne laissait rien au hasard, pas même la réaction à avoir en cas de retard au tableau d’affichage. En deuxième mi-temps, le Brésil mène 3-2. « Nous étions convaincus que si nous avions la possession du ballon, ils s’énerveraient et commettraient des fautes. C’est exactement ce qui s’est passé. « Un scénario aussi bien écrit qu’un film de Spielberg« , dit-il en riant. « Nous avons gagné grâce à deux penalties », et ce dans les derniers instants de la partie. Score final : 4-3 pour l’Espagne.

Quatre ans plus tard, de nouveau avec Lozano à la barre, la Roja remportera sa deuxième couronne mondiale. Mais rien n’est comparable à cette première fois. « On n’oublie jamais premier baiser. Il peut y en avoir beaucoup d’autres dans la vie, mais le premier reste toujours présent dans les mémoires », conclut le coach.



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